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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Allaitement en France: l’entrevue avec Mère Joie II

Voici la deuxième de trois parties de l’entrevue réalisée avec la blogueuse Mère Joie. De Badinter à Rufo en passant par Naouri; tour d’horizon des débats intellectuels qui entourent l’allaitement (les hyperliens dans le texte sont de nous).

Pour lire la première partie, c’est ici.

 

Certains intellectuels français posent un regard assez critique sur l’allaitement. Au Québec, c’est un sujet qui les intéresse assez peu. Pourquoi croyez-vous qu’ils se préoccupent d’allaitement?

C’est une question très difficile car tout comme l’allaitement est quelque chose de complexe, les différentes prises de position sont elles aussi très complexes à analyser.

En effet, tel que vous le signalez, le thème de l’allaitement est investi par différentes disciplines universitaires (mais finalement de façon très peu argumenté – Boris Cyrulnik, neuropsychiatre éthologue parle pour sa part de l’importance sensorielle de l’expérience lactée dans L’ensorcellement du monde mais on n’en sait pas plus – et surtout toujours par les mêmes personnes) ; ce qui n’est pas nouveau. Par exemple déjà Rousseau, l’illustre philosophe du siècle des Lumières louait l’allaitement par rapport à ses bienfaits et à l’attachement mère-enfant.

Malheureusement en France il n’y a pas trop d’approche systémique, de vision globale scientifique de l’allaitement..

Pour revenir brièvement sur Elisabeth Badinter la philosophe/historienne, si celle-ci a rédigé un long chapitre sur l’allaitement dans son livre Le conflit, ses motivations s’inscrivaient purement dans une réflexion féministe un peu différente des autres opinions intellectuelles contemporaines.
J’aimerais plutôt aborder la sorte de scission en France sur l’allaitement entre les professionnels de la petite enfance qui s’occupent de la santé stricto sensu (les pédiatres) et qui sont comme Edwige Antier pour l’allaitement prolongé en se basant sur les recommandations de l’OMS et les pédopsychiatres, psychanalystes ou du moins ceux qui sont fortement médiatisés (à l’inverse de Michel Soulé par exemple).

Pour les seconds, ce qui surprend d’emblée, ce sont les directives virulentes sur la durée et la façon de mener l’allaitement en dépit du bon sens, calquant les principes du biberon sur ceux de l’allaitement et de recherches réelles (pour Marcel Rufo, « Plus de trois mois, c’est trop ! » et après sept mois, il s’agit d’un abus sexuel, pour Aldo Naouri, il est hors de question que la mère nourrisse son enfant à la demande, pour Françoise Dolto, il fallait couper la langue du téton pour pouvoir parler).

Je fais plusieurs hypothèses interactives et relatives, entre autres, à notre façon de percevoir en occident la psychologie humaine comme l’obligation d’adaptation d’un individu à la société dans laquelle il vit sous peine d’être considéré comme déviant et à notre incapacité à avoir des connaissances pluridisciplinaires et à utiliser celles-ci de façon transversale (les domaines scientifiques sont trop cloisonnés) :

  1. L’idée toute faite d’un schéma parental, avec notamment le rôle du père comme séparateur de la mère et l’enfant (et qui en nourrissant le bébé remplirait sa fonction), cette mère dont on nie de façon excessive les spécificités biologiques ;
  2. Le retour le plus précoce possible de la femme à sa vie active (d’où les trois fameux mois pour Rufo qui correspondent à peu près à la fin du congé maternité) ;
  3. L’hyper sexualisation du sein. Selon Rufo un sein nourricier ne peut pas être en même temps un sein sexué car le sein ne se partage pas. Or, pour la bonne santé du couple, il serait impératif de reprendre une activité sexuelle rapidement ! Une belle preuve de la place de la sexualité dans la psychanalyse. On a peur de l’inceste, de la castration, de l’animalité, de l’enfant sauvage nourri par une louve. N’y a-t-il pas en outre un inconscient archaïque concernant la femme qui ne doit pas avoir de relations sexuelles en allaitant ?
  4. Un autoritarisme vis-à-vis de l’enfant (surtout chez Naouri). L’enfant doit devenir très rapidement autonome, sans prendre en compte les étapes de son développement ou les nouvelles théories de l’apprentissage. Il s’agit d’inscrire immédiatement l’enfant dans ce monde occidental, dans cette culture de séparation précoce de la mère et l’enfant. C’est à l’enfant de s’adapter et répondre aux besoins de ses parents. Et l’enfant doit être frustré pour pouvoir être capable ensuite de s’intégrer facilement. Ça sent Durkheim…

 Croyez-vous que ces prises de position ont une influence sur la façon dont les Françaises perçoivent l’allaitement?

