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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Votre lait n’est peut-être pas assez riche…

MilkCount

 

« Peut-être que ton lait n’est pas assez riche? »

Suffit qu’un nouveau-né pleure un peu pour qu’une âme bien intentionnée lance cette phrase qui risque fort de plomber la confiance naissante d’une femme qui allaite.

Ce n’était qu’une question de temps pour que le marketing capitalise cette insécurité. En Grande-Bretagne, une compagnie a mis en marché un kit qui permet de tester le contenu en oméga-3 du lait maternel.

Pour la modique somme de 99£ (environ 180$), une mère peut envoyer un échantillon de son lait et ainsi apprendre si son contenu en oméga-3 est faible, sous-optimal ou optimal.

S’il est trouvé que le lait d’une mère est « sous optimal », on lui offre des trucs pour améliorer sa diète et on l’invite à nouveau, un mois plus tard, à refaire un paiement de 99£ pour un nouveau test.

Un leurre

Les oméga-3 sont des acides gras essentiels qui jouent un rôle important, entre autre dans le développement du cerveau des nourrissons.

Cependant, le fait que le lait d’une femme en contienne peu ou beaucoup n’est tout simplement pas pertinent, et ce pour plusieurs raisons.

Le lait maternel contient des acides gras essentiels, comme il contient une gamme complexe de nombreux autres éléments nutritifs tout aussi essentiels et importants. Pourquoi alors insister ainsi sur les oméga-3 ?

Aussi, le contenu du lait maternel varie au cours de la journée, il varie même au long de la tétée. À quel moment donc, faudra-t-il tester son lait pour être bien certaine d’avoir une portrait exact de son contenu?

Tout cela sans compter sur le fait que la science ne semble pas s’entendre sur ce qui constituerait un niveau adéquat d’oméga-3 pour des nourrissons.

Non seulement ce kit pour tester le lait maternel se base sur des prémisses douteuses mais les conclusions qu’on pourrait en tirer ne s’appuient sur rien de solide.

Une concurrence déloyale

Que des compagnies privée propagent l’idée que le lait des mères puisse ne pas être adéquat pour leur bébé est non seulement choquant mais fait aussi preuve d’un manque flagrant d’éthique.

L’histoire devient carrément scandaleuse lorsqu’on apprend que ce test a été distribué dans des « paquets cadeaux » remis aux mères à la naissance de leur enfant.

En entrevue pour le journal britannique The Guardian, une porte-parole de la compagnie de paquets cadeaux admet même qu’elle a ciblé les mères qui avaient choisi d’allaiter et avait jumelé ce test à une promotion de suppléments vitaminique!

Comme on dit par chez nous, toute est dans toute.

L’allaitement, un choix?

Miner la confiance d’une femme, impliquer que son lait pourrait ne pas convenir à son enfant et le faire en s’appuyant sur des bases douteuses et axées vers le profit est loin de permettre aux mères de faire un choix éclairé quand à l’allaitement ou au non allaitement de leur bébé.

Démarrer un allaitement pour la première fois reste un événement qui doit être protégé et qui comporte ses propres règles. La mère et son bébé ont besoin d’espace, d’ouverture et de respect.

Cette commercialisation douteuse de l’insécurité ne fait rien pour les favoriser.

 

 ** Le site web de la compagnie My Milk Count n’est plus en ligne depuis aujourd’hui. L’histoire est donc à suivre…

L’éditorial qui mélange tout

Allai

La Presse présentait le 1er mai un dossier sur la frénotomie, une intervention qui consiste à sectionner le tissu (frein) qui retient la langue au bas de la bouche.

Un bébé qui a le frein de la langue trop court (ankyloglossie) pourra avoir de la difficulté à téter convenablement. Souvent sa mère aura des blessures importantes aux mamelons. L’ankyloglossie est une affection assez rare, présente chez environ 4% des bébés. Toutefois, selon certains chercheurs, elle se retrouverait chez près de 13% des bébés qui vivent des difficultés d’allaitement.

Par contre, comme le mentionne le dossier de La Presse:

« Ce n’est pas automatiquement parce qu’un bébé a un frein court que ça affecte l’allaitement. Il y a peut-être autre chose qui pose problème : une infection, une mauvaise position. Il faut faire un examen poussé et s’assurer qu’il n’y a vraiment rien d’autre avant d’opter pour ça », prévient la Dre Anjana Srinivasan, codirectrice médicale de la clinique d’allaitement Herzl-Goldfarb de l’Hôpital général juif de Montréal.

En effet, il semble que 25% des enfants présentant une ankyloglossie connaîtront des problèmes au sein contre seulement 3% de ceux qui n’en sont pas affectés.

La dérape

Le dossier de La Presse, bien qu’incomplet et joué avec un certain sensationnalisme, soulevait tout de même des questions intéressantes. Comment diagnostique-t-on l’ankyloglossie? Qui est habileté à le faire? Est-ce que la frénotomie est la seule intervention possible? Quelle est la formation des spécialistes qui pratiquent la section du frein de la langue ou qui soutiennent les mères des bébés qui en sont affectés? Est-il normal de pratiquer cette intervention « à froid » sur des nourrissons? Ces questions mériteraient des réponses claires et basées sur des données probantes.

