Allaiter, parlons-en!, nouvelle campagne de la santé publique

Moi aussi

Exit le « Allaiter c’est glamour » de l’an dernier. L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal nous revient cette année avec une nouvelle image, beaucoup plus sobre.

La campagne de l’an dernier qui mettait en vedette la comédienne Mahée Paiement avait fait couler beaucoup d’encre. Nous y étions nous-mêmes allées de notre analyse ici.

Objectif: donner la parole

Le Directeur de Santé publique, Richard Massé , indique que la campagne de l’an passé a ouvert « la réflexion sur l’importance de vous donner la parole », alors cette année, l’agence lance… un blogue.

Le blogue sera alimenté par des témoignages de mamans, des conseils de pro, mais aussi des trucs et astuces, des mythes et réalités, des saviez-vous que, concoctés par nos rédacteurs Web et leurs collaborateurs.

Se trouvent également sur le site des vidéos qui abordent différents aspects de l’allaitement. On y voit témoigner un couple, Mahée Paiement et une mère anglophone que l’on imagine immigrante.

(Parenthèse: Pourquoi est-ce que « l’étrangère » devait aussi s’exprimer en anglais? N’y avait-il pas d’immigrant francophone ou d’anglophone dit « de souche » prêts à jouer ce rôle? Enfin…).

Ces différents témoignages se déploient sur trois axes: l’importance, la confiance et le soutien. Ils dégagent une impression un peu plus « inclusive » et près de la réalité de bien des familles mais ne sortent pas non plus du discours gouvernemental que l’on entend régulièrement sur l’allaitement (le lait maternel est le meilleur, l’allaitement c’est facile et consultez Mieux vivre avec son enfant).

Fait à noter, nous ne voyons pas de bébé au sein. On se demande quand même ce qui a pu guider ce choix éditorial, dans une campagne sensée faire la promotion de l’allaitement…

L’État doit-il faire la publicité de l’allaitement?

Malgré que cette campagne de la santé publique semble plus cohérente que celle de l’an passé, un malaise persiste.

Lorsque le gouvernement fait la publicité d’une alimentation saine, il peut mettre en valeur des producteurs locaux de produits frais. Lorsqu’il met en valeur les produits du Québec, il peut présenter des artisans d’ici.

Mais suffit-il qu’une vidéo gouvernementale nous dise que notre mère nous a été d’un grand secours dans la poursuite de l’allaitement pour que les femmes allaitent plus longtemps ou pour que l’expérience se déroule bien?

L’allaitement ne se vend pas comme on vend du brocoli. Il ne se promeut pas comme on le fait des produits québécois ou des campagnes anti-tabac ou d’une politique économique. C’est un geste qui relève de l’intime et qui ne dépend pas que d’un choix fait à un moment X par une mère.

L’allaitement s’inscrit dans tout un contexte personnel, social et culturel. Il implique une autre personne (le bébé), il relève de notre rapport au corps et il fait partie de l’intimité. Voilà pourquoi il est si difficile d’en faire la publicité, surtout quand les botines ne suivent pas toujours les babines!

À quoi sert en effet une belle affiche vantant les recommendations de l’OMS si le CLSC est incapable de donner à accès à une consultante en lactation lorsqu’un bébé ne prend pas assez poids?

Quelle est l’utilité  d’une vidéo promotionnelle léchée si notre pédiatre n’a pas suivi de réelle formation en allaitement?

L’État est tout à fait dans son droit de décider et mettre en valeurs de grandes orientations de santé publique. Cela contribue à une société plus juste et équitable.

À nos yeux cependant, bien avant la publicité, l’État doit promouvoir et soutenir l’allaitement par des actions conséquentes et cohérentes sur le terrain. Des mesures qui se font en respect avec l’intégrité des femmes et leur capacité à décider par elles-mêmes la façon dont elles prennent soin de leur bébé.

Sauf que…

Ceci dit, si la publicité pour l’allaitement n’est pas faite par l’État, par qui le sera-t-elle?

Ne soyons pas naïves. Les préparations pour nourrissons représentent un marché de plusieurs milliards de dollars en Amérique du Nord seulement. Les multinationales qui les fabriquent ont à leur service d’importants département marketing et ce n’est pas vrai que ces gens se réjouissent de l’augmentation des taux d’allaitement. Des millions de dollars sont ainsi investis chaque année dans des publicités vantant leurs produits.

Les États deviennent alors les seules entités réellement capables de rivaliser un tant soit peu sur ce terrain. On ne peut pas demander à La Ligue La Leche ou à Nourri-Source de se transformer en agence de marketing alors que ces deux organismes fonctionnent en grande partie grâce à des bénévoles dévouées. La publicité a un prix. Élevé.

Reste que la question demeure.

Si les gouvernements choisissent de faire la publicité de l’allaitement, comment faire pour ne pas que ce message donne l’impression d’ajouter à la pression ou à la culpabilisation que disent ressentir bien des mères?

Comment réussir à faire la promotion de ce geste de l’intime sans que des mères se sentent flouées de voir que, d’un côté on fait de jolies vidéos mais que de l’autre, personne ne répond présent dans le système de santé quand elles vivent de réelles difficultés?

Force est d’admettre qu’il faudra attendre d’autres campagnes pour trouver des réponses à ces interrogations.

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Une Réponse

  1. Faire la promotion du geste intime peut passer par le financement des initiatives populaires existantes. Nourri-Source, la LLL, Naturolait et plusieurs autres organismes fonctionnent, comme vous le dites, à budget réduit. Offrir une visibilité et un appui aux organismes, c’est aussi axer sur la prévention, l’éducation, le soutien, l’entraide de manière réelle, pas juste publicitaire. Non? Et investir l’autre partie des ressources financières de la campagne publicitaire dans l’éducation des personnels de santé (une vraie éducation obligatoire – vu le niveau de certains) pour répondre présents là où les organismes communautaires ne peuvent le faire. Bref, le geste est louable, mais l’argent mal investit, en effet.

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