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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Banque de lait : suspension des actvités

Hema

Après à peine neuf mois d’activités, l’émission J.E a appris que la banque de lait publique d’Héma-Québec est à l’arrêt depuis décembre.

Ses laboratoires ont connu de multiples bris d’équipement. De plus, elle éprouve des difficultés avec son approvisionnement. Ainsi, 40% du lait a dû être détruit. Le reportage nous apprend aussi que 564 donneuses de lait sont qualifiées par Héma-Québec et qu’il y a eu 1780 unités de distribuées depuis son ouverture.

La relance de la Banque de lait ne se fera pas avant la fin du printemps, selon le reportage de J.E.

On peut dire qu’il s’agit d’une déception. La revendication d’une banque de lait québécoise se faisait depuis plusieurs années et elle était attendue par de nombreux parents et spécialistes de la santé.

Avant Noël, le magazine indépendant PlanèteF abordait la question des limites de cette banque de lait, avec des critères assez restrictifs.

Petite histoire des banques de lait

Depuis toujours, les femmes ont donné leur lait aux bébés qui ne pouvaient pas être allaités par leur propres mères. On les appelait les nourrices. Suite à la révolution industrielle, il devenait de plus en plus difficile d’avoir accès aux nourrices et c’est ainsi que l’idée de stocker du lait humain a fait son chemin.

La première banque de lait a ouvert ses portes à Vienne en 1909. En Amérique, c’est à Boston que s’installera la première banque, dans les années 1910. Au Canada en 1934, la survie des célèbres jumelles Dionne est dû en bonne partie aux dons de lait humain en provenance de Chicago, de Toronto puis de Montréal. Il y aura au Canada jusqu’à 22 banques de lait en opération.

Les banques de lait connaîtront une période de déclin qui culminera dans les années 1980. Deux facteurs sont responsables de ces nombreuses fermeture: le marketing agressif des compagnies de préparations pour nourrisson et l’épidémie du VIH/SIDA.

En Amérique du Nord à la fin des années 1980, il ne restera que huit ou neuf banques de lait. Au pays, seule la banque de Vancouver restera ouverte.

Cependant, grâce aux protocoles de dépistage et à différents tests, on peut de nouveau garantir l’innocuité du lait humain. La recherche a montré qu’il s’agit d’un aliment aux qualités inégalées dans les soins aux bébés nés avant terme ou plus fragiles, d’où le regain d’intérêt pour le stockage et la distribution de lait maternel.

À l’heure actuelle, on compte en Europe 186 banques de lait et 13 en Amérique du Nord. Le Brésil détient tous les records avec 187 banques en opération sur son territoire. Si l’on enlève celle de Montréal, trois banques de lait sont pour le moment en opération au Canada: Vancouver, Calgary et Toronto.

Banque de lait : suspension des activités

Hema

Après à peine neuf mois d’activités, l’émission J.E a appris que la banque de lait publique d’Héma-Québec est à l’arrêt depuis décembre.

Ses laboratoires ont connu de multiples bris d’équipement. De plus, elle éprouve des difficultés avec son approvisionnement. Ainsi, 40% du lait a dû être détruit.

La relance de la Banque de lait ne se fera pas avant la fin printemps, selon le reportage de J.E.

On peut dire qu’il s’agit d’une déception. La revendication d’un banque de lait québécoise se faisait depuis plusieurs années et elle était attendu par de nombreux parents et spécialistes de la santé.

Avant Noël, le magazine indépendant PlanèteF abordait la question des limites de cette banque de lait, avec des critères assez restrictifs.

Petite histoire des banques de lait

Depuis toujours, les femmes ont donné leur lait aux bébés qui ne pouvaient pas être allaités par leur propres mères. On les appelait les nourrices. Suite à la révolution industrielle, il devenait de plus en plus difficile d’avoir accès aux nourrices et c’est ainsi que l’idée de stocker du lait humain a fait son chemin.

