La relactation: entrevue avec Valérie

Juste avant Noël, un conte. Sauf que dans ce cas-ci, il ne s’agit pas de fiction mais de réalité.

Nous avons rencontré Valérie sur Twitter. Un jour, elle laisse un message à l’effet qu’elle souhaite tenter une relaction. Ça attire notre attention, on échange un peu et on se met à suivre son histoire.

Tenter de repartir une production de lait après avoir arrêté d’allaiter n’est pas simple. Ça demande beaucoup d’appui, de courage et d’amour. Valérie a réussi à remettre sa petite au sein et son cheminement nous a beaucoup touché. Au fil des événements, elle a bâti sa confiance et a pu faire les choses à sa manière.

Vous pouvez lire son histoire ici qu’elle documente dans un blogue.

Avant la naissance de ton bébé, voulais-tu allaiter à tout prix?
Je souhaitais allaiter. Par contre je me disais que si ça ne fonctionnait pas, ce ne serait pas si grave. Sauf qu’une fois rendue là, c’est tout le contraire qui est arrivé. J’étais déçue de mon expérience. J’avais l’impression d’échouer.

Pourquoi tu as arrêté d’allaiter peu après la naissance de ta fille?
Ma fille est impatiente lorsqu’elle a faim. Elle montrait très peu de signes de faim alors elle finissait par hurler. En pleine nuit, c’était encore plus stressant.

Après une semaine, j’avais essayé toute sortes de trucs afin de la remplir un peu pour qu’il soit plus facile de la mettre au sein. La seringue, la cuillère, même le DAL qui est si difficile à maîtriser, rien ne marchait! Je me mettais tellement de pression que je me rendais malade. J’étais incapable de manger et de dormir. Alors j’ai pris la décision difficile d’arrêter d’allaiter.

Avec le recul, qu’est-ce qui a mal fonctionné?
Je crois que j’ai trop écouté les autres. Autant les infirmières que ma marraine d’allaitement. Quand on a de la difficulté à allaiter et qu’on se fait dire que notre bébé va perdre du poids, qu’il faut la mettre au sein plus souvent (comme si je ne l’avais pas essayé!) on ressent énormément de pression. Ça m’a envoyé un message négatif: « Ta fille ne boit pas assez, tu dois la nourrir plus».  Alors il est devenu clair à mes yeux que si je donnais le biberon, mon bébé serait nourri et heureuse.

Pourquoi tu as voulu reprendre l’allaitement?
J’ai eu énormément de peine quand j’ai arrêté d’allaiter, même si je ne l’avouais pas. Quand ma fille a eu un mois, je commençais à me dire «j’aurais donc dû». De plus, Éliane prenait en masse de poids et j’étais un peu plus en forme. Au fond, c’est comme si après avoir accouché, je n’étais pas prête à allaiter. Il me fallait plus de temps!

Comment tu as fait pour reprendre l’allaitement?
Après en avoir parlé en masse à mon entourage et à la clinique d’allaitement, je me suis fait prescrire de la dompéridone, j’ai loué un tire-lait de qualité, et j’ai pris d’autres produits galactogènes.

Tu écris sur ton blogue: « je décide de faire les choses à ma manière », pourquoi c’était important?
Je ne voulais pas me mettre de la pression comme au début. Après avoir lu votre livre, j’ai réalisé que j’aurais pu tout faire à ma manière dès le début. Par exemple, la mettre au sein à chaque boire et si ça ne fonctionne pas, tant pis, on y va avec un biberon et on se réessaye au prochain! J’ai compris ce que c’est que de prendre ça «un boire à la fois»!

Est-ce que c’est difficile de faire les choses à notre manière, de décider de l’allaitement que l’on veut?
Tenter de ramener un bébé au sein avec l’utilisation du biberon, c’est clair que ça ne plaît pas aux marraines d’allaitement et aux consultantes en lactation. Si on est une personne influençable et émotive comme moi, alors oui ça peut l’être. Mais avec un plan de match et une idée claire en tête, c’est bien plus facile que de s’acharner avec les dogmes. Le fait que j’allaite ma fille aujourd’hui en est la preuve!

Que retires-tu de toute cette aventure?
J’ai réalisé qu’avec de la persévérance, on peut arriver à un but. C’est plus simple avec de petits objectifs, à prendre un à la fois.

J’ai aussi réalisé qu’allaiter, c’est peut être « naturel » mais ça ne se fait pas tout seul comme on se le fait dire aux cours prénataux. On parle juste que l’allaitement c’est le meilleur lait pour notre enfant, que c’est magique, mais on ne parle pas des difficultés que l’on peut vivre psychologiquement.

Peut-être qu’un jour, notre bébé va juste boire quatre fois parce qu’on n’a pas réussi à le mettre au sein, mais ce n’est pas la fin du monde si ses couches sont souillées. On s’inquiétera plus tard, un jour à la fois!

Qu’est-ce que tu aurais à dire aux femmes qui vivent la même chose que toi?
Allaiter, c’est bien beau et bien pratique, mais il n’y a que ça dans la vie de notre bébé. Aussi, il faut être patiente, se donner une chance.

Pour celles qui souhaitent tenter une relactation, c’est bien sûr possible, mais il faut raisonner ses attentes. Quand on a tout lâché et qu’on arrive à revenir à un allaitement mixte, c’est toute une victoire!

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