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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Et si l’allaitement n’était qu’un prétexte?

Va-t-on trop loin dans la promotion de l’allaitement, titrait en une le journal La Presse du 24 octobre.
Cet article de la journaliste Annabelle Nicoud donne la parole à des mères qui se sont senties méprisées par des professionnels de la santé dans leur choix de donner le biberon à leur bébé. Il existerait trop de pression sur les mères pour qu’elles allaitent et la situation serait intenable aux yeux même de certaines infirmières.

Rien de bien nouveau dans cet article toutefois, qui aborde un sujet qui revient ponctuellement dans l’actualité. En juillet 2009 par exemple, Lisa-Marie Gervais journaliste au quotidien Le Devoir, écrivait précisément sur ce même sujet, en reprenant plus ou moins le même argumentaire: allaiter ou culpabiliser.

Oui, des femmes souffrent

La tristesse et la gêne ressenties par ces mères qui n’allaitent pas sont bien réelles. Ces sentiments méritent d’être reconnus et partagés pour ce qu’ils sont: de l’abus. Ces histoires racontées par La Presse ou Le Devoir, nous les avons aussi entendu de la bouche de bien des femmes. Nous les déplorons parce que dans une société de droit, chaque femme doit avoir le pouvoir de prendre librement les décisions qui la concerne ainsi que son bébé.

Cependant, pour chaque histoire de femme qui n’allaite pas, existe la même douleur et la même tristesse chez une femme qui choisit d’allaiter. Ces histoires aussi, nous les entendons par dizaines depuis que nous avons commencé à écrire Bien vivre l’allaitement. Malheureusement, elles font rarement la une de nos quotidiens. Des histoires où des femmes sont humiliées, où leur volonté la plus profonde est niée, où leurs appels à l’aide ne sont pas entendus, où elles sont laissés en détresse et démunies face à leurs difficultés. Tout cela pourquoi? Simplement parce qu’elles ont décidé d’allaiter leur petit.

Notre prétention n’est certainement pas de nier la pression pour l’allaitement ressentie par certaines femmes, mais bien d’inclure dans le débat le mépris qui est aussi vécu par les femmes qui allaitent.

L’autre côté du miroir

Pour illustrer notre propos, nous avons demandé aux mères abonnées à la page Facebook de Bien vivre l’allaitement si elles avaient ressenties des pressions de la part de professionnelles pour cesser ou décourager l’allaitement qu’elles désiraient. Sans surprise, leurs réponses ont été nombreuses et touchantes. Nous en reprenons quelques unes ici.

Sophie: « Suite à mon premier accouchement en 2006, mon fils était en incubateur et très fatigué. Bien que j’avais dit vouloir l’allaiter, les infirmières lui ont donné un biberon de préparation pour nourrisson à quelques heures de vie sans me consulter. Aucune infirmière ne m’a non plus offert de tirer mon lait pour stimuler ma lactation. »

Catherine: « Alors que j’avais des problèmes d’allaitement à l’hôpital et que je demandais à l’infirmière ce que je pouvais faire lors de mon retour à la maison pour les surmonter, elle s’est empressée de mettre trois bouteilles de préparation dans ma valise en me disant qu’elle était là ma solution. »

Valérie: « Dès le premier jour, quand ma petite refusait de téter, on me disait que ce n’était pas la fin du monde si je donnais le biberon, de ne pas culpabiliser, que je ne serais pas une moins bonne mère. Mais moi, tout ce que je voulais, c’était essayer d’autres solutions parce que je n’avais pas envie d’abandonner. »

D’autres mères nous dévoilent un monde où le manque de formation des professionnels de la santé est ahurissant et où leur ignorance devient un prétexte pour dire n’importe quoi. Imaginons un instant un tel laxisme envers des malades du coeur ou des patients cancéreux…

Héloïse nous explique qu’alors qu’elle est fatiguée, on lui lance: « Juste une petite préparation lactée madame et vous pourrez dormir quatre heures d’affilées… »