La première banque de lait a ouvert ses portes à Vienne en 1909. En Amérique, c’est à Boston que s’installera la première banque, dans les années 1910. Au Canada en 1934, la survie des célèbres jumelles Dionne est dû en bonne partie aux dons de lait humain en provenance de Chicago, de Toronto puis de Montréal. Il y aura au Canada jusqu’à 22 banques de lait en opération.

Les banques de lait connaîtront une période de déclin qui culminera dans les années 1980. Deux facteurs sont responsables de ces nombreuses fermeture: le marketing agressif des compagnies de préparations pour nourrisson et l’épidémie du VIH/SIDA.

En Amérique du Nord à la fin des années 1980, il ne restera que huit ou neuf banques de lait. Au pays, seule la banque de Vancouver restera ouverte.

Cependant, grâce aux protocoles de dépistage et à différents tests, on peut de nouveau garantir l’innocuité du lait humain.

À l’heure actuelle, on compte en Europe 186 banques de lait et 13 en Amérique du Nord. Le Brésil détient tous les records avec 187 banques en opération sur son territoire. Si l’on enlève celle de Montréal, quatre banques de lait sont pour le moment en opération au Canada: Vancouver, Calgary et Toronto.

Non, l’âge moyen du sevrage dans le monde n’est pas de 4,2 ans.

Depuis quelques jours, cette photo apparaît sans cesse dans notre fil Facebook. Vous l’avez vu?

Sevrage

« L’âge moyen du sevrage est de 3 mois aux États-Unis alors qu’il est de 4,2 ans dans le monde. (source : National Association for Child Development/OMS) »

Notre sceptico-mètre se met à vibrer à très fort…

Première question : d’où viennent ces chiffres?

Ils viennent de la National Association for Child Developement (NACD), qui se présente sur son site comme étant « une organisation internationale de parents et de professionnels qui se consacrent à aider les enfants et les adultes à atteindre leur plein potentiel. » Mouais.

Premier constat, cet organisme ne s’occupe pas d’allaitement, ni d’ethnographie d’ailleurs, qui est l’étude terrain des moeurs de populations déterminées.

On trouve bien sur leur site internet un article mentionnant l’âge du sevrage dans le monde. Ce n’est même pas le sujet principal de l’article. En fait, on y trouve qu’une seule phrase : celle reprise sur la photo. Aucune référence, aucune note de bas de page, aucun hyperlien renvoyant à d’autres sources.

… le sceptico-mètre vient de gravir quelques échelons de plus.

L’image cite également l’OMS comme source. Alors nous avons cherché sur les sites en français et en anglais de l’Organisation mondiale de la Santé. Nous n’avons trouvé aucun texte qui fait référence à un âge moyen du sevrage qui serait de 4,2 ans dans le monde et de 3 mois aux États-Unis.

En fait, l’OMS ne s’intéresse même pas au sevrage à proprement parler. Dans ses directives, elle indique que « l’allaitement exclusif est recommandé jusqu’à six mois. De six mois à deux ans, voire plus, l’allaitement doit être complété par une autre alimentation ». Elle ne parle aucunement d’un âge où un enfant devrait être sevré.

Finalement, avez-vous remarqué le logo en bas, à droite? HLNTV.com. Ce site se décrit comme étant un réseau de télévision national qui se concentre sur les « histoires du jour à ne pas manquer ». HLNTV, peut-on lire, « dissèque et démystifie l’actualité dont les gens parlent ». AHAHAH!

Néanmoins, existe-t-il un âge moyen du sevrage?

Rappelons ce qu’est une moyenne : il s’agit d’une quantité obtenue en additionnant toutes les quantités données et en divisant ce total par le nombre de quantités.

Ainsi, pour obtenir  un « âge moyen de sevrage dans le monde », il faudrait obtenir l’âge du sevrage de tous les enfants de chaque pays du monde et diviser ce nombre par le nombre total d’enfants de tous les pays. [AJOUT: on nous fait remarquer sur Twitter que des moyennes s’obtiennent (aussi) à partir d’échantillons de population. Vrai. Cela ne change rien à l’argumentaire : dans bien des pays du monde, ces échantillons seraient impossibles à obtenir ou peu fiables. Et si d’aventure ils l’étaient… eh bien lire le reste du texte.]