J’aurais tendance à penser que celles des pédopsychiatres rassurent bon nombre de parents car nous vivons une époque avec une crise de l’autorité et les propos tenus par les pédopsychiatres, qui ont de surcroît autorité dans leur domaine, appuient là où le bât blesse, à savoir « Comment faire pour ne pas le laisser manger par ses enfants dès le départ ? ». Et comme l’écrirait Rufo : Dans le cas d’une mère qui allaiterait son enfant après le travail, il s’agirait d’une prise de pouvoir de l’enfant sur la mère ! Rufo et Naouri, les grands manitous des médias jouent sur la corde sensible du pouvoir parental.

De plus, les règles strictes, les méthodes toutes faites revendiquant « un bon modelage de l’enfant » vont elles aussi participer à cette idée qu’il y a une éducation unique, une recette sûre.

Pis les mentalités sont encore très ancrées, On le voit pour l’utilisation de la fessée où pourtant les aspects néfastes sont de plus en plus dénoncés mais dont la pratique reste extrêmement répandue et défendue par les parents, peut-être aussi parce que les pédagogues sont toujours dans un discours alarmiste et excessif (risques de perversions sexuelles, grave traumatisme etc,) plutôt que réaliste (la fessée, un abus d’autorité menant à des incohérences pédagogiques).

Badinter a quant à elle essuyé une véritable levée de boucliers avec son livre Le conflit dans lequel elle consacre une grande partie à l’allaitement mais son discours n’est pas vraiment d’ordre éducatif ou en relation directe avec ce qu’il convient de faire pour le bien de l’enfant. On est beaucoup plus frileux pour remettre en cause l’éducation que l’on a reçue ou l’éducation que l’on donne. Badinter s’adressait davantage à la femme qu’à la mère (toujours une sorte de dichotomie mère/femme en France) et à des femmes d’une certaine classe sociale, celle où les mères allaitent justement le plus et le plus longtemps de nos jours…

Quant à l’argument santé des pédiatres, il me semble qu’il culpabilise les femmes plus qu’il ne leur donne envie réellement d’allaiter…

Demain : Ce qui distingue la culture d’allaitement en France

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4 Réponses

  1. […] Allaitement en France: l’entrevue avec Mère Joie II RT: @BVAllaitement: Les intellectuels français et l' #allaitement: deuxième partie de notre entrevue avec @merejoie http://t.co/4QXdAiMv… Source: bienvivrelallaitement.com […]

  2. […] La première partie de cette entrevue est ici et la deuxième se trouve là. […]

  3. Bonjour,

    Je souhaite réagir sur l’ambivalence des pour et des contre l’allaitement.

    Je pense qu’il faut tenir compte du genre dans les prises de positions, car les hommes se sentent souvent exclus pendant cette période où le bébé n’a besoin que de sa mère, d’être nourri et soigné. Lorsque l’allaitement se passe bien, il appartient à la mère de faire une place au père (pour le bain, le change, etc) mais il est difficile de faire confiance et de laisser faire différemment.

    Les discours contre l’allaitement sont également souvent teintés d’hygiénisme et de grandes marques industrielles. Je pense qu’en France, après guerre, il a fallu relancer la machine économique notamment en distribuant du lait dans les écoles, la communication était préssente sur les bienfaits de l’aliment industriel (on en voit les résultats dans toute la société de consommation française: hypermarchés, plats cuisinés, etc…).

    L’ensemble des personnes de la génération précédente que j’ai consulté a évoqué le naturel de l’alimentation au biberon et vivait mon désir d’allaitement comme une régression de la condition féminine.

    Veuillez excuser mes idées décousues, j’espère que quelque uns m’ont suivi jusqu’au bout.

    Merci

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