Allaitement et confusion

Cette lettre que nous avons écrite pour souligner la Semaine mondiale de l’allaitement maternel a été publiée hier sur Cyberpresse sous le titre (qui n’était pas le notre) de « Allaitement: cessons de culpabiliser les mères ».

Cet été, une femme nous confie que, vivant des difficultés d’allaitement, elle a du mal à trouver de l’aide adéquate et une oreille compatissante. Son médecin veut lui prescrire des antidépresseurs et la somme de sevrer son bébé alors qu’elle ne le désire pas. Lorsqu’elle se tourne vers une consultante en lactation, cette dernière préfère vilipender les préparations pour nourrissons et le système de santé au lieu de l’aider à trouver des solutions.

Une histoire exceptionnelle? Non, malheureusement. Lorsqu’elles vivent des difficultés d’allaitement, les femmes se trouvent souvent coincées entre des professionnels de la santé mal informés et des militantes qui profitent d’une relation d’aide pour défendre leur cause.

Depuis 50 ans, la situation de l’allaitement a grandement évolué. Des initiatives communautaires et politiques ont été prises afin de renouer avec ce geste. Alors qu’au début des années 1960 le taux d’allaitement au Québec était l’un des plus bas au monde, aujourd’hui plus de 80% des mères mettent leur bébé au sein à la naissance.

Derrière ces chiffres, il y a les réalités humaines. Si plus de mères mettent leur bébé au sein à la naissance, elles sont nombreuses à ne pas vivre une expérience heureuse et à se sentir coupables de leur échec ou de leur choix de ne pas allaiter.

Le discours sur l’allaitement est en partie à blâmer. Qu’il soit tenu par la santé publique ou les groupes militants, ce discours est maladroit et désincarné. On promeut l’allaitement comme on vante les mérites du brocoli et on a fait du lait maternel un aliment miracle irremplaçable.

À lui seul, le thème de la semaine de l’allaitement 2010 «Suivez le chemin des amis des bébés»: pas à pas, une condition après l’autre» démontre à quel point la langue de bois censée promouvoir d’allaitement se coupe de l’expérience maternelle.

Ce charabia ne mène à rien et rend les mères responsables d’objectifs pour lesquels elles n’ont aucun compte à rendre: les femmes qui allaitent n’ont pas à se faire lobbyistes d’une cause, pas plus qu’elles n’ont à défendre des politiques de santé publique.

L’allaitement peut certainement être encouragé ou défendu par différentes instances, mais il faut éviter de tout confondre. Ceux qui promeuvent l’allaitement ne doivent jamais oublier que ce geste est propre aux femmes et que le choix d’allaiter leur revient.

Dans les bonnes conditions, l’allaitement peut aider une mère à révéler le meilleur d’elle-même. Ainsi, donner à une femme le pouvoir d’atteindre ses propres objectifs d’allaitement, sans jugement et sans la moraliser, c’est lui laisser la liberté de décider du sens que prennent ses actions. Il ne saurait y avoir d’épanouissement autrement.

La Semaine mondiale de l’allaitement maternel est le moment tout indiqué pour inviter ceux qui aident les femmes à allaiter à laisser de côté les dogmes et les idées reçues pour s’ouvrir à ce que les mères vivent et les épauler avec empathie.

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