Là où nous restons incrédules par contre, c’est à la lecture de l’éditorial du Soleil « Mutiler pour allaiter » publié dans l’édition du lundi 5 mai. Un extrait:

«De plus en plus de nouveaux parents font couper une partie de la langue de leur poupon pour faciliter l’allaitement», rapportait la semaine dernière La Presse. Oui, le lait maternel est le meilleur pour le poupon. Mais pas au point d’infliger le coup de ciseau ou de scalpel d’un dentiste ou d’un médecin à son bébé. Allaiter oui, mais pas à n’importe quel prix.

Plusieurs femmes ressentaient déjà une forte pression sociale à donner le sein à leur bébé plutôt qu’un biberon rempli d’une formule commerciale. Avec le recours possible à la frénotomie, cette intervention qui consiste à couper le frein de la langue du bébé pour lui permettre de boire plus aisément et occasionner moins de douleur à la mère, cette pression vient de monter d’un cran.

D’abord, assimiler la frénotomie à une mutiliation est une insulte à l’intelligence. Le terme n’est pas neutre et renvoie à la punition, la torture ou la barbarie que représentent l’infibulation ou l’excision.

Le frein de la langue n’est pas un tissus musculaire, il s’agit d’une partie de la muqueuse buccale jugée sans intérêt médical (réf. Larousse Médical, Wikipédia, Santé médecine).

Ensuite, il est consternant de voir à quel point cet éditorial occulte toute perspective historique ou scientifique sur l’ankyloglossie – une affection connue depuis la nuit des temps et qui est loin de n’avoir des impacts que sur l’allaitement.

En effet, plusieurs auteurs rapportent que déjà au 17e siècle, les sages-femmes avaient l’habitude de garder long l’ongle du petit doigt pour pouvoir sectionner à la naissance les freins de langues des bébés qu’elles aidaient à mettre au monde.

L’ankyloglossie, en plus de gêner la prise du sein – et du biberon dans certains cas – peut aussi causer différent problèmes d’orthodontie et du langage, des problèmes digestifs et des voies respiratoires supérieures, y compris l’apnée du sommeil et les problèmes qui en découlent (réf: Association québécoise des consultantes en lactation diplômées de l’IBLCE).

L’allaitement, toujours coupable

Cette méconnaissance du phénomène dénoncé par l’éditorialiste est en soit affligeante mais ce qui ajoute à l’insulte c’est de faire porter l’odieux du blâme à l’allaitement et aux femmes qui choisissent cette façon de nourrir leur bébé.

Car ne soyons pas dupes, c’est bien ce dont il s’agit. Au lieu de demander de meilleurs critères d’évaluation et une formation optimale afin de soutenir les mères à poursuivre ou non l’allaitement selon leur décision, voilà que l’on blâme ce dernier en imaginant que tout irait tellement mieux si les « petites mamans » ne s’acharnaient pas autant en acceptant de faire mutiler leur nourrisson!

« Allaiter mais pas à tout prix », nous dit Mme Breton. Quel prix doit-on alors fixer au-delà duquel une femme ne devrait plus allaiter?

La frénotomie, qui au dire même de Mme Breton, permettra pourtant au bébé de boire plus aisément et occasionnera moins de douleur à la mère, devient une de ces limites à ne pas franchir. En existe-t-il d’autres?

Merci de nous en informer rapidement question que l’on fasse tous la différence entre les bons allaitements et ceux qui ne devraient pas être, entre ces mères fanatiques et les autres, qui elles, trouveront grâce aux yeux de la société.

Pourquoi est-ce qu’une femme qui prend la décision d’allaiter son bébé et qui décide d’aller chercher de l’aide quand ça ne se passe pas comme prévu devient celle qui s’acharne ou, pire peut-être encore, n’est que la pauvre victime d’une propagande de l’allaitement?

Il faudrait laisser cette mère à un allaitement souffrant? Au moindre petit écueil sur leur route, la seule alternative à proposer aux femmes devient celles des préparations pour nourrissons?

Quid de l’autonomie d’une mère à décider par elle-même comment elle doit prendre soin de son petit? Et si d’aventure ce frein était trop court pour que le bébé boive correctement au biberon, ou développe normalement son langage, est-ce que la frénotomie serait alors moralement acceptable?

À nos yeux, il est tout aussi insoutenable et moralisateur d’enfoncer l’allaitement dans la gorge des femmes que de leur nier toute possibilité de poursuivre un geste qu’elles ont à coeur, soit celui de nourrir de leur corps un bébé qu’elles aiment et qu’elles ont mis au monde.

Toujours le même problème

Depuis plus de dix ans maintenant que nous accompagnons les femmes qui vivent des difficultés d’allaitement.

Nous avons vu des infirmières sans aucune formation en allaitement conseiller la frénotomie au moindre pépin dans le cadre de la porte lors d’une visite à domicile. Nous avons vu des femmes en pleurs avec les seins blessés, laissées à elles-mêmes pendant des semaines sans qu’aucun professionnel de la santé ne pense vérifier la langue de leur bébé. Nous avons vu des diades mère/bébé arriver à un allaitement harmonieux grâce à un soutien discret mais efficace d’une professionnelle. Et nous avons aussi vu des bébés prendre le sein comme des champions après une frénotomie.

