Les bienfaits de l’allaitement sont-ils surestimés?

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La publication d’une étude américaine fait couler beaucoup d’encre: l’allaitement ne serait pas mieux que le biberon.

Dans cette étude, la sociologue américaine Cynthia Colen prétend que chez deux enfants d’une même famille dont l’un a été nourri au sein et l’autre au biberon, il n’y a pas de différences significatives sur leur santé, à long terme.

Il n’en fallait pas plus pour relancer dans les médias le sempiternel débat sur la question. Ici, l’allaitement n’est pas meilleur que le biberon, là  les bienfaits de l’allaitement ont été « dramatiquement exagérés ».

D’où vient l’information

Ces travaux ont été menés par le département de sociologue de l’université d’état de l’Ohio et financés par le Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development. L’étude a été publiée dans la revue révisée par les pairs Social Science and Medecine.

L’équipe de chercheurs a analysé différentes données de la cohorte National Longitudinal Survey of Youth (NLSY) sur la santé de sujets nés de 1979 à 2006. Elle cherchait à savoir si l’allaitement faisait une différence positive chez les enfants de 4 à 14 ans, une fois différents facteurs socio-économiques pris en compte.

Comme il s’agit d’une étude de cohorte, elle ne peut que démontrer une association entre différents facteurs – et non prouver que l’allaitement était la cause des différences trouvées. La seule manière de prouver la causalité serait de mener des essais cliniques randomisés.

Les résultats

Lorsque les chercheurs ont comparé les enfants allaités avec ceux qui ne l’avaient pas été, ils ont vu que les enfants allaités étaient en meilleure santé – ce qui cadre avec de nombreuses autres études.

Toutefois, l’équipe de Mme Colen s’est ensuite intéressée aux enfants d’une même famille qui avait été nourris de façon différente. C’est dans ce dernier groupe qu’ils se sont aperçus que certains aspects de la santé des enfants d’une même famille ne semblaient pas affectée du fait qu’ils aient été allaités ou non. Dans le cas de l’asthme, ils ont même trouvé une association entre l’allaitement et celui-ci.

Pour les auteurs, ces résultats prouvent que la famille plutôt que l’allaitement détermine la santé à long terme d’un enfant.

Quelques réflexions

  • En regardant cette étude, nous savons peu de choses sur l’allaitement de ces enfants. On indique qu’ils ont en moyenne été allaités pendant 23 semaines. Est-ce qu’il s’agissait d’allaitement exclusif et si oui pendant combien de temps? Est-ce que les enfants allaités ont aussi reçu de la préparation pour nourrisson? Est-ce que les enfants allaités pendant 3 jours ou 2 semaines étaient dans le même groupe que ceux allaités exclusivement pendant six mois? Impossible de répondre à ces questions puisque ce sont des données que les auteurs ignoraient.
  • Cette étude ne remet aucunement en question l’ensemble de la recherche scientifique qui a démontré les bienfaits de l’allaitement. Dans l’ensemble de la cohorte, les enfants qui avaient été allaités étaient en meilleure santé que ceux qui ne l’avaient pas été.
  • Les résultats montrent cependant qu’il n’y avait pas de différence significative entre les membres d’une même fratrie qui ont été allaités et ceux qui ne l’ont pas été. Cela peut être parce que, au niveau individuel, la génétique ou l’environnement ont plus d’influence que l’allaitement sur différents aspects de la santé.
  • L’étude ne prouve pas que l’allaitement cause l’asthme ou que les préparations pour nourrisson le prévient.
  • Certains aspects de la santé des enfants comme les allergies, le diabète ou leur statut immunitaire n’ont pas été pris en compte, autant d’aspects où la recherche a démontré les bienfaits de l’allaitement.
  • Cette étude ne s’intéresse pas non plus aux bienfaits de l’allaitement chez la mère, comme entre autre la réduction des saignements post partum, l’aménorrhée de lactation et la réduction du risque des cancers du sein et des ovaires etc.

Pour toutes ces raisons, il serait faux de prétendre que l’allaitement et le biberon sont « du pareil au même ».

Le droit d’allaiter

L’allaitement est toujours considéré par les grands experts internationaux comme la façon optimale de nourrir un bébé. Les chercheurs doivent pouvoir continuer leur travail librement pour mieux comprendre l’allaitement, la composition du lait humain et ses effets sur la santé des bébés et de leur mère.

La science doit aussi s’intéresser aux effets des préparations pour nourrissons de façon à ce que les bébés qui ne sont pas allaités puissent être nourris de façon sécuritaire.

Depuis longtemps, pour faire la promotion de l’allaitement, le critère le plus souvent mis de l’avant par la santé publique est celui de la santé. Le lait maternel a trop souvent été présenté comme un « alicament » qui rendrait les enfants meilleurs à tout point de vue.

Le lait maternel n’est pas un remède miracle. Il est propre à notre condition de mammifère. C’est un aliment tout simplement produit par le corps des femmes qui enfantent et ces dernières font le choix d’allaiter pour toutes sortes de raisons qui leur appartiennent.

Or, des femmes partout sur la planète ont de la difficulté à trouver informations et soutien pour allaiter comme elles le souhaitent et comme elles l’ont choisi. Des mères connaissent toutes sortes de difficultés avec cet allaitement et sont mal épaulées pour les surmonter. Il serait dommage qu’une seule étude – et sa couverture médiatique- vienne semer en elles le doute sur ce choix qu’elles ont fait de nourrir leurs enfants au sein.

Pour en savoir plus

Is Breast Milk Really Best

Reports on breastfeeding sibling study are vastly overstated

Have we been overstating the benefits of breastfeeding

Did US researchers really find breastfeeding to be ineffective? 

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2 Réponses

  1. Juste… MERCI !!!

  2. A reblogué ceci sur Les découvertes de Floet a ajouté:
    Conclusion du texte :
    « Le lait maternel n’est pas un remède miracle. Il est propre à notre condition de mammifère. C’est un aliment tout simplement produit par le corps des femmes qui enfantent et ces dernières font le choix d’allaiter pour toutes sortes de raisons qui leur appartiennent.

    Or, des femmes partout sur la planète ont de la difficulté à trouver informations et soutien pour allaiter comme elles le souhaitent et comme elles l’ont choisi. Des mères connaissent toutes sortes de difficultés avec cet allaitement et sont mal épaulées pour les surmonter. Il serait dommage qu’une seule étude – et sa couverture médiatique- vienne semer en elles le doute sur ce choix qu’elles ont fait de nourrir leurs enfants au sein. »

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