Outre le fait qu’il est loin d’être acquis de pouvoir obtenir des données aussi précises, arrêtons-nous un moment sur ce chiffre « moyen » de 4,2 ans.

Pour arriver à une *moyenne* de 4 ans, il faut des enfants sevrés avant 4 ans – et il faut aussi tout un tas d’enfants sevrés APRÈS 4 ans!

Bien sûr, il existe des enfants allaités jusqu’à 5 ans et plus… Mais il en aurait assez dans le monde pour contre-balancer tous les enfants qui sont sevrés avant 3 mois? Entre 9 et 12 mois? Ou même à deux ans? Il y a tant de pays sur la planète où l’allaitement dépasse 4 ans?

Allez, pensez à un pays.

N’importe lequel. Là où l’allaitement normal des enfants dépasserait 4 ans. L’Inde? Âge du sevrage : 2-3 ans. La Guinée-Bissau? Durée d’allaitement moyenne : 22,6 mois. Les Philippines, tiens! 14 à 17 mois. La Chine? 8,7 mois en zone urbaine. Nigeria : 28 mois. Cameroun : 18 mois. Oh, il y a bien le Bengladesh où on allaite longtemps : 31 mois.

Là, c’est clair, le sceptico-mètre vient d’exploser.

Mais alors, d’où vient ce fameux chiffre de 4,2 ans?

Selon ce qu’on a pu vérifier, ce chiffre s’est trouvé dans le livre de la réputée médecin Ruth Lawrence « A Guide for the Medical Professional« . Pendant des années, la version de ce guide mentionnait le chiffre de 4,2 ans comme âge moyen du sevrage dans le monde.

Ah, tu vois, je te l’avais dit!

… Cependant, elle non plus n’apporte aucune référence pour appuyer cet énoncé.

Ce chiffre de 4,2 ans se retrouve aussi dans un texte de l’anthropologue Kathy Dettwyler. Anecdote. Lorsque l’on écrivait Bien vivre l’allaitement, on se régalait des écrits de Dettwyler. Elle nous a ouvert tout un champ de réflexion. C’est donc un bonheur de se replonger dans un de ses textes.

Elle écrit (traduction libre) :

Nous entendons souvent que l’âge moyen du sevrage serait de 4,2 ans mais ce chiffre n’est ni juste, ni pertinent. Une analyse de 64 études faites avant les années 1940 montre un âge médian du sevrage d’environ 2,8 ans. Dans certaines sociétés, la durée de l’allaitement était beaucoup plus courte et dans d’autres, plus longue. Statistiquement, l’âge moyen du sevrage est une donnée qui ne veut rien dire considérant le grand nombre d’enfants qui ne sont pas allaités du tout ou que quelques jours.

Oh Kathy! M.e.r.c.i.

Il peut être fascinant de s’intéresser aux autres cultures d’allaitement et de connaître les durées d’allaitement à travers le monde. On en apprend sur d’autres façons de faire, on compare des données, les met en contexte. On s’ouvre ainsi sur des différentes expériences sociales, politiques, historiques.

Ne nous leurrons pas, il n’est pas question de ça ici. Nous voici devant une image de propagande. On utilise de fausses données et on leur donne un sceau d’approbation en leur accolant le nom d’organismes nébuleux ou très connus, le tout sur fond de photo cute.

Au-delà de la méthode (maladroite dans le meilleur des cas, malhonnête dans le pire), il est intéressant de se demander quel message envoie ce procédé à celles qui le reçoivent.