Le réel problème, encore une fois, c’est que nous sommes devant une Santé publique qui a fait de l’allaitement une Priorité nationale (1997) mais qui, sur le terrain, est toujours aussi incohérente dans le soutien qu’elle offre aux femmes qui vivent différentes difficultés.

Le fait que le président du Collège des médecins déclare à la radio publique que  » la langue n’est pas l’instrument principal de la tétée, c’est la bouche » n’est que l’illustration flagrante que ce manque de cohérence se trouve jusqu’au sommet de la hiérarchie.

Le scandale dans toute cette histoire, ce n’est surtout pas le fait que des mères tiennent à allaiter leur bébé même lorsqu’elles vivent des difficultés. C’est plutôt que ce système qui fait la promotion de l’allaitement traite les femmes qui vivent des difficultés comme des citoyennes de seconde zone en ne leur offrant pas les services de qualité auxquels elles et leur bébé devraient pourtant avoir droit.

 

En référence:

Protocole clinique n°11: Recommandations pour l’évaluation et la prise en charge de l’ankyloglossie néonatale et de ses complications chez l’enfant et la mère allaitante, Academy of Breatsfeeding Medecine

Les bienfaits de l’allaitement sont-ils surestimés?

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La publication d’une étude américaine fait couler beaucoup d’encre: l’allaitement ne serait pas mieux que le biberon.

Dans cette étude, la sociologue américaine Cynthia Colen prétend que chez deux enfants d’une même famille dont l’un a été nourri au sein et l’autre au biberon, il n’y a pas de différences significatives sur leur santé, à long terme.

Il n’en fallait pas plus pour relancer dans les médias le sempiternel débat sur la question. Ici, l’allaitement n’est pas meilleur que le biberon, là  les bienfaits de l’allaitement ont été « dramatiquement exagérés ».

D’où vient l’information

Ces travaux ont été menés par le département de sociologue de l’université d’état de l’Ohio et financés par le Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development. L’étude a été publiée dans la revue révisée par les pairs Social Science and Medecine.

L’équipe de chercheurs a analysé différentes données de la cohorte National Longitudinal Survey of Youth (NLSY) sur la santé de sujets nés de 1979 à 2006. Elle cherchait à savoir si l’allaitement faisait une différence positive chez les enfants de 4 à 14 ans, une fois différents facteurs socio-économiques pris en compte.

Comme il s’agit d’une étude de cohorte, elle ne peut que démontrer une association entre différents facteurs – et non prouver que l’allaitement était la cause des différences trouvées. La seule manière de prouver la causalité serait de mener des essais cliniques randomisés.

Les résultats

Lorsque les chercheurs ont comparé les enfants allaités avec ceux qui ne l’avaient pas été, ils ont vu que les enfants allaités étaient en meilleure santé – ce qui cadre avec de nombreuses autres études.

Toutefois, l’équipe de Mme Colen s’est ensuite intéressée aux enfants d’une même famille qui avait été nourris de façon différente. C’est dans ce dernier groupe qu’ils se sont aperçus que certains aspects de la santé des enfants d’une même famille ne semblaient pas affectée du fait qu’ils aient été allaités ou non. Dans le cas de l’asthme, ils ont même trouvé une association entre l’allaitement et celui-ci.

Pour les auteurs, ces résultats prouvent que la famille plutôt que l’allaitement détermine la santé à long terme d’un enfant.

Quelques réflexions

  • En regardant cette étude, nous savons peu de choses sur l’allaitement de ces enfants. On indique qu’ils ont en moyenne été allaités pendant 23 semaines. Est-ce qu’il s’agissait d’allaitement exclusif et si oui pendant combien de temps? Est-ce que les enfants allaités ont aussi reçu de la préparation pour nourrisson? Est-ce que les enfants allaités pendant 3 jours ou 2 semaines étaient dans le même groupe que ceux allaités exclusivement pendant six mois? Impossible de répondre à ces questions puisque ce sont des données que les auteurs ignoraient.
  • Cette étude ne remet aucunement en question l’ensemble de la recherche scientifique qui a démontré les bienfaits de l’allaitement. Dans l’ensemble de la cohorte, les enfants qui avaient été allaités étaient en meilleure santé que ceux qui ne l’avaient pas été.
  • Les résultats montrent cependant qu’il n’y avait pas de différence significative entre les membres d’une même fratrie qui ont été allaités et ceux qui ne l’ont pas été. Cela peut être parce que, au niveau individuel, la génétique ou l’environnement ont plus d’influence que l’allaitement sur différents aspects de la santé.
  • L’étude ne prouve pas que l’allaitement cause l’asthme ou que les préparations pour nourrisson le prévient.
  • Certains aspects de la santé des enfants comme les allergies, le diabète ou leur statut immunitaire n’ont pas été pris en compte, autant d’aspects où la recherche a démontré les bienfaits de l’allaitement.
  • Cette étude ne s’intéresse pas non plus aux bienfaits de l’allaitement chez la mère, comme entre autre la réduction des saignements post partum, l’aménorrhée de lactation et la réduction du risque des cancers du sein et des ovaires etc.

