Bien vivre l’allaitement… au travail

Elle s’appelle Kara Westerlund. Elle est conseillère municipale de Brazeau, une petite municipalité du centre de l’Alberta.

Kara a appris qu’elle était enceinte de son deuxième enfant peu après avoir été élue. Elle a demandé à ses collègues conseillers s’ils étaient d’accord que, suite à la naissance de son bébé, elle viennent siéger au conseil avec lui les premiers mois après sa naissance. Avec l’allaitement et tout, cela facilitait sa conciliation travail/famille.

La majorité des conseillers lui ont dit qu’ils étaient d’accord que la mère de 28 ans puisse continuer à représenter ses électeurs à la table du conseil tout en s’occupant de son nouveau-né.

Kara Westerlund a recommencé à siéger au conseil de Brazeau une semaine après la naissance de sa fille. Ses collègues l’ont tous accueilli chaleureusement. Tous, sauf une, Pat Monteith.

Mme Monteith écrit dans le journal local, le Breton Booster. Dans l’édition du 22 février, elle s’en prend à la conseillère Westerlund en indiquant que la présence d’un bébé est dérangeante et que cela la déconcentre dans son travail. Le conseil est devenu une vraie garderie, se plaint-elle. Elle se demande aussi la réaction des contribuables s’ils apprenaient que l’argent public sert à payer une femme qui s’occupe de son enfant…

Kara Westerlund souhaite servir ses électeurs et il s’avère qu’elle vient d’avoir un bébé. Comme le faisait remarquer une chroniqueuse du Edmonton Journal, personne ne va mourir sur la table d’opération, ni aucun appareil ne risque de s’écraser si une conseillère municipale est distraite quelques instants par la présence d’un bébé… On ne parle pas non plus d’une bambins de 2 ou 3 ans en crise, mais bien d’un nouveau-né qui dort la plupart du temps et qui est allaité sous un tablier d’allaitement.

De plus, la fonction de conseillère municipale à Brazeau en Alberta est loin d’être une occupation à temps plein. Le conseil se réunit deux fois par mois. En 2010, Mme Westerlund a gagné 8088,75$ comme élue municipale. Insinuer qu’elle prend soin de son bébé sur le dos des contribuables, c’est pousser fort un peu.

Quelle est la place d’une femme qui vient de donner naissance? Et celle de son bébé? Dans notre société, peu de jeunes femmes s’impliquent en politique justement parce qu’elles craignent de ne pas pouvoir concilier leurs responsabilités familiales Si un élu est censé représenter la population dans toute sa diversité, n’est-il pas normal que les élus soient eux-même le reflet de cette diversité?

Une abonnée Twitter nous faisait remarquer une autre dimension à cette histoire. @poulepondeuse notait que la réduction de ce débat à l’allaitement était dommage. En effet, comme si les mères qui n’allaitaient pas n’avaient pas aussi le droit à la proximité avec leur bébé! Dans la chronique citée plus haut, il est d’ailleurs mentionné que Mme Westerlund aurait pu sevrer son bébé, lui donner un biberon et le faire garder.

Il ne s’agit pas d’encourager toutes les femmes à retrouver travailler le plus tôt possible après une naissance, pas plus que de dire que la présence des bébés est toujours appropriée peu importe le lieu de travail de la mère.

Il s’agit simplement de se demander s’il n’y aurait pas lieu d’être collectivement plus ouvert à différentes formes « d’accommodements raisonnables » afin de tendre vers une société plus équitable envers tout un chacun.

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