Certainement un message d’incompétence pour celles qui n’ont pas allaité ou qui ne l’ont pas fait très longtemps. Un message d’anormalité pour celles qui n’allaiteront pas *au moins* jusqu’à 4,2 ans. Nous voici également devant une image des États-Unis qui seraient à ce point hors du monde (pourtant, il existe toute une culture et une foisonnante littérature de « l’allaitement prolongé » aux États-Unis).

En somme, nous voici placées devant une image sans nuance, désincarnée, qui ne tient compte d’aucune spécificité culturelle, sociale ou politique. Meaningless, comme l’écrivait Kathy.

Par contre, cette photo peut certainement apaiser les femmes qui allaitent pendant des années. Il est compréhensible qu’elles choisissent de la relayer dans leurs réseaux. Sur Facebook, quelques mères la commentaient d’ailleurs de façon touchante avec cette idée : « enfin, je suis reconnue comme une personne normale ». En effet. Les mères qui allaitent très longtemps, qu’elles soient aux États-Unis ou ailleurs soit dit en passant déplorent toutes sortes de préjugés et de discrimination envers elles et leur enfant. Ces comportements sont inacceptables et ces mères doivent se sentir accueillies dans leur communauté.

Nous soutenons cependant avec toutes nos forces qu’elles méritent de l’être avec autre chose que des statistiques bidons qui circulent sur les réseaux sociaux. En fait, toutes les femmes méritent mieux.

Mary Ann Cahill, la pionnière (1927 – 2014)

Les fondatrices de LLL. Mary Ann Cahill est la 3e à partir de la gauche.

Les fondatrices de LLL. Mary Ann Cahill est la 3e à partir de la gauche.

Son nom n’a pas fait la manchette et en cherchant sur internet, on trouvera peu d’informations sur Mary Ann Cahill, décédée il y a quelques jours. Pourtant, il s’agit bel et bien d’un pionnière qui mérite sa place dans l’histoire.

En 1956 en Illinois, avec six autres femmes, Mme Cahill aidait à la fondation de La ligue La Leche. Ces femmes avaient allaité leurs enfants et remarquaient qu’il était difficile d’obtenir de l’information claire et juste sur le sujet. C’est ainsi qu’elles organisèrent un premier pique-nique en collaboration avec leur église afin de réunir des femmes ayant envie de partager leurs connaissances et expériences.

Les rencontres se sont rapidement multipliées dans leurs résidence, puis dans les églises, les centres communautaires et les hôpitaux. Centrée sur l’allaitement, la philosophie du groupe s’est ensuite transposée au maternage.

À la fondation de La ligue La Leche, le taux d’allaitement aux États-Unis n’était que de 20%.

La première section de La Leche à l’extérieur des États-Unis a vu le jour à Jonquière en 1960, grâce à Martha Larouche et Barbara Pitre. Aujourd’hui, La ligue est présente dans 68 pays.

Mary Ann Cahill a eu 11 enfants, 20 petits-enfants et comptait à sa mort 15 arrière-petits-enfants. Sa foi catholique ainsi que La Leche ont été les causes de sa vie. Mme Cahill est morte paisiblement à l’âge de 87 ans le 26 octobre dernier.

Les fondatrices de LLL en 2006, lors du 50e anniversaire de l'organisme.

Les fondatrices de LLL en 2006, lors du 50e anniversaire de l’organisme.

Salles d’allaitement et pères

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À quoi servent réellement les salles d’allaitement? Faciliter le soin des enfants? Offrir un espace à l’abris des regards pour les femmes qui allaitent? Dans ce contexte, quelle place pour les pères? Après tout, eux aussi prennent soin des bébés…

Un beau sujet à réflexion en ce mois d’août.

Une lectrice nous écrit pour partager l’histoire qui est arrivée à une connaissance. Avec son accord, nous la reproduisons ici.

Une dame est mère de jumeaux allaités, mais aussi d’un bambin, encore aux couches. Lors d’une sortie dans un centre d’achat, elle décide d’utiliser la salle d’allaitement avec son conjoint pour allaiter les jumeaux et changer son plus vieux.

