Lait maternel : une flore bactérienne plus riche qu’on le croyait

Le Devoir, 9 janvier 2013 | Pauline Gravel | Santé

Plus de 700 espèces différentes de bactéries sont présentes dans le lait maternel, une diversité beaucoup plus grande qu’on ne l’avait imaginé et qui semble contribuer à la mise en place de la flore intestinale du nourrisson et à l’édification de son immunité.

Grâce à une technique de séquençage massif de l’ADN, un groupe de chercheurs espagnols de l’Institut d’agrochimie et de technologie des aliments et du Centre supérieur de recherche en santé publique de Valence, en Espagne, a pu identifier la panoplie de bactéries prospérant dans le lait maternel. Ces scientifiques ont également pu déterminer certaines variables qui semblent affecter la richesse microbienne de cette boisson qui constitue la principale source alimentaire de nombreux nouveau-nés.

Les chercheurs espagnols ont découvert plus de 700 espèces de bactéries dans le colostrum, qui est le tout premier liquide sécrété par les glandes mammaires après l’accouchement. Parmi les genres bactériens les plus communs qu’ils ont relevés dans les échantillons de colostrum figuraient Weissella, Leuconostoc, Staphylococcus, Streptococcus et Lactococcus, des bactéries lactiques pour la plupart. Dans le lait produit entre le premier et le sixième mois d’allaitement sont apparues des bactéries normalement présentes dans la bouche, telles que Veillonella, Leptotrichia et Prevotella. Dans un article publié dans la dernière édition de l’American Journal of Clinical Nutrition, les auteurs de l’étude avouent qu’ils ne peuvent affirmer avec certitude si ces bactéries orales ont colonisé la bouche du bébé à partir du lait maternel ou si elles ont contaminé le lait maternel et en ont changé la composition. Les auteurs font toutefois référence à un article antérieur ayant montré que ces bactéries étaient déjà présentes dans le lait que sécrètent les femmes enceintes peu avant d’accoucher, ce qui suggère qu’elles auraient colonisé la bouche du bébé.

Les chercheurs ont également observé que le lait produit par les mamans souffrant d’embonpoint ou qui avaient pris plus de poids que recommandé durant leur grossesse contenait une moins grande diversité d’espèces bactériennes. Ils ont aussi remarqué que le type d’accouchement affectait la communauté microbienne du lait maternel. Celle des femmes ayant accouché par césarienne, comme cela avait été planifié durant la grossesse, était différente et moins riche en micro-organismes que celle des mères qui avaient subi un accouchement vaginal. Toutefois, lorsque la césarienne n’avait pas été prévue, la composition du lait était très similaire à celle des mères ayant donné naissance naturellement par voie vaginale. Autant d’observations qui suggèrent le rôle joué par l’état hormonal de la mère au moment du travail. « L’absence de signaux de stress physiologique, de même que les signaux hormonaux spécifiques au travail lors de l’accouchement pourraient bien influencer la composition et la diversité microbiennes du lait maternel », affirment les auteurs de l’étude.

Développement du système immunitaire

Ces scientifiques rappellent que les bactéries présentes dans le lait maternel constituent un des premiers contacts du nouveau-né avec des micro-organismes, lesquels coloniseront son système digestif, incluant la bouche et le tractus gastro-intestinal. Reste à déterminer le rôle exact de ces bactéries. Certains affirment qu’elles aident le bébé à digérer le lait qu’il boit.

« Le fait que le lait maternel renferme une multitude de bactéries différentes favorisera chez le bébé le développement de son système immunitaire, car la mère produit des anticorps contre toutes les bactéries contenues dans le lait qu’elle sécrète et les transmet à son enfant à travers le lait qu’elle lui donne à boire », ajoute pour sa part Marie-Ève Loiselle, qui est infirmière et consultante en lactation certifiée à l’hôpital Sainte-Justine. « En plus d’exposer l’enfant à 700 souches de bactéries, le lait maternel lui apporte aussi 700 types d’anticorps différents. L’enfant qui n’est pas allaité est moins protégé contre les diverses bactéries présentes dans son environnement ; il doit développer ses propres anticorps, mais son système immunitaire est souvent trop immature pour y arriver. Pour cette raison, les enfants qui n’ont pas été allaités sont plus à risque d’être hospitalisés pour des troubles respiratoires ou gastro-intestinaux », souligne-t-elle.

Selon Wendy Dahl, professeur au Département des sciences des aliments et de la nutrition humaine à l’Université de Floride, « aucune mère ne devrait se rebattre sur les préparations de lait, car ainsi elles perdraient cet incroyable transfert de bactéries. Les préparations peuvent ressembler au lait maternel au niveau nutritif, mais aucune préparation ne pourra jamais fournir ce que le lait maternel procure en matière d’impact engendré par le transfert d’une aussi grande variété de bactéries. Et c’est probablement la raison pour laquelle les enfants qui ne sont pas nourris au sein courent un plus grand risque d’avoir des problèmes liés à l’immunité, comme des allergies, de l’asthme et des maladies auto-immunes », fait-elle valoir.

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Une Réponse

  1. […] – Ça ne change rien à la santé du bébé que l’on allaite exclusivement, en mixte ou que l’on donne du lait artificiel. D’ailleurs, sinon, les enfants allaités au sein ne seraient JAMAIS malades. Et le lait maternel n’a aucune différence avec le lait artificiel au niveau anticorps, les anticorps sont fournis pendant la grossesse et par les vaccins ensuite.. Fi des études nombreuses prouvant le contraire dont une récente qui montre qu’il existe une flore bactérienne incroyable dans le lait maternel (ici le copié-collé de l’article). […]

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