Témoignage – Reprendre l’allaitement

Aux États-Unis, 77% des femmes qui ont allaité moins de trois mois voulaient allaiter plus longtemps. C’est un triste constat dont on parle peu. Au-delà des objectifs fixés par d’autres, il nous semble important que les femmes elles-mêmes puissent atteindre les objectifs qu’elles se fixent.

L’arrêt de l’allaitement pendant les premières semaines se fait souvent dans un contexte difficle où les femmes n’ont trop souvent pas accès à une information juste et un soutien empathique. L’arrêt de l’allaitement dans ces conditions laisse des traces. D’où l’intérêt pour la relactation, qui est le fait de relancer une production de lait. Dans notre livre, toute une section y est consacacré.

Nous avons reçu cet été le témoignage d’une femme qui a pu reprendre l’allaitement après l’avoir arrêté. Elle nous invitait à le publier sur notre site afin de montrer à d’autres femmes que c’était une option possible.

Je suis une journaliste québécoise installée à Delhi en Inde depuis plusieurs années. J’ai eu ma fille, mon premier enfant, le 25 décembre 2010 à 36 ans. J’avais tout organisé pour pouvoir accoucher naturellement chez moi avec une sage-femme. Les choses se sont passées autrement : j’ai fait une pré-éclampsie et j’ai dû avoir une césarienne d’urgence.

Ma fille est née en parfaite santé et s’est tout de suite mise au sein sans problème. Mais deux ou trois jours après sa naissance, j’ai souffert de problèmes cardiaques. J’ai été hospitalisée et le seul effort que j’ai pu faire pendant quelques temps, ça a été d’allaiter ma fille. J’avais la chance d’avoir un compagnon disponible à temps plein et mes parents qui avaient fait le déplacement en Inde, en plus d’un personnel infirmier très attentionné.

Une fois rentrée à la maison, j’ai eu un abcès au sein droit. Quand notre fille a eu un mois, je me suis faite opérer de nouveau pour le faire enlever. Le médecin qui m’a traitée m’a dit que je devais arrêter d’allaiter pour que l’infection disparaisse, puis il m’a fait prendre des médicaments pour arrêter ma production de lait.

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Chaque fois que je prenais ma fille, elle cherchait le sein. A partir du moment où on lui a donné du lait en poudre, elle a commencé à avoir de grosses crises de pleurs. Ça nous brisait le cœur.

Puis, j’ai fait des recherches. J’ai lu sur la relactation, dont personne ne m’avait parlé. J’ai consulté d’autres médecins qui m’ont dit d’essayer après que mon sein ait totalement cicatrisé. Six semaines plus tard, j’ai initié mes tentatives de relactation. Mes seins étaient comme deux sacs vides. Je savais que plus le bébé tète, plus il y a de lait. Or, ma fille ne voulait plus rien savoir de mes seins. Si j’essayais de la mettre au sein, elle pleurait et se dégageait. C’était terrible. Mais je savais que la relactation était possible et j’étais déterminée à faire mon possible.

J’avais la chance d’être à la maison à temps plein avec mon compagnon qui l’était lui aussi et qui me soutenait dans ma démarche. Je stimulais mes seins toutes les deux heures avec un tire-lait. C’était pénible et frustrant. Un beau jour, on a attaché un tube de plastique très fin au biberon et on a collé l’autre extrémité sur mon mamelon. On a réussi à mettre notre fille au sein avec cette technique. Tout en tétant, elle recevait le lait du biberon par le tube. C’était une immense joie de la sentir téter de nouveau.

Ça a été long et fatigant pour que ma production de lait augmente. Je devais la nourrir très fréquemment et le système avec le tube rendait les choses plus compliquées. Mais nos efforts ont payé. Progressivement, on a diminué le lait en poudre. Maintenant, elle a cinq mois et demi et elle est exclusivement nourrie au sein depuis quelques semaines. C’est le bonheur.

Si vous souhaitez avoir un autre témoignage sur la relactation, nous avions publié celui de Valérie.

 

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