Pour toutes ces raisons, il serait faux de prétendre que l’allaitement et le biberon sont « du pareil au même ».

Le droit d’allaiter

L’allaitement est toujours considéré par les grands experts internationaux comme la façon optimale de nourrir un bébé. Les chercheurs doivent pouvoir continuer leur travail librement pour mieux comprendre l’allaitement, la composition du lait humain et ses effets sur la santé des bébés et de leur mère.

La science doit aussi s’intéresser aux effets des préparations pour nourrissons de façon à ce que les bébés qui ne sont pas allaités puissent être nourris de façon sécuritaire.

Depuis longtemps, pour faire la promotion de l’allaitement, le critère le plus souvent mis de l’avant par la santé publique est celui de la santé. Le lait maternel a trop souvent été présenté comme un « alicament » qui rendrait les enfants meilleurs à tout point de vue.

Le lait maternel n’est pas un remède miracle. Il est propre à notre condition de mammifère. C’est un aliment tout simplement produit par le corps des femmes qui enfantent et ces dernières font le choix d’allaiter pour toutes sortes de raisons qui leur appartiennent.

Or, des femmes partout sur la planète ont de la difficulté à trouver informations et soutien pour allaiter comme elles le souhaitent et comme elles l’ont choisi. Des mères connaissent toutes sortes de difficultés avec cet allaitement et sont mal épaulées pour les surmonter. Il serait dommage qu’une seule étude – et sa couverture médiatique- vienne semer en elles le doute sur ce choix qu’elles ont fait de nourrir leurs enfants au sein.

Pour en savoir plus

Is Breast Milk Really Best

Reports on breastfeeding sibling study are vastly overstated

Have we been overstating the benefits of breastfeeding

Did US researchers really find breastfeeding to be ineffective? 

Allaiter, parlons-en!, nouvelle campagne de la santé publique

Moi aussi

Exit le « Allaiter c’est glamour » de l’an dernier. L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal nous revient cette année avec une nouvelle image, beaucoup plus sobre.

La campagne de l’an dernier qui mettait en vedette la comédienne Mahée Paiement avait fait couler beaucoup d’encre. Nous y étions nous-mêmes allées de notre analyse ici.

Objectif: donner la parole

Le Directeur de Santé publique, Richard Massé , indique que la campagne de l’an passé a ouvert « la réflexion sur l’importance de vous donner la parole », alors cette année, l’agence lance… un blogue.

Le blogue sera alimenté par des témoignages de mamans, des conseils de pro, mais aussi des trucs et astuces, des mythes et réalités, des saviez-vous que, concoctés par nos rédacteurs Web et leurs collaborateurs.

Se trouvent également sur le site des vidéos qui abordent différents aspects de l’allaitement. On y voit témoigner un couple, Mahée Paiement et une mère anglophone que l’on imagine immigrante.

(Parenthèse: Pourquoi est-ce que « l’étrangère » devait aussi s’exprimer en anglais? N’y avait-il pas d’immigrant francophone ou d’anglophone dit « de souche » prêts à jouer ce rôle? Enfin…).

Ces différents témoignages se déploient sur trois axes: l’importance, la confiance et le soutien. Ils dégagent une impression un peu plus « inclusive » et près de la réalité de bien des familles mais ne sortent pas non plus du discours gouvernemental que l’on entend régulièrement sur l’allaitement (le lait maternel est le meilleur, l’allaitement c’est facile et consultez Mieux vivre avec son enfant).

Fait à noter, nous ne voyons pas de bébé au sein. On se demande quand même ce qui a pu guider ce choix éditorial, dans une campagne sensée faire la promotion de l’allaitement…

L’État doit-il faire la publicité de l’allaitement?

Malgré que cette campagne de la santé publique semble plus cohérente que celle de l’an passé, un malaise persiste.

Lorsque le gouvernement fait la publicité d’une alimentation saine, il peut mettre en valeur des producteurs locaux de produits frais. Lorsqu’il met en valeur les produits du Québec, il peut présenter des artisans d’ici.

Mais suffit-il qu’une vidéo gouvernementale nous dise que notre mère nous a été d’un grand secours dans la poursuite de l’allaitement pour que les femmes allaitent plus longtemps ou pour que l’expérience se déroule bien?

L’allaitement ne se vend pas comme on vend du brocoli. Il ne se promeut pas comme on le fait des produits québécois ou des campagnes anti-tabac ou d’une politique économique. C’est un geste qui relève de l’intime et qui ne dépend pas que d’un choix fait à un moment X par une mère.

L’allaitement s’inscrit dans tout un contexte personnel, social et culturel. Il implique une autre personne (le bébé), il relève de notre rapport au corps et il fait partie de l’intimité. Voilà pourquoi il est si difficile d’en faire la publicité, surtout quand les botines ne suivent pas toujours les babines!