Marie-Claude, qui accouche d’un bébé plus fragile: « Le pédiatre ne voulait pas qu’il tète. J’essayais de me tirer un peu de colostrum pour lui donner au verre et les infirmières, au lieu de m’aider, m’ont dit de me reposer. Pendant ce temps, mon chum devait lutter à la pouponnière pour ne pas qu’on donne à notre fils de la préparation pour nourrisson. Ce qu’on sent dans les hôpitaux c’est : il faut que vous allaitiez mais on ne fera rien pour vous faciliter la tâche! »

Marie-Luce, qui sera grossièrement sermonnée par un médecin alors qu’elle soupçonne son fils de six mois de souffrir du muguet : « Je me suis rendue dans une clinique sans rendez-vous où, après avoir attendu trois heures, je vois enfin le médecin qui me lance: « Les bébés, ça n’a pas besoin d’être allaités plus que deux ou trois mois! Vous savez, quand vous allez avoir 40 ans et que vos seins vont être tout mous, vous allez être déprimée et votre mari n’aimera pas ça. »

Et si l’allaitement n’était qu’un prétexte?

Avant de se demander si l’on va trop loin dans la promotion de l’allaitement, il serait grand temps d’examiner tout le discours qui entoure la maternité. La façon dont la santé publique parle d’allaitement n’est à nos yeux qu’un arbre qui cache toute une forêt. En effet, à la lecture de ces témoignages de femmes qui allaitent, on ne peut pas croire un instant que nous vivons dans un monde où l’allaitement règne en impitoyable roi et maître dans nos institutions de santé.

L’enjeu, beaucoup plus grave, que tous semblent occulter, c’est la facilité avec laquelle des professionnels de la santé se permettent de dire n’importe quelle connerie aux mères – qu’elles allaitent ou non. Comme si la société cherchait toujours à contrôler cette capacité unique qu’ont les femmes à porter la vie, à la mettre au monde et à être les premières au front à s’en occuper.

Malheureusement, remettre ce contrôle en question est autrement plus dérangeant que de pointer la seule promotion de l’allaitement.

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18 Réponses

  1. J’adore! Merci! Je suis justement sur le point d’écrire un article qui abonde dans le même sens en faisant le parrallèle avec l’accouchement. Il faudrait cesser de dire aux mères quoi faire et les épauler dans leurs choix.

    • Ah là, faut pas nous partir sur la grossesse et l’accouchement 😉

      Plus sérieusement, en effet, ce sont des réflexions qui s’y appliquent aussi, peut-être de façon encore plus cruelles, malheureusement.

      L’avantage de l’allaitement, c’est que bien des femmes arrivent malgré tout à se l’approprier réellement et à finir par faire à leur tête, malgré l’avis d’un professionnelle de la santé.

      Pour la grossesse, et particulièrement pour l’accouchement, les femmes en ont été presque complètement dépossédées. Aller contre l’avis d’un médecin ou d’une sage-femme est un combat extrêmement difficile à mener. Les femmes laissent énormément de pouvoir entre les mains de ces gens… Souvent ça fait leur affaire, mais parfois ça laisse des traces indélébiles quand on s’aperçoit ‘qu’autre chose’ était possible.

      Mais bon, c’est un autre sujet. Notre terrain de jeu à nous, c’est l’allaitement! On sera heureuses de vous lire là-dessus ceci dit 🙂

      • Et moi mon terrain de jeu c’est l’accouchement 😉 Mon texte n’est certainement pas aussi étoffé que le vôtre mais je me devais de faire le rapprochement.

  2. […] de La Presse cite des exemples navrants de pression pour l’allaitement, autant la réponse de Bien vivre l’allaitement donne des exemples tristes de bêtise et d’abandon des femmes. C’est selon moi […]

  3. ah lala ! merci !
    franchement, j’ai eu un début d’allaitement difficile, j’ai bien cru ne jamais m’en sortir et sans l’aide d’une conseillère en allaitement au top (je ne la remercierai jamais assez d’ailleurs), j’aurais fini par passer au lait en poudre.
    c’est criant de vérité ce manque d’information, d’aide, d’écoute et de savoir sur les questions de l’allaitement, sans tomber dans l’extrême d’un côté ou de l’autre d’ailleurs.

