Allaitement en France: l’entrevue avec Mère joie, suite et fin

Troisième et dernière partie de l’entrevue réalisée avec la blogueuse Mère Joie. Aujourd’hui : plongeon dans la culture d’allaitement française.

La première partie de cette entrevue est ici et la deuxième se trouve .

Selon vous, qu’est-ce qui distingue le plus la culture de l’allaitement en France? 

Nous avons un des taux les plus faibles d’allaitement en Europe. Et franchement, je n’ai pas de réponse ferme comme explication pour le moment.

Pour moi il y aurait peut-être à aller chercher du côté des classes sociales, d’une frange du féminisme, du travail des femmes et encore une fois de la conception de l’enfant.

Effectivement, dès le moyen-âge les classes aisées avaient recours aux nourrices et on concevait l’enfant comme un réceptacle à lait. Aujourd’hui, ces mêmes classes sociales sont les plus enclines à allaiter en étant éduquées, en ayant les capacités d’accès à l’information et en possédant une gestion de leur temps optimal dans certains cas. Un nouveau mouvement féministe a vu le jour : les femmes très diplômées ne veulent rien lâcher mais tout concilier, à l’inverse de leurs mères qui ont parfois « sacrifié leur maternité » pour être employables comme les hommes.

La pression pour allaiter est donc très variable selon le milieu social (et aussi la géographie), même si en France il y a de toutes les façons un gros paradoxe entre le matraquage des recommandations de l’OMS et ce qui est mis en place (droits, lois, formations des soignants etc,) pour soutenir les femmes dans leur allaitement. Et encore une fois, on ne parle toujours que du volet « santé » aux futures mères alors que celui-ci ne paraît pas être ce qui les aide à maintenir leur allaitement en dépit des difficultés.

Si les femmes issues des milieux les plus modestes allaitent également davantage peut-être parce que financièrement elles ne peuvent se permettre l’achat de préparations pour nourrissons et ne travaillent pas, de nos jours les femmes des classes moyennes allaitent le moins. Je pense que les croyances persistantes autour de l’allaitement comme le manque de lait, le spectre de la reprise du travail, leurs conditions de travail effectives parfois très mauvaises, le fait de devoir tout gérer seules (pas de femme de ménage, de nounou à domicile comme chez les femmes des classes privilégiées) peuvent être des freins supplémentaires à l’allaitement.

Il ne faut pas oublier non plus que l’industrie alimentaire des bébés représente des enjeux financiers certains et un vaste business (à ce titre, Badinter s’est vue accusée de critiquer l’allaitement en ayant des actions chez le Publicis qui a pour client le grand groupe Nestlé, marque de lait en poudre), même si « les tours de lait » (une affaire scandaleuse au cœur de l’histoire de l’allaitement en France) et les publicités pour les préparations 1er âge sont désormais interdites.

Chez vous, quelles sont les meilleures ressources pour une femme qui cherche de l’information ou qui vit des difficultés d’allaitement? Le milieu de la santé? Sa famille? Les groupes de soutien à l’allaitement? 

La problématique ne va pas tant être pour la maman de trouver des ressources que d’être confrontée à un véritable « travail de sape » involontaire ou non en parallèle. Or, on sait que le rôle de l’entourage proche est très important dans le soutien des mères qui allaitent. Il risque de peser largement dans la réussite ou l’échec de l’allaitement.

Sans transmission d’une culture d’allaitement par sa propre mère, sans connaissances justes sur l’allaitement, sans accompagnement de professionnels formés, s’il y a en permanence des idées pré-construites sur l’allaitement (aussi dans la presse) voire une hostilité à l’allaitement, la mère sera plus encline à abandonner ou mal vivre son allaitement.

Pour le moment, en France, il me semble que les meilleures options pour être aidée sont :

  • Le cercle familial (sœur, cousine…) et amical si les femmes ont allaité et sont correctement informées. J’ai plus de réserves avec les générations précédentes – mère, belle-mère – parce qu’il se joue des choses parfois, à savoir une volonté pour la jeune mère de s’affranchir de tout conseil pour trouver sa propre voie et une ambivalence chez la plus âgée de montrer son expérience et de se mettre en concurrence, oubliant son intention première ;
  • Les informations sur Internet (à trier) même si malheureusement, d’après moi, elles sont moyennement accessibles à tout le monde…, par exemple le site Co-naître ou les dossiers de l’incontournable Leche League (personnellement, je trouve en revanche que le site se contente trop des aspects biologiques / physiologiques de l’allaitement, ce qui est tout de même réducteur. Les femmes pour être soutenues correctement ont besoin aussi de lire ce qu’elles ressentent et qu’on leur dise que c’est normal, non que tout est une question de motivation ou de volonté).
  • Le réseau Leche League avec des conseillères partout en France. Un très bon point parce que c’est gratuit et on a à faire directement à de l’humain. Je pense que le discours est alors plus ouvert que sur le site ;
  • Les conseillères en lactation, spécialistes de l’allaitement mais non remboursées et une profession pas encore assez développée partout ;
  •  Les sages-femmes en libéral

Bref, il y a du boulot pour vraiment créer un environnement global propice à l’allaitement en France…

Merci du fond du cœur Mère Joie pour ces riches réflexions. Il serait intéressant que ces échanges se poursuivent d’une façon ou d’une autre !

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