Terminé l’allaitement exclusif pendant 6 mois?

Stupeur! Un article publié dans le British Journal of Medicine (BMJ) remet en question l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie.

La nouvelle a été relayée par le Guardian dans son édition d’hier et rapidement reprise par différent médias. Certains ont utilisé des titres alarmistes (Mother’s milk may do more harm than good) ou sensationnalistes (Breast is not the best) qui ont causé une grande confusion. Ainsi, même chez nous, de nombreuses mères se sont mises à commenter le sujet dans toute la blogosphère.

Ce que dit l’article

D’entrée jeu, en aucun temps les auteurs ne remettent en question l’allaitement et ils recommandent l’allaitement prolongé.

Ensuite, il est bien important de saisir que cet article publié dans le BMJ ne s’appuie sur aucune preuve scientifique nouvelle, il ne fait que ré-analyser des preuves déjà existantes.

Les auteurs reconnaissent que les faits dont ils discutent ne sont que des observations et que la prudence est de mise dans l’interprétation des résultats. Dans leur article, ils n’indiquent aucune méthodologie pas plus qu’ils n’expliquent quelles sont les études sur lesquelles ils s’appuient et comment elles ont été choisies.

Cependant, ils demandent à ce que les organismes en santé publique puissent s’appuyer sur un système basé sur des données probantes afin de revoir les recommandations sur cette question. Ils n’exigent aucunement que la recommandation britannique d’introduire les solides après six mois d’allaitement exclusif soit revue. Les auteurs estiment par contre que le moment est venu de réexaminer cette preuve, d’autant plus qu’une enquête montre que seulement 1% des mères britanniques allaitent exclusivement pendant 6 mois.

Dans leur argumentaire, les auteurs estiment qu’en introduisant les solides plus tôt, cela pourrait réduire les risques pour les bébés de développer l’anémie, des maladies coeliaques et des allergies alimentaires. Ils avancent aussi la possibilité que l’introduction plus hâtive de certains aliments pourrait développer le goût des légumes verts et encourager de saines habitudes alimentaires.

Reprenons ces arguments en détail.

L’anémie

L’anémie des enfants est directement liée aux réserves du bébé à la naissance, qui, elles, dépendent de celles de sa mère. Il est aussi démontré que le fait de couper le cordon tôt après la naissance peut réduire les réserves en fer d’un nouveau-né de 33% (UNICEF). L’anémie est également liée à la pauvreté. S’assurer que la mère ne présente pas déficience en fer et retarder le moment où l’on coupe le cordon permet de protéger les réserves en fer d’un bébé et de s’assurer que le lait maternel procure suffisamment de fer pendant au moins six mois (Dewey K, Chaparro M; 2007).

Les maladies coeliaques

Les maladies coeliaques sont liées à l’introduction précoce du gluten (via les céréales). Plusieurs observations ont été faites à l’effet que le moment précis d’introduction du gluten dans l’alimentation pourrait influencer le développement de ces maladies.

En Grande-Bretagne, le Government’s Scientific Advisory Committee on Nutrition et le Committee on Toxicity of Chemicals in Foods, Consumer Products and the Environment ont passé en revue les études sur le sujet. Ils en sont venus à la conclusion que la preuve existante n’est pas suffisante pour établir un moment idéal d’introduction du gluten dans la diète des bébés. Par contre, ils indiquent que des études montrent que le fait de ne pas être allaité au moment de l’introduction du gluten dans l’alimentation est associé avec un risque de développer une maladie coeliaque.

Les allergies alimentaires

À l’opposé des intolérances alimentaires, la présence de réelles allergies alimentaires reste rare. Il est vrai qu’il existe des observations à l’effet que l’introduction précoce de certains aliments chez des familles à risque pourrait être bénéfique. Plusieurs études sont menées sur le sujet en ce moment et si les observations s’avéraient prouvées, les familles à risque pourraient être conseillées au cas par cas. Cela n’aurait pas de réelle incidence sur les politiques de santé publique destinées à la vaste majorité des enfants non affectés par des allergies.

Le goût pour les légumes verts

Que dire de plus qu’il ne s’agit que d’une pure spéculation qui ne se base sur aucune données probantes.

En conclusion

Depuis 2001, l’Organisation mondiale de la santé recommande un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie. Santé Canada recommande la même chose depuis 2004. C’est un avis qui est présent dans plus de 70 pays à travers le monde.

Les recommandations en santé publique sur la nutrition infantile s’appuient sur une preuve scientifique solide et ne se décident pas à la va vite au coin d’une table. Au tournant des années 2000, avant d’émettre la nouvelle recommandation d’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie, l’OMS avait passé en revue plus de 3000 études qui s’appuyaient sur des preuves solides.

La science avance et il est normal de réexaminer la preuve à la lumière de nouvelles données. Il est donc possible qu’un jour, différentes recommandations changent. Cependant, tout nouvel article scientifique ou étude isolée sur l’allaitement ne fait pas fi de toute la preuve déjà existante. Ainsi, la recommandation d’allaiter son bébé exclusivement pendant six mois tient toujours la route et s’appuie sur une preuve scientifique que personne à ce jour n’a encore démontrée être fausse.

Une recommandation ne s’émet pas, ou ne se défait pas, à la lumière d’un seul avis. Voilà une donnée qu’à l’évidence, bien des journalistes comprennent assez mal.

 

sources: UNICEF-UK, Baby Milk Action, NHS, OMS

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Une Réponse

  1. […] avons publié un billet à ce sujet sur notre blogue où nous affirmons que l’état de la science ne permet pas en ce moment de […]

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