Une autre femme arrive et constatant la présence du père, elle avise le gardien de sécurité. Les hommes n’ont pas le droit d’être dans cette salle, c’est d’ailleurs inscrit sur la porte. Le père doit quitter les lieux.

La mère de jumeaux est découragée. On comprend qu’avec un bambin et un allaitement de jumeaux, ça devient vraiment une histoire de couple. Le père a un rôle essentiel à jouer dans la réalisation de ces tâches du quotidien. Sans l’apport de celui-ci, est-ce que cette mère est prête à sortir de chez elle avec toute sa petite marmaille?

De son côté, on peut imaginer que la dame qui fait appel au gardien de sécurité utilise la salle d’allaitement parce qu’elle éprouve un malaise réel à allaiter devant les autres, plus particulièrement devant les hommes. Sans une salle d’allaitement, peut-être que cette femme ne sortirait pas. Ou en tout cas, pas avec son bébé allaité. La salle d’allaitement devient un lieu important pour elle.

Évidemment, on dira que tout ce beau monde aurait pu se parler. Le dialogue est le meilleur moyen pour s’ouvrir aux réalités de l’autre et trouver un terrain d’entente. Mais bon, ce n’est pas simple non plus.

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Poussons la réflexion encore plus loin.

Les salles d’allaitement accueillent aussi les femmes qui n’allaitent pas. Est-ce à dire qu’un père seul n’aurait pas le droit de donner le biberon dans cette salle, pas plus que d’utiliser la table à langer pour changer son bébé? Selon les politiques de ces salles d’allaitement, nourrir et changer un bébé seraient donc des tâches qui reviendraient exclusivement aux femmes? Ne sommes-nous pas devant une vision discriminatoire de la parentalité?

Dans un monde où les pères prennent soin de leurs bébés, y aurait-il moyen de faire cohabiter les uns et les autres?

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« L’allaitement a été ma bouée de sauvetage »

L’allaitement n’est pas que de la nourriture et les bienfaits qu’il a sont loin d’être que pour les bébés. Voici l’histoire de Julie, mère de deux enfants; William 5 ans ½  et Émilie, décédée en 2011 d’un cancer. Elle avait 8 ans.

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Quelques semaines après avoir accouché de ton deuxième bébé, ta grande fille est diagnostiquée d’un cancer. La vie bascule. As-tu pensé sevrer ton fils à ce moment là?

Non, pas du tout. William avait six semaines. Je ne me voyais pas du tout le sevrer. Peut-être s’il avait été plus vieux, neuf mois, un an?

Dans le premier département où Émilie a été hospitalisée, dès le soir de l’admission, on a commencé par interdire la présence du bébé. Au départ, j’ai cru que c’était parce qu’il était petit, pour ne pas qu’il soit contaminé par les microbes. J’ai fait valoir qu’il était allaité, que ça le protégeait et que les autres enfants étaient en train de dormir.

Finalement, j’ai compris que c’était pour protéger les petits patients. En même temps, à six semaines, il n’allait pas courir partout et toucher à tout…

Ils ont fini par faire une exception pour le weekend. Puis le lundi, on a encore tenté de l’empêcher d’entrer. Le mardi on m’a dit : « finalement, on va vous laisser le garder ». Les préposés m’ont offert un parc et tout. J’ai refusé, parce que j’aimais bien les voir côte à côte, faire du co-dodo. Émilie aimait beaucoup aussi. Elle lui réservait ses plus beaux sourires. C’est pour lui qu’elle chantait en caressant sa petite tête.

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Quand on nous a dit que c’était un cancer, un neuroblastome, que c’était difficile à guérir, j’ai  honnêtement pensé me jeter par la fenêtre plutôt que de ressortir par la porte. Mais j’avais le bébé qui m’attendait. Il m’avait déjà sauvé.

