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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Pollution, allaitement et Inuites

Stupeur ce matin sur Twitter lorsque que nous avons vu ce message, repris par un magazine féminin en ligne.

Notre réaction s’explique d’abord parce que l’information est fausse, et ensuite parce qu’il semble à tout le moins incongru d’imaginer un pays ou une institution interdire à une femme d’allaiter son bébé.

Regardons les choses d’un peu plus près.

Les BPC

Les biphényles polychlorés (BPC, aussi appelés en France les polychlorophényles ou PCB), sont des polluants organiques persistants. Ces derniers restent dans l’environnement et s’accumulent dans les graisses et les tissus des organismes vivants. Ils risquent d’entraîner des effets nuisibles entre autres sur le système hormonal et reproductif.

Le danger lié à ce type de polluant est bien connu. Au Canada, l’importation, la fabrication et la vente des BPC sont illégales depuis 1977. Le rejet de BPC dans l’environnement est devenu illégal en 1985 et leur stockage est réglementé depuis 1988.

Cependant, la législation canadienne a permis aux propriétaires de matériel contenant des BPC de continuer à utiliser ce matériel jusqu’à la fin de sa durée utile.

Quoiqu’il en soit, il est intéressant de noter que depuis les années 1970, les niveaux de BCP enregistrés dans l’organisme humain ont chuté.

Polluants et lait maternel

Le lait maternel est souvent utilisé pour mesurer l’exposition humaine aux produits chimiques. Il ne coûte pas cher à analyser et il est plus facile d’obtenir des échantillons de lait que de faire des ponctions de sang ou de graisse. Autrement dit, il faut voir le lait humain comme un thermomètre d’une contamination présente chez tout un chacun.

Le lait maternel de toutes les femmes contient des substances chimiques parce que celles-ci s’accumulent facilement dans les graisses du corps et que le lait est en partie composé de gras. Si le lait d’une femme est affecté par les polluants, le lait de tout autre mammifère l’est aussi, comme celui de la vache par exemple.

Les Inuites

Bien que personne ne soit épargné par les BPC, il semble que les plus hauts taux aient été trouvés chez les Inuites. Cela s’expliquerait par leur plus grande consommation de graisses provenant de viande sauvage, comme le morse, le phoque et différents poissons.

En dépit de ces données, plusieurs organismes dont Santé Canada et le Centre pour l’alimentation et l’environnement des peuples autochtones de l’Université McGill indiquent que « les nombreux avantages reconnus de l’allaitement maternel l’emportent largement sur les faibles risques potentiels qui ne sont pas encore clairement établis ».

L’allaitement présente de nombreux avantages pour les mères et leurs enfants et il semble qu’il soit particulièrement indiqué pour les familles autochtones. En effet, pour toutes sortes de raisons liées à l’histoire et aux conditions socio-économiques des Inuits et des Premières Nations, la santé de ces derniers est moins bonne que celle du reste de la population. Le lait maternel est un aliment complet, sain et gratuit dont les petits Inuits ont pleinement le droit de profiter.

De plus, il est extrêmement difficile de mesurer scientifiquement avec précision le seul impact qu’aurait des résidus de BPC dans le lait maternel sur la santé de ceux qui en boive. Après tout, les bébés y sont déjà exposés dans le ventre de leur mère et le seront par la suite via leur alimentation. Comment détacher et mesurer avec certitude le seul effet du lait humain sur leur santé?

Pour toutes ces raisons, malgré un faible risque non clairement établi, les avantages que l’allaitement apporte aux familles inuites sont plus grands que ses inconvénients.

Au fond, le réel problème n’est pas tant que des BPC se retrouvent dans le lait maternel, mais bien qu’ils se retrouvent dans l’environnement. Tout le monde, gouvernements et industriels compris, devraient se préoccuper de la contamination de l’environnement.

Cependant, la solution ne réside pas dans l’interdiction d’allaiter, mais bien dans des moyens plus logiques d’éviter une trop grande contamination. C’est d’ailleurs ce qu’a indiqué sur Twitter Madeleine Redfern, une Inuite qui est aussi mairesse d’Iqaluit, la capitale du Nunavut.

Interdire l’allaitement?

Sur une note plus éthique, serait-il envisageable qu’une instance gouvernementale puisse interdire aux femmes d’allaiter leurs enfants? Comment cette interdiction pourrait-elle s’appliquer concrètement? Séparer les femmes de leur bébé à la naissance? Leur donner, qu’elles le veuillent ou non, des médicaments qui suppriment la lactation? Enlever de leur famille les bébés qui seraient allaités malgré tout?

Autres interrogations que cela soulève: alors que l’accès à la nourriture est difficile dans bien des communautés inuites, de quoi ces bébés s’alimenteraient-ils? Qui payerait pour ces substituts au lait maternel? Quels impacts auraient ces nourritures sur la santé des petits inuits?

Voilà qui révèle l’absurdité d’une telle mesure. Tout comme il serait inconcevable qu’un État oblige les femmes à allaiter leur bébé, il ne peut y avoir de gouvernement démocratique qui leur interdise de le faire.

Inuite allaitant son bébé, circa 1908

Sources:

Environnement Canada

Natural Ressources Defense Council

Centre pour l’alimentation et l’environnement des peuples autochtones (en anglais)

Image

Statistiques Canada

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Une Réponse

  1. […] aux polluants, sont encouragées à allaiter leurs bébés. Nous avions d’ailleurs publié un billet à ce sujet il y a quelques […]

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