Controverse sur la dompéridone (encore)

La dompéridone (Motilluim®) est un médicament généralement utilisé pour traiter les symptômes de troubles gastro-intestinaux.

Un de ses effets secondaires est cependant d’augmenter la production de prolactine. Pour cette raison, même si la compagnie qui fabrique la dompéridone ne le recommande pas vraiment, ce médicament est prescrit depuis longtemps au Canada chez des femmes qui ont des problèmes de production de lait.

La semaine dernière, Santé Canada a émis un avis concernant la dompéridone qui a fait grand bruit dans les médias anglophones.

On peut entre autre lire dans cet avis que le risque d’anomalies graves du rythme du coeur ou de mort subite peut être plus élevé chez les patients qui prennent des doses supérieures à 30 mg/jour, ou chez les patients de plus de 60 ans. On recommande aux patients qui souffrent de certains troubles du coeur d’utiliser la dompéridone avec prudence lorsqu’elle est prise en même temps que des médicaments qui peuvent modifier l’activité électrique du coeur.

Essayons d’y voir plus clair afin d’éviter la panique.

Doit-on s’inquiéter?

Lorsque l’on sait que la posologie de départ habituellement prescrite pour stimuler la lactation est de 90mg par jour, et que cette posologie peut parfois monter à 160 mg et plus, l’on comprend les femmes qui utilise le dompéridone de s’inquiéter.

D’autant que depuis 2004, les États-Unis mettent en garde les femmes qui voudraient utiliser la dompéridone pour faciliter la lactation. En juin 2009, les autorités américaines ont réitéré cette alerte, signifiant aux médecins et aux femmes de ne pas utiliser ce médicament non approuvé chez eux dans le but d’augmenter la lactation. Elles se disent préoccupées par les risques sanitaires possibles associés à la dompéridone.

En France, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, adressait le 6 décembre dernier une lettre aux professionnels de la santé reprenant la position du fabricant sur les risques cardiaques possibles de la dompéridone.

Qu’en est-il vraiment?

Chez nous, Santé Canada reconnait que la dompéridone est utilisée pour stimuler la production de lait. Dans un échange courriel avec la CBC, l’agence indique que la notice du médicament informe le patient que l’allaitement est contre-indiqué pendant la prise dompéridone, à moins que les bénéfices retirés dépassent les risques, précise le courriel de l’agence.

Santé Canada ajoute qu’ils n’ont jamais reçu d’informations à l’effet que des problèmes cardiaques sérieux se soient développés suite à l’utilisation de la dompéridone chez des femmes qui allaitent.

Le médecin torontois Jack Newman, sommité mondiale en allaitement, a prescrit de la dompéridone à des milliers de femmes dans sa carrière sans jamais rencontrer d’effets néfastes sérieux. Sur Facebook, il a fait part de son exaspération face à cet avis de Santé Canada. Ce n’est pas la première fois qu’il s’exprime sur ce sujet, il l’avait fait en 2004 suite à l’avis des Américains.

Il affirme qu’il continuera à prescrire la dompéridone. Selon lui, la réaction de Santé Canada est grandement exagérée.

Toujours sur Facebook, le docteur Newman fait remarquer que l’étude belge sur laquelle s’appuie Santé Canada dans son avis sur la dompéridone n’est pas concluante. La moyenne d’âge des gens décédés était de 75 ans. De plus, l’étude n’offre pas de données cliniques. Tout ce qu’on sait, c’est que des gens sont morts et qu’ils prenaient ce médicament.

Il rappelle que la dompéridone était prescrite chez ces patients pour des problèmes de reflux, mais certains symptômes de maladies cardiaques sont souvent mal diagnostiquées et passent pour du reflux.

Il affirme que se serait dommage que des femmes et leurs bébés ne puissent utiliser la dompéridone pour profiter de l’allaitement.

Un autre pédiatre de Toronto, le docteur Daniel Flanders, craint que cet avis, au lieu de « sauver des vies » risque bien plus de nuire à dizaines et des dizaines de femmes et de bébés qui profitent de l’allaitement grâce à la dompéridone.

De son côté La Leche League Canada souhaite que des études soient faites sur la sécurité et l’efficacité de la dompéridone chez les femmes allaitantes. On ne peut qu’être d’accord avec cette demande. Les femmes qui allaitement ont le droit d’obtenir l’information scientifique la plus juste possible sur toutes les facettes de la lactation.

La Leche League mentionne également, et avec raison, que l’immense majorité des femmes arriveront à produire suffisamment de lait pour leur bébé. Dans les cas où la production semble insuffisante, le groupe de soutien précise que généralement, des ajustements simples à la technique d’allaitement permettent de produire plus lait.

Que faire?

Si vous prenez de la dompéridone et avez des inquiétudes ou des symptômes de palpitations ou d’étourdissements, la meilleure chose à faire est d’en parler rapidement à votre médecin ou votre consultante en lactation IBCLC.

Si vous croyez ne pas avoir assez de lait, n’hésitez pas à faire appel à un groupe d’entraide.

Dans Bien vivre l’allaitement, une section complète porte sur les suppléments galactogènes, dont la dompéridone. Le livre aborde aussi toutes les façons d’arriver à une pleine production de lait.

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