  4. je suis pro allaitement et une pro de l’allaitement… pour moi-même, aucune autre alternative que l’allaitement. Je dois quand même dire que le personnel médical n’a pas une réelle formation face à l’allaitement et que sans vouloir dénigrer personne, des trucs très simples pour favoriser l’allaitement ne sont même pas promus par les pros de l’allaitement, généralement par oubli. J’ai suivi plus de 1500 mères par année pendant plus de 10 ans… des mères de tous âges, de partout, de tous les niveaux professionnels et avant tout, je leur faisais comprendre que le sevrage fait aussi partie de l’allaitement comme la mort fait partie de la vie! Elles déculpabilisaient… ensuite, tout était plus facile! Le plus important de tout, qu’une mère chosisse ou non de poursuivre son allaitement, c’est qu’elle se sente supportée, qu’en tant que professionnelle de l’allaitement, on ait envisagé avec elle toutes les avenues possibles, sans jugement. Dédramatisons l’allaitement, et tout sera plus facile! Laissons nos mamans s’épanouir dans leur décision!

  5. Ce n’est pas une question de promotion ou de culpabilité avec l’allaitement. L’allaitement maternel est la norme … L’objectif est de revenir à une information juste et véridique … On a beau vendre l’allaitement mais il faut aussi vendre un service après vente … Est-ce que la formation offertes aux personnel de la périnatalité est adaptée ? Les futurs parents vont devoir faire un choix éclairé autant en matière d’alimentation, que de maternage, de vaccin etc … En tant qu’accompagnante à la naissance, j’en vois de toutes les couleurs et des parents avec des difficultés, oui il y en a … Si ça dépasse mon champs de compétence, je vais les référer à une consultante en lactation IBCLC et poursuivre le suivi pour m’assurer qu’elle reçoive le soutien nécessaire. Qu’on parle de grossesse, d’accouchement ou d’allaitement, il y a plein de fausses informations qui circulent. Est-ce que les parents veulent réellement savoir ? D’où provienne ces informations ?

    En terminant, des jugements il y en a partout. L’allaitement existe depuis la nuit des temps et nous devons revenir à la base pour quelque chose qui est tout à fait naturel …

  6. Je ne suis pas une pro-allaitement mais plutot du libre choix. En 2005, j’ai accouché d’un petit garçon et javais dėcider d’allaiter. Je savais par contre que je n’aurais pas le choix lui donner le biberon rapidement retournant aux études. À l’hopital, j’avais beaucoup de difficulté a donner le sein a mon bébé, découragée et épuisée, j’ai voulu laisser tomber. Les infirmières ont tout fait pour que je parvienne a donne de mon lait a mon enfant: tire-lait, téterelle, gobelet. Même lorsqu’il était en couveuse, elles venaient me réveiller pour que je tire mon lait et elle lui donnait au goblet elle-méme afin que je me repose. Je suis reconnaissante a l’équipe d’infirmiëre de l’hopital Pierre-Boucher et je suis désolé d’apprendre que plusieurs femmes n’ont pas été en mesure de recevoir le même soutient que j’ai reçu.

  7. Je crois que cet article ne représente pas la majorité. On ne voit que des commentaires négatifs.. mais qu’advient-il des commentaires positifs? Je suis persuadée qu’il y a aussi des histoires de contes de fée à propos d’allaitement réussi et auxquels les professionnels de la santé ont contribué à la réussite de leur allaitement. Je suis un peu déçu de cet article!

    • Bien sûr que le but de cet article était de rapporter les histoires tristes et sombres des femmes qui souhaitaient allaiter. Visiblement, vous avez mal saisi son sens, qui était d’apporter un complément de réflexion à un dossier présenté dans un important quotidien montréalais.

      … À nous d’essayer de mieux le présenter une prochaine fois 😉

    • Tout comme il y a des histoires de mères complètement épanouies qui donnent le biberon et ne ressentent aucunement la pression sociale, ce que l’article de La Presse ne démontre aucunement, non?

      Je pense qu’à partir du moment où on se sent coupable, c’est que l’on n’est pas à l’aise avec une situation ou un choix et le problème, il est là à mon avis. On nous vend un produit (dans ce cas l’allaitement), on veut quasi toutes adhérer, mais une fois le produit livré, plus ou très peu de service après-vente. Normal que la déception soit souvent au rendez-vous et que l’arrêt de l’allaitement reste en travers de la gorge de plusieurs femmes. Humain qu’on réagisse par la suite au « speach du vendeur » et qu’on le dénonce comme étant faux, culpabilisant, dérangeant, quand on a l’impression de s’être fait « frauder » par ce même vendeur!