À quoi sert en effet une belle affiche vantant les recommendations de l’OMS si le CLSC est incapable de donner à accès à une consultante en lactation lorsqu’un bébé ne prend pas assez poids?

Quelle est l’utilité  d’une vidéo promotionnelle léchée si notre pédiatre n’a pas suivi de réelle formation en allaitement?

L’État est tout à fait dans son droit de décider et mettre en valeurs de grandes orientations de santé publique. Cela contribue à une société plus juste et équitable.

À nos yeux cependant, bien avant la publicité, l’État doit promouvoir et soutenir l’allaitement par des actions conséquentes et cohérentes sur le terrain. Des mesures qui se font en respect avec l’intégrité des femmes et leur capacité à décider par elles-mêmes la façon dont elles prennent soin de leur bébé.

Sauf que…

Ceci dit, si la publicité pour l’allaitement n’est pas faite par l’État, par qui le sera-t-elle?

Ne soyons pas naïves. Les préparations pour nourrissons représentent un marché de plusieurs milliards de dollars en Amérique du Nord seulement. Les multinationales qui les fabriquent ont à leur service d’importants département marketing et ce n’est pas vrai que ces gens se réjouissent de l’augmentation des taux d’allaitement. Des millions de dollars sont ainsi investis chaque année dans des publicités vantant leurs produits.

Les États deviennent alors les seules entités réellement capables de rivaliser un tant soit peu sur ce terrain. On ne peut pas demander à La Ligue La Leche ou à Nourri-Source de se transformer en agence de marketing alors que ces deux organismes fonctionnent en grande partie grâce à des bénévoles dévouées. La publicité a un prix. Élevé.

Reste que la question demeure.

Si les gouvernements choisissent de faire la publicité de l’allaitement, comment faire pour ne pas que ce message donne l’impression d’ajouter à la pression ou à la culpabilisation que disent ressentir bien des mères?

Comment réussir à faire la promotion de ce geste de l’intime sans que des mères se sentent flouées de voir que, d’un côté on fait de jolies vidéos mais que de l’autre, personne ne répond présent dans le système de santé quand elles vivent de réelles difficultés?

Force est d’admettre qu’il faudra attendre d’autres campagnes pour trouver des réponses à ces interrogations.

« L’allaitement a été ma bouée de sauvetage »

L’allaitement n’est pas que de la nourriture et les bienfaits qu’il a sont loin d’être que pour les bébés. Voici l’histoire de Julie, mère de deux enfants; William 5 ans ½  et Émilie, décédée en 2011 d’un cancer. Elle avait 8 ans.

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Quelques semaines après avoir accouché de ton deuxième bébé, ta grande fille est diagnostiquée d’un cancer. La vie bascule. As-tu pensé sevrer ton fils à ce moment là?

Non, pas du tout. William avait six semaines. Je ne me voyais pas du tout le sevrer. Peut-être s’il avait été plus vieux, neuf mois, un an?

Dans le premier département où Émilie a été hospitalisée, dès le soir de l’admission, on a commencé par interdire la présence du bébé. Au départ, j’ai cru que c’était parce qu’il était petit, pour ne pas qu’il soit contaminé par les microbes. J’ai fait valoir qu’il était allaité, que ça le protégeait et que les autres enfants étaient en train de dormir.

Finalement, j’ai compris que c’était pour protéger les petits patients. En même temps, à six semaines, il n’allait pas courir partout et toucher à tout…

Ils ont fini par faire une exception pour le weekend. Puis le lundi, on a encore tenté de l’empêcher d’entrer. Le mardi on m’a dit : « finalement, on va vous laisser le garder ». Les préposés m’ont offert un parc et tout. J’ai refusé, parce que j’aimais bien les voir côte à côte, faire du co-dodo. Émilie aimait beaucoup aussi. Elle lui réservait ses plus beaux sourires. C’est pour lui qu’elle chantait en caressant sa petite tête.

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Quand on nous a dit que c’était un cancer, un neuroblastome, que c’était difficile à guérir, j’ai  honnêtement pensé me jeter par la fenêtre plutôt que de ressortir par la porte. Mais j’avais le bébé qui m’attendait. Il m’avait déjà sauvé.

C’était pratique un bébé dans un sens. Parce qu’on doit toujours s’en occuper. Il me servait de bouclier. Quand je risquais de m’effondrer devant les médecins, devant Émilie ou quand j’avais besoin d’un petit deux minutes pour me reprendre en main, eh bien je changeais une couche, j’essuyais une joue, je donnais un bisou.

 

2. Tu devais souvent être auprès d’Émilie, ta fille, comment faisais-tu pour poursuivre l’allaitement de ton fils?

Partout où j’allais, William suivait. Je passais la journée à l’hôpital avec Émilie et William. J’avais aussi ma mère qui m’accompagnait au début.

Parfois, c’était long avant que je revienne d’un examen ou d’un rendez-vous. William pleurait beaucoup à m’attendre. Des infirmières proposaient un biberon pour dépanner, mais William refusait les tétines. Ma mère a mentionné qu’il était allaité et les infirmières ont fourni petit cup, seringue et compte-goutte. Ma mère pouvait alors donner patiemment les quelques millilitres suffisants pour patienter jusqu’à la prochaine tétée.

