Témoignage: vivre avec une insuffisance de lait

Enceinte de mon aînée, j’ai beaucoup lu sur l’allaitement. J’en connaissais déjà les bienfaits vu mes études en nutrition. Je me voyais mettre mon bébé au sein, je l’imaginais rassasié. J’allais être une mère aimante. J’étais ravie à l’idée que par mon lait, mon bébé allait avoir une meilleure santé que moi. Je ne voulais pas qu’elle souffre d’asthme, d’allergies et de surpoids. J’imaginais un allaitement d’abondance et de satiété.

Lorsque ma fille est née, rien de tout cela n’est arrivé. Elle n’a jamais trouvé de répit à mon sein. Pourquoi je n’étais pas capable de faire comme tout le monde ? Je voulais la voir saoule de lait.

Mais voilà, elle hurlait si fort que même le personnel infirmier me priait de fermer ma porte pour que les autres mères puissent se reposer. Je n’en pouvais plus ! Je voulais seulement que tout se passe comme prévu. Évidemment, on a fini par me suggérer le complément de lait. Quel échec : les biberons, les seringues, un tire-lait ! Je ne savais plus quoi faire. Ce regard du bébé repu, je l’ai vu pour la première fois avec le lait artificiel. Je me sentais coupable d’avoir laissé mon bébé hurler de faim alors qu’elle commençait sa vie. Je me sentais sans cœur de ne penser qu’à réussir mon allaitement.

Six semaines après la naissance, j’ai débuté un suivi dans une clinique d’allaitement. Mes proches me disaient que ce n’était pas grave, que je n’avais pas été allaitée et n’en étais pas morte. Ça me rendait agressive. La seule chose que je voulais, c’était avoir du lait. Aux rencontres d’un regroupement de mères, je les voyais qui allaitaient leur bébé et moi je devais apporter des biberons pour compléter les tétées. Je me sentais jugée, incomprise.

À la clinique d’allaitement, la consultante a tenté de me convaincre que le peu de lait que je donnais était bénéfique. Elle me disait que j’étais tenace et surtout, que la clinique était pleine de femmes dans ma situation. Ça me faisait du bien. J’ai poursuivi cet allaitement jusqu’à ce que ma fille refuse le sein, à partir de six mois.

Puis j’ai eu un autre bébé. Malgré les débuts difficiles, j’ai allaité exclusivement pendant quatre mois. Encore aujourd’hui, je ressens de la tristesse et de la culpabilité face à ma fille aînée. Je sais aujourd’hui que nous sommes plusieurs à vivre des débuts difficiles et qu’il est normal d’avoir des sentiments partagés. J’ai appris que l’allaitement, c’est plus que du lait, c’est un contact humain, de la chaleur, du réconfort.

Des situations comme la mienne existent et l’allaitement n’est pas toujours aussi beau qu’on l’imagine. J’aurais aimé savoir qu’un allaitement difficile peut aussi faire partie d’un parcours normal.

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