Du partage du lait

Ces dernières semaines, on a pu lire sur des initiatives citoyennes de partage de lait maternel. D’après nos informations, il existe au moins une initiative organisée à Montréal, mais des groupes seraient également présents du Facebook.

Les nourrices

Depuis fort longtemps, les bébés humains boivent le lait d’une femme autre que leur mère. À certains moments de l’histoire de l’Occident, le fait de confier son bébé à une nourrice était tout à fait acceptable. Bien que cette pratique ait connu des hauts et des bas (par exemple au 18e siècle, en France, sous l’influence de Rousseau, il était plutôt mal vu pour une femme éduquée de confier son bébé à une nourrice), elle s’est maintenue jusqu’au 20e siècle. C’est principalement l’invention des préparations pour nourrissons, ainsi que les craintes face à la transmission de maladies, qui en a causé l’arrêt.

Les banques de lait

Malgré que la mise en nourrice soit passée de mode, le partage du lait n’est pas complètement disparu, mais il s’est organisé autrement. En effet, dès le début du 20e siècle, les banques de lait ont commencé à apparaître. La première a ouvert ses portes à Vienne en Autriche. En 1919, deux autres s’étaient établies, l’une à Boston et l’autre en Allemagne. Au Québec, une seule banque de lait a vu le jour à l’Hôpital Royal-Victoria, à Montréal. Elle a été en fonction pendant les années 1950 et 1960.

Bien que les banques de lait avaient mis en place des mesures d’hygiène dès le début, la plupart d’entre elles ont fermé leurs portes après l’avènement du sida, certaines du jour au lendemain.

Depuis les années 1990, les banques de lait connaissent un nouvel essor. On comprend mieux le formidable potentiel du lait humain pour les bébés plus fragiles et on en sait plus sur la transmission des pathogènes via le lait maternel. Ces banques sont publiques et structurées: le lait est pasteurisé et les femmes qui font des dons, soumises à des tests de dépistage poussés. Bien qu’on en dénombre plus de 150 partout dans le monde, à l’heure actuelle, il n’existe qu’une seule banque de lait au Canada, à Vancouver.

Initiatives citoyennes de partage de lait: une fausse bonne idée?

C’est dans l’esprit de valoriser le lait maternel et pour rapprocher les familles désirant recevoir ou donner du lait que des initiatives citoyennes ont vu le jour sur Internet. Ces dernières ne doivent pas être confondues avec une banque de lait puisque les femmes qui en sont à l’origine ne manipulent pas le lait, elles ne font que mettre des gens en contact. Leur apparition souligne quand même le manque d’options pour les mères ne pouvant pas allaiter.

Malgré la bonne foi des femmes à l’origine de ces initiatives, le partage de lait non réglementé comporte certains écueils. D’abord, des risques sanitaires sont présents puisque le lait maternel reste un vecteur potentiel de maladies. En ce sens, il se compare un peu au don de sang. Que penserions-nous d’une initiative citoyenne de partage de sang?

Bien sûr, dans le cas du partage du lait, il est possible d’adopter des mesures de prudence, mesures que proposent d’ailleurs les groupes en questions, soient des tests de dépistage ou la stérilisation du lait. Néanmoins, la sécurité est fondée sur la bonne foi des parties impliquées. C’est pour cette raison que Santé Canada et La Ligue La Leche ne cautionnent pas les initiatives citoyennes de partage de lait.

Ensuite, le fait que l’échange de lait soit non réglementé ouvre la porte au commerce du lait humain. Que penser de la vente de lait maternel sur internet? Combien devrait-il se vendre? Pire encore, puisque l’État refuse de mettre sur pied un réseau public de banques de lait, pourrions-nous voir apparaître des banques de lait privées? Science fiction? Il existe pourtant déjà au moins une compagnie qui commercialise le lait humain.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le questionnement éthique soulevé par de telles perspectives est important.

À quand une banque au Québec?

Le fait que le partage du lait ait fait les manchettes aura eu l’avantage de révéler qu’il existe un besoin urgent pour des banques de lait chez nous. Un projet est d’ailleurs à l’étude depuis plusieurs années pour en implanter une à Montréal.

En attendant, malheureusement, il ne reste pas véritablement d’options pour les familles québécoises qui voudraient du lait maternel mais qui ne peuvent en offrir à leur bébé.

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