C’était pratique un bébé dans un sens. Parce qu’on doit toujours s’en occuper. Il me servait de bouclier. Quand je risquais de m’effondrer devant les médecins, devant Émilie ou quand j’avais besoin d’un petit deux minutes pour me reprendre en main, eh bien je changeais une couche, j’essuyais une joue, je donnais un bisou.

 

2. Tu devais souvent être auprès d’Émilie, ta fille, comment faisais-tu pour poursuivre l’allaitement de ton fils?

Partout où j’allais, William suivait. Je passais la journée à l’hôpital avec Émilie et William. J’avais aussi ma mère qui m’accompagnait au début.

Parfois, c’était long avant que je revienne d’un examen ou d’un rendez-vous. William pleurait beaucoup à m’attendre. Des infirmières proposaient un biberon pour dépanner, mais William refusait les tétines. Ma mère a mentionné qu’il était allaité et les infirmières ont fourni petit cup, seringue et compte-goutte. Ma mère pouvait alors donner patiemment les quelques millilitres suffisants pour patienter jusqu’à la prochaine tétée.

Je rentrais la nuit à la maison avec lui et mon conjoint prenait le relais à l’hôpital.

Vers 6 mois, j’ai eu une place au CPE pour lui. Je tirais mon lait à l’hôpital. La nutritionniste d’Émilie me donnait des trucs. Je le congelais dans les petits pots des tests d’urine.

J’ai tiré mon lait un peu partout. Aux soins intensifs, dans un salon de repos du personnel à l’étage de greffe… Émilie m’y faisait penser aussi. Parfois je crois qu’elle faisait exprès pour rester avec les bénévoles plus chouettes.

 

3. Qu’est-ce qui t’as le plus aidé dans la poursuite de cet allaitement?

Le support de ma mère, de mon père. J’ai des parents un peu spéciaux. Ma mère a seulement allaité le plus jeune de mes frères, et encore pas très longtemps. Ils ont par contre été coopérants internationaux. J’imagine qu’ils ont appris au contact des femmes au Sénégal.

Ma belle-mère était aussi très aidante. Autant pour l’allaitement d’Émilie (dont le début a été difficile) elle pouvait me « décourager », autant pour cet allaitement là, elle a compris que c’était comme ça et c’est tout.

Mon fils et moi faisions une bonne équipe. J’avais un bébé « cool » et relax. Qui pouvait se rendormir et sauter un boire. Mon corps aussi a suivi le rythme : allaitement à la demande en ma présence et tirer le lait quand je n’y étais pas.

Émilie aussi m’a aidé, elle berçait William en lui disant « attends, c’est pas ton tour, maman s’occupe de moi, après ça sera toi ». Et parfois c’était elle qui attendait son tour « maman allaite William, après ce sera toi ».

 

Tu as déjà dit que les gens ne se doutent pas à quel point cet allaitement a été ta bouée de sauvetage. Que veux-tu dire exactement?

J’ai pensé au suicide. Pour être franchement honnête, j’ai pensé tuer mes enfants et me suicider. Voilà. C’est dit.

À mon rendez-vous post-accouchement chez le gynécologue je lui ai dit. Il m’a demandé d’expliquer. J’ai déballé toute la marchandise.

Je souffrais. Vraiment. Physiquement. Mentalement. De voir mon enfant souffrir, de ne pouvoir rien faire. Se sentir coupable. Tout le temps.

Je sais, ce n’est pas ma faute. Sauf que je suis sa mère. J’ai peut-être transmis les mauvais gênes? Je n’ai rien vu. Pourquoi je n’ai rien vu avant?

En même temps je me disais que si je me ratais, je ne serais pas capable de vivre sans eux. Et eux sans moi? Non. Qui allait allaiter le petit? Qui serait là pour protéger Émilie?

On dit toujours aux mères de nouveau-nés de dormir en même temps que leur bébé. De prendre du temps pour elles. C’est la même chose que pour les mères d’enfants malades. Sauf que moi, forcément en allaitant, je DEVAIS déléguer. Je DEVAIS m’asseoir quelques minutes.