Je rentrais la nuit à la maison avec lui et mon conjoint prenait le relais à l’hôpital.

Vers 6 mois, j’ai eu une place au CPE pour lui. Je tirais mon lait à l’hôpital. La nutritionniste d’Émilie me donnait des trucs. Je le congelais dans les petits pots des tests d’urine.

J’ai tiré mon lait un peu partout. Aux soins intensifs, dans un salon de repos du personnel à l’étage de greffe… Émilie m’y faisait penser aussi. Parfois je crois qu’elle faisait exprès pour rester avec les bénévoles plus chouettes.

 

3. Qu’est-ce qui t’as le plus aidé dans la poursuite de cet allaitement?

Le support de ma mère, de mon père. J’ai des parents un peu spéciaux. Ma mère a seulement allaité le plus jeune de mes frères, et encore pas très longtemps. Ils ont par contre été coopérants internationaux. J’imagine qu’ils ont appris au contact des femmes au Sénégal.

Ma belle-mère était aussi très aidante. Autant pour l’allaitement d’Émilie (dont le début a été difficile) elle pouvait me « décourager », autant pour cet allaitement là, elle a compris que c’était comme ça et c’est tout.

Mon fils et moi faisions une bonne équipe. J’avais un bébé « cool » et relax. Qui pouvait se rendormir et sauter un boire. Mon corps aussi a suivi le rythme : allaitement à la demande en ma présence et tirer le lait quand je n’y étais pas.

Émilie aussi m’a aidé, elle berçait William en lui disant « attends, c’est pas ton tour, maman s’occupe de moi, après ça sera toi ». Et parfois c’était elle qui attendait son tour « maman allaite William, après ce sera toi ».

 

Tu as déjà dit que les gens ne se doutent pas à quel point cet allaitement a été ta bouée de sauvetage. Que veux-tu dire exactement?

J’ai pensé au suicide. Pour être franchement honnête, j’ai pensé tuer mes enfants et me suicider. Voilà. C’est dit.

À mon rendez-vous post-accouchement chez le gynécologue je lui ai dit. Il m’a demandé d’expliquer. J’ai déballé toute la marchandise.

Je souffrais. Vraiment. Physiquement. Mentalement. De voir mon enfant souffrir, de ne pouvoir rien faire. Se sentir coupable. Tout le temps.

Je sais, ce n’est pas ma faute. Sauf que je suis sa mère. J’ai peut-être transmis les mauvais gênes? Je n’ai rien vu. Pourquoi je n’ai rien vu avant?

En même temps je me disais que si je me ratais, je ne serais pas capable de vivre sans eux. Et eux sans moi? Non. Qui allait allaiter le petit? Qui serait là pour protéger Émilie?

On dit toujours aux mères de nouveau-nés de dormir en même temps que leur bébé. De prendre du temps pour elles. C’est la même chose que pour les mères d’enfants malades. Sauf que moi, forcément en allaitant, je DEVAIS déléguer. Je DEVAIS m’asseoir quelques minutes.

J’ai dû demander de l’aide. L’accepter. Et prendre le temps.

Ma plus grande fierté quand je repense à ces années est que mes enfants ont été ensemble le plus possible. Ne pas avoir allaité William, les enfants ne se seraient pas vu.

Malgré toute la souffrance, la colère et les larmes, on a été heureux.

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Fondation Émilie Filiatrault

Leucan

« Il fallait que je passe à autre chose »

Parfois, même si on le souhaite plus que tout, allaiter devient trop lourd et on n’arrive tout simplement plus à le modeler aux circonstances de nos vies. Cela ne veut pas dire pour autant que l’allaitement ne nous a pas profondément changé. Voici l’histoire d’Anne-Marie et de son fils Louis.

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Peu après la naissance de ton fils, tu as su que quelque chose n’allait pas avec sa santé. À quel moment tu as compris que ce serait compliqué pour l’allaitement?

Louis est mon premier bébé. Pendant la grossesse, j’avais lu plusieurs livres sur l’allaitement et j’avais une idée assez précise de comment j’avais envie de le vivre.

La première mise au sein s’est assez bien déroulée. Par contre, environ 8 heures après la naissance, il tétait peu efficacement et il manquait de tonus. On m’a dit qu’on allait le complémenter, puisqu’il ne tétait pas bien. Je n’étais pas convaincue que les compléments étaient la bonne solution… On lui a alors donné de la préparation au  « cup » qu’il vomissait et on lui en redonnait et il la revomissait chaque fois.

Je me dis alors, « qui suis-je pour demander qu’on arrête cet acharnement sur mon bébé? ». Quelques gouttes de colostrum ne valaient-elles pas mieux que de la préparation qu’il ne gardait pas de toute façon ? Je me sentais incompétente et impuissante, comment pouvais-je argumenter avec elles? Je n’avais aucune expérience. J’allais faire quoi ? Brandir mon exemplaire de l’Art de l’allaitement maternel ou mon Petit Nourri-Source ? Alors j’ai fais comme la majorité des mères, j’ai fais confiance aux infirmières.