      De là à proposer de moins parler d’allaitement et de parler d’avantage du biberon pour atténuer le p’tit goût amer des mères est à mon sens aussi ridicule que de commencer à proposer et vanter les mérites d’une télé neuve à un client en remplacement de la machine à laver défectueuse qu’on lui a vendue! Peut-on seulement offrir un service technique efficace pour la réparer, la laveuse?

  8. Cet article va beaucoup me servir dans mes formations,quand je parlerai de la  » relation d aide  » Felicitations !

  9. Bonjour a vous
    Effectivement tous serait si simple si les femmes serait épauler au lieu de vouloir décider pour elle. Il est grand temps qu on fasse le ménage dans les obstétriques parce qu’il y a malheureusement trop de gens insouciant qui font du mal et sans s en rendre compte…
    Moi je vise plus particulièrement l’ordre pédiatrique elle n est pas toujours aidante pour les femmes la pensée pédiatrique est pour des enfants malades ..ils n ont malheureusement pas de connaissances sur la physiologie normal d un accouchement et les liens a faire post accouchement ne sont pas toujours respecter ….de mon travail ce que j ai vu beaucoup c est séparer mère et bébé oublier qu il y a une suite après l accouchement surtout quand le choix d allaiter est fait.

    Alors du ménage dans les cours d’obstétriques arrêter de s’approprier des accouchements permettre a une famille de cheminer a leur rythme.

    LE SAVOIR ÊTRE

  10. Et les commentaires continuent d’autant plus quand l’enfant est plus vieux. Mon fils à 16 mois, nous aimons tous les deux notre relation d’allaitement qui dure! Mais on me demande souvent quand est-ce que je prévois arrêter de l’allaiter, ou si je vais l’allaiter jusqu’à ses dix-huit ans… Come on! Il a 16 mois! Je rêve du jour où les femmes pourrons faire leurs propres choix de « maternage » et être soutenues. Ceci étant-dit, il est toutefois normal de faire la promotion de l’allaitement en terme de prévention de la santé par rapport aux préparations commerciales (un peu comme on fait la promotion d’une vie sans tabac, le fait de s’attacher en voiture, etc.).

    • Bien d’accord sur ce point. Ici allaitement depuis 2 ans 1/2 bientôt. Souhait d’allaitement sans penser à du long terme au départ et une sérieuse revanche sur une césa (je pense).
      Quoi qu’il en soit, j’ai été suivie médicalement pendant quelques temps et j’ai eu un traitement à prendre donc j’ai signifié qu’allaitement.
      Mi 2012 (18 mois de ma fille environ) aux yeux du praticien je passais pour une mère courage BB, allaitement, travail.
      A l’automne 2012 je devenais doucement une curiosité.
      Et là, pour le dernier RV en cette mi mai 2013 le praticien en question me dit carrément « à partir de 2 ans le bébé et la maman doivent se sevrer ». Ouaip c’est quoi le sous entendu ?!! J’ai donc avancé le sevrage comme évoqué par l’OMS sur le sujet. J’ai vu le praticien interloqué mais je suis certaine que mes oreilles ont sifflées à peine j’étais sortie de son cabinet; et que je suis maintenant devenue une aberration à ses yeux…
      Un tel manque de connaissances m’agace au plus haut point mais surtout m’attriste. Mais comment exposer les choses et juste se faire accepter dans ses choix?

  11. C’est ce que je me tue à dire depuis que la pub de Mahée Paiement est sortie… Les ressources en allaitement sont là, mais disparates et inégales. Certaines femmes bénéficient de services merveilleux alors que des quartiers entiers (notamment les plus défavorisés) n’ont pas de services en allaitement accessibles à moins de 30 minutes en voiture! Et même lorsqu’il y a des ressources disponibles, la clé c’est la relation d’aide… c’est pas de dire comment faire, c’est d’écouter les besoins et offrir des solutions adaptées à ces besoins. Et dans les maternités, il devrait y avoir des infirmières spécialement formées en allaitement… Si le gouvernement veut poursuivre dans la promotion de l’allaitement, que les bottines suivent les babines.

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