Entrevue du vendredi: Karine Murphy

Nous profitions de notre passage au salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue à Val d’Or pour réfléchir sur le soutien à l’allaitement hors des grands centres urbains.

Karine Murphy habite à Val d’Or. Mère de trois enfants, elle est accompagnante à la naissance. Elle a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Karine et sa fille

Qu’est-ce que c’est une accompagnante à la naissance?
Une accompagnante est une femme qui accompagne les futurs parents dans l’aventure de la naissance de leur enfant, tout au long de la grossesse, de l’accouchement et des premières semaines avec bébé. Elle leur procure le soutien, l’information, les petits trucs nécessaires pour leur permettre de prendre des décisions éclairées et de vivre la naissance le plus près possible de leurs besoins et de leurs désirs. Son rôle n’est pas médical, il consiste d’abord à encourager, réconforter, rassurer et informer; l’accompagnante amène aussi un soutien physique en suggérant des méthodes naturelles pour soulager la douleur ou pour favoriser le bon déroulement du travail, par exemple.

Pourquoi vous avez eu envie de le devenir?
Par-dessus tout parce que la périnatalité est pour moi une grande passion! Dès la venue de mon premier enfant, j’ai eu la piqûre pour tout ce qui touche la naissance, de près ou de loin. Lorsque j’ai entendu parler d’accompagnement à la naissance, ça m’a tout de suite intéressée : quelle merveilleuse façon de vivre ma passion tout en ayant la possibilité de venir en aide à d’autres! Avoir la chance d’accompagner des futurs parents dans l’une des aventures les plus importantes de leur vie, c’est un très grand privilège qui me permet de donner et de recevoir tout autant! 

À quel moment parlez-vous d’allaitement à vos clientes?
Le plan des rencontres dépend des besoins des futurs parents, alors ça peut varier d’un couple à l’autre. Mais le sujet de l’allaitement est habituellement abordé de façon toute naturelle dès les premières discussions. C’est d’abord l’occasion de me permettre, comme accompagnante, de connaître le point de vue des clients sur la question, pour les guider le mieux possible ensuite en ce sens. Même si l’allaitement se passe seulement une fois que bébé est né, on a plusieurs occasions d’en parler bien avant la naissance, surtout en sachant que la préparation débute pendant la grossesse et que l’accouchement peut avoir une influence sur le déroulement de l’allaitement. Il va de soi que la présence de l’accompagnante lors de la première tétée et son soutien constant dans les premiers jours et premières semaines sont d’une aide précieuse! 

Qu’est-ce que vous leur dites sur le sujet?
J’y vais beaucoup en partant de leurs besoins, de leurs questions. Mon but, c’est de leur donner de l’information qui soit juste et utile dans leur situation. La plupart du temps, on aborde donc les mythes, les avantages de l’allaitement, la première tétée, les positions, les premiers temps, les petits maux et leur soulagement… Lorsqu’une future mère souhaite allaiter, mon rôle est de lui donner l’information et le soutien pour qu’elle y parvienne; lorsque les futurs parents sont plus ambivalents, il consiste plutôt à les informer pour qu’ils soient en mesure de prendre la décision qui leur convient! 

Est-ce que les femmes sont bien informées sur l’allaitement pendant la grossesse?
Je pense que ça varie beaucoup d’une femme à l’autre. Ça dépend en grande partie de leur vécu par rapport à l’allaitement : est-ce que leur mère a allaité, ont-elles été en contact avec des amies, des sœurs, des cousines ayant allaité? Le fait d’avoir été « entourée » par l’allaitement aide bien souvent à le connaître! Beaucoup de futures mamans (et même de futurs papas) cherchent à bien s’informer pendant la grossesse parce qu’ils ont compris que c’était une des clés d’un allaitement réussi.

Existe-t-il beaucoup de ressources sur l’allaitement en Abitibi?
Je constate que les ressources en allaitement se développent de plus en plus dans la région. Dans les hôpitaux, il y a une certaine volonté de favoriser l’humanisation des naissances et du séjour et d’améliorer le soutien en allaitement, qui passe notamment par le processus d’obtention de la mention IAB (Initiative Amis des Bébés, de l’OMS/UNICEF). Les groupes de soutien sont aussi présents dans la région: la Ligue La Leche occupe une place importante en Abitibi depuis plusieurs années. La LLL, en collaboration avec l’Agence de Santé de la région, a par ailleurs instauré le projet C’MAMAN (Communautairement et de Mère à Mère pour l’Allaitement du Nourrisson), par lequel des mères bénévoles formées offrent leur soutien aux futures et nouvelles mamans allaitantes. Ce soutien prend la forme de jumelage, et dans certaines villes, les mères bénévoles offrent également des visites à l’hôpital pour fournir de l’information ou du support en allaitement aux mamans qui viennent d’accoucher.

Selon vous, c’est plus facile ou plus difficile le soutien à l’allaitement hors des grands centres urbains?
Il est difficile de dire si c’est plus facile ou plus difficile; il y a des facteurs bien différents d’une région à l’autre et qui peuvent influencer, positivement ou négativement, le soutien en allaitement. On ne peut nier que dans une petite région comme l’Abitibi-Témiscamingue, la variété de services est plus limitée que dans les grands centres. Ça ne signifie pas qu’ils soient absents! D’autre part, on entend souvent dire que dans les régions, les gens sont moins individualistes, plus enclins à rendre service; si c’est bien vrai, sans doute que ces qualités favorisent le soutien à l’allaitement!

Merci Karine, merci de votre accueil!

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