Nous avons compris quelques heures plus tard qu’il avait une occlusion intestinale. Nous avons donc été transférés dans un hôpital pédiatrique.

Déjà, seulement 24 heures après la naissance, l’aventure de l’allaitement était totalement différente de ce que j’avais envisagé.

Malgré tout, tu es allée très loin dans cette volonté d’allaiter ton bébé…

Dès les premiers moments de l’hospitalisation, les médecins ont beaucoup insisté pour que je persévère à tirer mon lait. Il y avait une salle d’allaitement sur l’étage avec un seul tire-lait pour une trentaine de bébés hospitalisés. Je ne pouvais pas tirer de lait à côté de mon fils pour créer un lien psychologique puisqu’il y avait trois autres bébés et leurs parents dans la chambre et pas de rideaux pour me donner un peu d’intimité.

Au fil des jours, j’ai perdu espoir de mettre mon bébé au sein, il était nourri au biberon avec mon lait sur un bel horaire de trois heures qui plaisait à tout le monde, sauf à moi. Je n’avais pas l’impression que mes désirs et attentes étaient importants. Tant que l’option lait maternel était cochée sur le papier, l’équipe traitante était contente. Une chance que j’avais mon chum avec moi, qui m’a encouragée, soutenue et comprise dans cette aventure surnaturelle. Si je ne l’avais pas eu présent à mes côtés jour et nuit, je n’aurais sûrement pas tenu bon aussi longtemps.

Un mois plus tard je mettais mon fils au sein pour la première fois depuis sa naissance. On était dans sa chambre d’hôpital avec trois autres bébés, parents et infirmières. C’est ce jour là précisément que j’ai ressenti cette bouffée d’amour que les autres mamans ressentent à la naissance pour leur nouveau-né. C’est sa petite bouche sur mon sein m’a permis de me reconnecter à mon petit bébé et m’a fait me sentir maman pour la première fois.

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C’est environ au même moment que nous avons reçu le diagnostic de fibrose kystique. Mon tout petit bébé qui avait été opéré deux fois était atteint d’une maladie incurable.

Il devait donc prendre des enzymes pancréatiques avant l’allaitement. On mélangeait le médicament dans de la compote de pomme et il faisait effet environ 30 minutes. Avant de l’allaiter je devais le peser et noter son poids et même chose après. Adieu spontanéité! Adieu allaitement à la demande!

Je devais le réveiller aux trois heures la nuit pour respecter cet horaire. Allaiter un bébé somnolent c’est pratiquement mission impossible. On le stimulait intensément pour qu’il finisse par boire un peu afin de ne pas se faire dire qu’il n’a pas assez bu.

Vers ses six semaines de vie, j’ai eu l’occasion de retourner à la maison pour une fin de semaine. Je m’étais bien préparée,  j’avais une réserve de lait dans le congélateur de l’étage suffisante pour couvrir les besoins de Louis pendant ma sortie.

Le dimanche matin, je reçois un appel de l’infirmière pour me dire qu’ils n’avaient plus de lait. Elle voulait savoir quoi faire. J’ai fondu en larmes, qu’avait-elle fait avec mon lait? J’étais inconsolable! Ce jour là, on m’a volé quelque chose. Ça fait sept ans maintenant et j’ai encore les larmes aux yeux en y repensant. Tant d’énergie gaspillée, tant d’efforts sous-estimés. On lui a donc donné un biberon de préparation et il a eu une sévère réaction allergique.

C’est ce jour là que j’ai arrêté d’allaiter pour la première fois. Faire une diète d’éviction était au dessus de mes forces. Mon fils a donc bu du Néocate, jusqu’à l’âge de six mois et chaque fois que j’avais un haut le cœur en préparant ses biberons, je me sentais trahie par la vie.

Lorsqu’il a eu 7 mois, j’ai tenté une relactation. Louis ne voulais plus boire de lait. Je suis allée consulter une clinique d’allaitement. On s’est fait un plan de match pour redémarrer la lactation. Le processus a pris deux mois de médication et de tirage de lait à presque temps plein, mais le lait est arrivé!

Malheureusement, Louis a refusé le sein. Entre temps, il a été gavé et nous avons découvert des boissons de riz qu’il acceptait. Avec les nutrionnistes, nous avions trouvé un système qui convenait à ses besoins nutritionnels. C’est à ce moment là que j’ai lâché prise.

 

Avec le recul, arrives-tu à t’approprier cette histoire ou si elle te reste en travers de la gorge?

Toute l’entreprise d’allaiter Louis m’a changée comme femme. Je me suis découvert une force et une détermination insoupçonnée, mais j’étais allée au bout de cette aventure là.  J’avais cogné à toutes les portes, fait du mieux que je pouvais, il fallait que je passe à autre chose.

Ton allaitement ne s’est pas passé comme tu l’imaginais. Qu’est-ce aurait pu être fait autrement ?

Ma fille Jeanne est née quatre ans plus tard et déjà c’était un autre monde. La présence d’une consultante en lactation sur les lieux a ajouté une expertise pour mieux outiller les mères. Même plus tard, lorsque mon fils a été hospitalisé pendant que j’allaitais ma fille de neuf mois, on m’a fourni tout ce dont j’avais besoin pour tirer mon lait. On m’a même installée dans un local confortable sans que j’aie à le demander.