J’ai dû demander de l’aide. L’accepter. Et prendre le temps.

Ma plus grande fierté quand je repense à ces années est que mes enfants ont été ensemble le plus possible. Ne pas avoir allaité William, les enfants ne se seraient pas vu.

Malgré toute la souffrance, la colère et les larmes, on a été heureux.

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Fondation Émilie Filiatrault

Leucan

« Il fallait que je passe à autre chose »

Parfois, même si on le souhaite plus que tout, allaiter devient trop lourd et on n’arrive tout simplement plus à le modeler aux circonstances de nos vies. Cela ne veut pas dire pour autant que l’allaitement ne nous a pas profondément changé. Voici l’histoire d’Anne-Marie et de son fils Louis.

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Peu après la naissance de ton fils, tu as su que quelque chose n’allait pas avec sa santé. À quel moment tu as compris que ce serait compliqué pour l’allaitement?

Louis est mon premier bébé. Pendant la grossesse, j’avais lu plusieurs livres sur l’allaitement et j’avais une idée assez précise de comment j’avais envie de le vivre.

La première mise au sein s’est assez bien déroulée. Par contre, environ 8 heures après la naissance, il tétait peu efficacement et il manquait de tonus. On m’a dit qu’on allait le complémenter, puisqu’il ne tétait pas bien. Je n’étais pas convaincue que les compléments étaient la bonne solution… On lui a alors donné de la préparation au  « cup » qu’il vomissait et on lui en redonnait et il la revomissait chaque fois.

Je me dis alors, « qui suis-je pour demander qu’on arrête cet acharnement sur mon bébé? ». Quelques gouttes de colostrum ne valaient-elles pas mieux que de la préparation qu’il ne gardait pas de toute façon ? Je me sentais incompétente et impuissante, comment pouvais-je argumenter avec elles? Je n’avais aucune expérience. J’allais faire quoi ? Brandir mon exemplaire de l’Art de l’allaitement maternel ou mon Petit Nourri-Source ? Alors j’ai fais comme la majorité des mères, j’ai fais confiance aux infirmières.

Nous avons compris quelques heures plus tard qu’il avait une occlusion intestinale. Nous avons donc été transférés dans un hôpital pédiatrique.

Déjà, seulement 24 heures après la naissance, l’aventure de l’allaitement était totalement différente de ce que j’avais envisagé.

Malgré tout, tu es allée très loin dans cette volonté d’allaiter ton bébé…

Dès les premiers moments de l’hospitalisation, les médecins ont beaucoup insisté pour que je persévère à tirer mon lait. Il y avait une salle d’allaitement sur l’étage avec un seul tire-lait pour une trentaine de bébés hospitalisés. Je ne pouvais pas tirer de lait à côté de mon fils pour créer un lien psychologique puisqu’il y avait trois autres bébés et leurs parents dans la chambre et pas de rideaux pour me donner un peu d’intimité.

Au fil des jours, j’ai perdu espoir de mettre mon bébé au sein, il était nourri au biberon avec mon lait sur un bel horaire de trois heures qui plaisait à tout le monde, sauf à moi. Je n’avais pas l’impression que mes désirs et attentes étaient importants. Tant que l’option lait maternel était cochée sur le papier, l’équipe traitante était contente. Une chance que j’avais mon chum avec moi, qui m’a encouragée, soutenue et comprise dans cette aventure surnaturelle. Si je ne l’avais pas eu présent à mes côtés jour et nuit, je n’aurais sûrement pas tenu bon aussi longtemps.

Un mois plus tard je mettais mon fils au sein pour la première fois depuis sa naissance. On était dans sa chambre d’hôpital avec trois autres bébés, parents et infirmières. C’est ce jour là précisément que j’ai ressenti cette bouffée d’amour que les autres mamans ressentent à la naissance pour leur nouveau-né. C’est sa petite bouche sur mon sein m’a permis de me reconnecter à mon petit bébé et m’a fait me sentir maman pour la première fois.

