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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Le cododo, c’est mal!

Suite à la publication la semaine dernière d’une autre étude qui souligne les risques pour un parent de dormir avec son bébé, le magasine indépendant Planète F diffusera cette semaine une analyse en trois temps d’Annie Desrochers sur le co-dodo et le sommeil partagé. Des chroniques où l’histoire, la philosophie, la science et les politiques publiques s’entremêlent afin d’un peu mieux comprendre la façon dont est perçue chez nous cette pratique millénaire. Nous avons convenues que le premier de ces textes serait aussi publié sur Bien vivre l’allaitement.

La science du co-dodo, Schopenhauer et l’art de la controverse

Arthur Schopenhauer, bien qu’il ait probablement partagé le lit de sa mère à sa naissance, ne s’est jamais intéressé au cododo. Ce sont pourtant les écrits du philosophe allemand qui nous viennent en tête lorsque l’on cherche à saisir les condamnations du sommeil partagé.

Dans L’Art d’avoir toujours raison, publié en 1864, Schopenhauer propose des façons de gagner un débat, peu importe si ce que l’on soutien est vrai. Cet art d’avoir toujours raison s’appuie sur la nuance entre les faits d’une proposition et l’apparence de vérité que la proposition peut prendre. “Peu importe si ce que je dis est faux puisque je suis arrivé à faire croire que c’était vrai”, pourrait lancer un grand maître de ce raisonnement.

C’est cette logique, nous allons le voir, qui semble s’appliquer dans le cas de nos perceptions sur le co-dodo.

Les études

La semaine dernière, Pediatrics nous apprenait que le partage du lit serait la principale cause de mort subite des nourrissons. Les conclusions de ces chercheurs américains ne sont pas bien différentes de celles publiées il y a un peu plus d’un an dans le British Medical Journal (BMJ) ou du fameux avis émis en 1999 par le U.S. Consumer Product Safety Commission.

Toutes en viennent à une seule conclusion: les autorités en santé publiques doivent déconseiller le co-dodo afin que les parent évitent de dormir avec leur bébé.

Des données qui laissent à désirer

Le problème avec ses études, qui connaissent invariablement un succès médiatique, est qu’elles comportent, recherche après recherche, d’importants biais méthodologiques.

Nous n’énumérerons pas ici leurs failles, d’autres l’ont fait de façon méticuleuse. Mentionnons simplement ce texte de la doctorante en psychologie Alice Trépanier, celui de la journaliste scientifique Tara Haelle (en anglais) ou encore celui-ci de la blogueuse scientifique Maman éprouvette.

Pour résumer, le principal reproche fait à ces études est de tout mettre dans le même panier. Trop souvent les données recueillies ne permettent pas de faire la différence entre une pratique sécuritaire du sommeil partagé et une situation de cododo à risque.

PlanèteF

1-0 pour Schopenhauer

La blogosphère n’est pas la seule à s’émouvoir des biais méthodologiques de ces études. Des organismes officiels le font aussi. Le NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence) est l’organisme responsable d’établir les standards cliniques du système de santé britannique. Tout juste la semaine dernière, il publiait un document consultatif sur le partage du lit. Ce document doit servir à établir de nouvelles recommandations sur le cododo.

Afin d’établir ces nouvelles lignes directrices sur le sommeil partagé, le NICE a passé en revue 16 nouvelles études sur le sujet. Il s’agissait de onze études individuelles et de une méta-analyse faite à partir de 5 études de cas.

Eh bien dans chacun des cas – donc pour chacune de ces 16 études – le comité consultatif du NICE indique qu’il s’agit d’études de “très mauvaise qualité”. Ils prennent même la peine reconnaître noir sur blanc que “les données probantes dans ce domaine sont de moins bonne qualité que ce qui est normalement utilisé pour établir des recommandation officielles”.

Mais, et c’est ici qu’intervient l’entourloupette schopenhaueresque, le NICE ajoute que puisque la mort subite du nourrisson est un problème à ce point sérieux, cela justifie l’utilisation d’études de qualité moindre.

On croit rêver!

La santé publique émet des recommandations officielles sur la façon dont doivent dormir les nourrissons en se basant sur des données dont elle sait qu’elles sont médiocres.

Au fond, la vérité objective sur les risques du partage du lit ne compte plus, seule prime l’apparence de vérité aux yeux du public.

Schopenhauer jubilerait, en terme d’art de la controverse, il ne se fait pas mieux.

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2 Réponses

  1. […] mêmes autorités qui font ces recommandations le savent. À lire, sur @PlaneteF et @BVAllaitement bienvivrelallaitement.wordpress.com/2014/07/22/le-… #cododo […]

  2. […] de mieux comprendre la façon dont est perçue chez nous cette pratique millénaire. Vous trouverez ici la première partie de cette […]

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