J’ose croire qu’il y a une ouverture au dialogue entre le personnel hospitalier et les parents. Je pense qu’il est possible de concilier les demandes des parents dans les limites du cadre plutôt strict de l’hôpital. Je pense que qu’on peut offrir des ressources aux parents, comme des repas pour les mères allaitantes de bébés allergiques ou intolérants ou des endroits calmes et intimes pour tirer leur lait. Surtout, je pense qu’on aurait avantage à avoir des hôpitaux amis des familles et pas seulement des bébés.

“Fumer rend mon allaitement encore plus important”

Sandie est la mère d’une petite fille de 13 mois, toujours allaitée. Avec générosité et honnêteté elle a accepté de nous expliquer pourquoi, malgré le fait qu’elle fume la cigarette, elle a choisi d’allaiter sa fille.

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Fumiez-vous enceinte?

J’avais toujours dit que j’arrêterais de fumer lorsque je tomberais enceinte. Plus difficile à dire qu’à faire! Surtout que je fume peu, soit 4 cigarettes par jour.

J’ai motivé ma décision en me disant qu’au moins je ne fumais pas un paquet par jour mais j’éprouvais quand même un peu de culpabilité… J’ai été rassurée à l’échographie quand on m’a dit que ma fille était tout à fait normale.

Le doute reste quand même en moi. Ma fille est très petite (15e percentile en poids), quoi qu’en parfaite santé. Parfois je me dis que si je n’avais pas fumé, peut-être qu’elle aurait été moins poids plume?

Ceci dit, pendant toute ma grossesse, jamais je n’ai fumé devant d’autres personnes que mon conjoint et mes amis proches. Le jugement des autres aurait été très difficile à supporter …

 

Pourquoi vous aviez envie d’allaiter?

Pour moi, l’allaitement a toujours été la seule façon de faire. J’ai eu la chance d’avoir une place en maison de naissance et dès la séance d’information, j’ai su que je voulais vivre ma maternité de façon naturelle. L’allaitement faisait partie de ces approches qui m’interpellaient. Naturel, bio, économique et surtout, simple.

 

Quelle a été votre réflexion quant à la cigarette pendant l’allaitement. Avez-vous voulu arrêter? Avez-vous eu peur d’offrir un lait « moins bon »?

J’ai respecté (presque toujours) les recommandations de fumer après avoir allaité. Lorsque j’ai dérogé à cette règle, oui j’ai eu conscience d’offrir un lait moins bon.

Je trouvais que c’était quand même mieux qu’une préparation pour nourrisson. Fumer rend mon allaitement encore plus important à mes yeux, pour compenser en quelque sorte. Je comprends que ce n’est pas l’idéal mais quand même! Je pense toujours à arrêter et je me dis encore: « J’arrêterai quand je retomberai enceinte »…

 

Sentez-vous du jugement? Vivez vous une certaine culpabilité? Que répondez-vous à celles qui seraient portées à juger?

Je ne sens pas de jugement ni autant de culpabilité que lorsque j’étais enceinte.

Toutefois, le fait d’avoir mis un enfant au monde m’a fait comprendre qu’un enfant a besoin d’une mère en santé et vivante, plutôt que malade au point d’en mourir. J’ai toujours su que fumer, ce n’est pas bon pour la santé mais disons que j’en suis de plus en plus consciente. Si je faisais face à un jugement sur le fait que j’allaite et je fume, honnêtement, je ne pourrais qu’être d’accord. Peut-être que devant une telle situation, ce serait une motivation de plus pour arrêter?

 

À votre avis, est-ce que le soutien envers les femmes qui allaitent et qui fument est adéquat?

Je ne crois pas qu’il y ait vraiment de soutien en fait. Les professionnels de la santé semblent assumer que personne, surtout pas une mère ou une future mère, ne soit fumeuse.

Je n’ai pas eu recours à des groupes de soutien à l’allaitement mais j’ai beaucoup lu et je me suis informée auprès de ma sage-femme.

En même temps, il n’y a pas tant de choses à dire à une maman fumeuse, autre que ce qu’elle sait déjà: arrêter de fumer! Par contre, j’aurais peut-être aimé qu’on me propose de me mettre en lien avec un centre d’abandon du tabagisme, surtout si j’avais été une grosse fumeuse.

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Informations complémentaires

L’académie américaine de pédiatrie (AAP) a modifié ses recommandations concernant l’allaitement et le tabagisme. La nicotine a été retirée de la liste de substances contre-indiquées durant l’allaitement:

« Il a été observé dans une étude que les bébés dont les mères ont continué de fumer durant l’allaitement ont connu moins d’épisodes de maladies respiratoires aiguës que les bébés nourris avec une préparation pour nourrissons. Il apparaît qu’allaiter tout en continuant de fumer est moins nuisible pour le bébé que de le nourrir avec une préparation commerciale et de fumer. »

Allaitement et tabac, LLL France

J’Arrête, ressource québécoise pour arrêter de fumer

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