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C’est environ au même moment que nous avons reçu le diagnostic de fibrose kystique. Mon tout petit bébé qui avait été opéré deux fois était atteint d’une maladie incurable.

Il devait donc prendre des enzymes pancréatiques avant l’allaitement. On mélangeait le médicament dans de la compote de pomme et il faisait effet environ 30 minutes. Avant de l’allaiter je devais le peser et noter son poids et même chose après. Adieu spontanéité! Adieu allaitement à la demande!

Je devais le réveiller aux trois heures la nuit pour respecter cet horaire. Allaiter un bébé somnolent c’est pratiquement mission impossible. On le stimulait intensément pour qu’il finisse par boire un peu afin de ne pas se faire dire qu’il n’a pas assez bu.

Vers ses six semaines de vie, j’ai eu l’occasion de retourner à la maison pour une fin de semaine. Je m’étais bien préparée,  j’avais une réserve de lait dans le congélateur de l’étage suffisante pour couvrir les besoins de Louis pendant ma sortie.

Le dimanche matin, je reçois un appel de l’infirmière pour me dire qu’ils n’avaient plus de lait. Elle voulait savoir quoi faire. J’ai fondu en larmes, qu’avait-elle fait avec mon lait? J’étais inconsolable! Ce jour là, on m’a volé quelque chose. Ça fait sept ans maintenant et j’ai encore les larmes aux yeux en y repensant. Tant d’énergie gaspillée, tant d’efforts sous-estimés. On lui a donc donné un biberon de préparation et il a eu une sévère réaction allergique.

C’est ce jour là que j’ai arrêté d’allaiter pour la première fois. Faire une diète d’éviction était au dessus de mes forces. Mon fils a donc bu du Néocate, jusqu’à l’âge de six mois et chaque fois que j’avais un haut le cœur en préparant ses biberons, je me sentais trahie par la vie.

Lorsqu’il a eu 7 mois, j’ai tenté une relactation. Louis ne voulais plus boire de lait. Je suis allée consulter une clinique d’allaitement. On s’est fait un plan de match pour redémarrer la lactation. Le processus a pris deux mois de médication et de tirage de lait à presque temps plein, mais le lait est arrivé!

Malheureusement, Louis a refusé le sein. Entre temps, il a été gavé et nous avons découvert des boissons de riz qu’il acceptait. Avec les nutrionnistes, nous avions trouvé un système qui convenait à ses besoins nutritionnels. C’est à ce moment là que j’ai lâché prise.

 

Avec le recul, arrives-tu à t’approprier cette histoire ou si elle te reste en travers de la gorge?

Toute l’entreprise d’allaiter Louis m’a changée comme femme. Je me suis découvert une force et une détermination insoupçonnée, mais j’étais allée au bout de cette aventure là.  J’avais cogné à toutes les portes, fait du mieux que je pouvais, il fallait que je passe à autre chose.

Ton allaitement ne s’est pas passé comme tu l’imaginais. Qu’est-ce aurait pu être fait autrement ?

Ma fille Jeanne est née quatre ans plus tard et déjà c’était un autre monde. La présence d’une consultante en lactation sur les lieux a ajouté une expertise pour mieux outiller les mères. Même plus tard, lorsque mon fils a été hospitalisé pendant que j’allaitais ma fille de neuf mois, on m’a fourni tout ce dont j’avais besoin pour tirer mon lait. On m’a même installée dans un local confortable sans que j’aie à le demander.

J’ose croire qu’il y a une ouverture au dialogue entre le personnel hospitalier et les parents. Je pense qu’il est possible de concilier les demandes des parents dans les limites du cadre plutôt strict de l’hôpital. Je pense que qu’on peut offrir des ressources aux parents, comme des repas pour les mères allaitantes de bébés allergiques ou intolérants ou des endroits calmes et intimes pour tirer leur lait. Surtout, je pense qu’on aurait avantage à avoir des hôpitaux amis des familles et pas seulement des bébés.

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