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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Banque de lait : suspension des actvités

Hema

Après à peine neuf mois d’activités, l’émission J.E a appris que la banque de lait publique d’Héma-Québec est à l’arrêt depuis décembre.

Ses laboratoires ont connu de multiples bris d’équipement. De plus, elle éprouve des difficultés avec son approvisionnement. Ainsi, 40% du lait a dû être détruit. Le reportage nous apprend aussi que 564 donneuses de lait sont qualifiées par Héma-Québec et qu’il y a eu 1780 unités de distribuées depuis son ouverture.

La relance de la Banque de lait ne se fera pas avant la fin du printemps, selon le reportage de J.E.

On peut dire qu’il s’agit d’une déception. La revendication d’une banque de lait québécoise se faisait depuis plusieurs années et elle était attendue par de nombreux parents et spécialistes de la santé.

Avant Noël, le magazine indépendant PlanèteF abordait la question des limites de cette banque de lait, avec des critères assez restrictifs.

Petite histoire des banques de lait

Depuis toujours, les femmes ont donné leur lait aux bébés qui ne pouvaient pas être allaités par leur propres mères. On les appelait les nourrices. Suite à la révolution industrielle, il devenait de plus en plus difficile d’avoir accès aux nourrices et c’est ainsi que l’idée de stocker du lait humain a fait son chemin.

La première banque de lait a ouvert ses portes à Vienne en 1909. En Amérique, c’est à Boston que s’installera la première banque, dans les années 1910. Au Canada en 1934, la survie des célèbres jumelles Dionne est dû en bonne partie aux dons de lait humain en provenance de Chicago, de Toronto puis de Montréal. Il y aura au Canada jusqu’à 22 banques de lait en opération.

Les banques de lait connaîtront une période de déclin qui culminera dans les années 1980. Deux facteurs sont responsables de ces nombreuses fermeture: le marketing agressif des compagnies de préparations pour nourrisson et l’épidémie du VIH/SIDA.

En Amérique du Nord à la fin des années 1980, il ne restera que huit ou neuf banques de lait. Au pays, seule la banque de Vancouver restera ouverte.

Cependant, grâce aux protocoles de dépistage et à différents tests, on peut de nouveau garantir l’innocuité du lait humain. La recherche a montré qu’il s’agit d’un aliment aux qualités inégalées dans les soins aux bébés nés avant terme ou plus fragiles, d’où le regain d’intérêt pour le stockage et la distribution de lait maternel.

À l’heure actuelle, on compte en Europe 186 banques de lait et 13 en Amérique du Nord. Le Brésil détient tous les records avec 187 banques en opération sur son territoire. Si l’on enlève celle de Montréal, trois banques de lait sont pour le moment en opération au Canada: Vancouver, Calgary et Toronto.

Banque de lait : suspension des activités

Hema

Après à peine neuf mois d’activités, l’émission J.E a appris que la banque de lait publique d’Héma-Québec est à l’arrêt depuis décembre.

Ses laboratoires ont connu de multiples bris d’équipement. De plus, elle éprouve des difficultés avec son approvisionnement. Ainsi, 40% du lait a dû être détruit.

La relance de la Banque de lait ne se fera pas avant la fin printemps, selon le reportage de J.E.

On peut dire qu’il s’agit d’une déception. La revendication d’un banque de lait québécoise se faisait depuis plusieurs années et elle était attendu par de nombreux parents et spécialistes de la santé.

Avant Noël, le magazine indépendant PlanèteF abordait la question des limites de cette banque de lait, avec des critères assez restrictifs.

Petite histoire des banques de lait

Depuis toujours, les femmes ont donné leur lait aux bébés qui ne pouvaient pas être allaités par leur propres mères. On les appelait les nourrices. Suite à la révolution industrielle, il devenait de plus en plus difficile d’avoir accès aux nourrices et c’est ainsi que l’idée de stocker du lait humain a fait son chemin.

La première banque de lait a ouvert ses portes à Vienne en 1909. En Amérique, c’est à Boston que s’installera la première banque, dans les années 1910. Au Canada en 1934, la survie des célèbres jumelles Dionne est dû en bonne partie aux dons de lait humain en provenance de Chicago, de Toronto puis de Montréal. Il y aura au Canada jusqu’à 22 banques de lait en opération.

Les banques de lait connaîtront une période de déclin qui culminera dans les années 1980. Deux facteurs sont responsables de ces nombreuses fermeture: le marketing agressif des compagnies de préparations pour nourrisson et l’épidémie du VIH/SIDA.

En Amérique du Nord à la fin des années 1980, il ne restera que huit ou neuf banques de lait. Au pays, seule la banque de Vancouver restera ouverte.

Cependant, grâce aux protocoles de dépistage et à différents tests, on peut de nouveau garantir l’innocuité du lait humain.

À l’heure actuelle, on compte en Europe 186 banques de lait et 13 en Amérique du Nord. Le Brésil détient tous les records avec 187 banques en opération sur son territoire. Si l’on enlève celle de Montréal, quatre banques de lait sont pour le moment en opération au Canada: Vancouver, Calgary et Toronto.

Non, l’âge moyen du sevrage dans le monde n’est pas de 4,2 ans.

Depuis quelques jours, cette photo apparaît sans cesse dans notre fil Facebook. Vous l’avez vu?

Sevrage

« L’âge moyen du sevrage est de 3 mois aux États-Unis alors qu’il est de 4,2 ans dans le monde. (source : National Association for Child Development/OMS) »

Notre sceptico-mètre se met à vibrer à très fort…

Première question : d’où viennent ces chiffres?

Ils viennent de la National Association for Child Developement (NACD), qui se présente sur son site comme étant « une organisation internationale de parents et de professionnels qui se consacrent à aider les enfants et les adultes à atteindre leur plein potentiel. » Mouais.

Premier constat, cet organisme ne s’occupe pas d’allaitement, ni d’ethnographie d’ailleurs, qui est l’étude terrain des moeurs de populations déterminées.

On trouve bien sur leur site internet un article mentionnant l’âge du sevrage dans le monde. Ce n’est même pas le sujet principal de l’article. En fait, on y trouve qu’une seule phrase : celle reprise sur la photo. Aucune référence, aucune note de bas de page, aucun hyperlien renvoyant à d’autres sources.

… le sceptico-mètre vient de gravir quelques échelons de plus.

L’image cite également l’OMS comme source. Alors nous avons cherché sur les sites en français et en anglais de l’Organisation mondiale de la Santé. Nous n’avons trouvé aucun texte qui fait référence à un âge moyen du sevrage qui serait de 4,2 ans dans le monde et de 3 mois aux États-Unis.

En fait, l’OMS ne s’intéresse même pas au sevrage à proprement parler. Dans ses directives, elle indique que « l’allaitement exclusif est recommandé jusqu’à six mois. De six mois à deux ans, voire plus, l’allaitement doit être complété par une autre alimentation ». Elle ne parle aucunement d’un âge où un enfant devrait être sevré.

Finalement, avez-vous remarqué le logo en bas, à droite? HLNTV.com. Ce site se décrit comme étant un réseau de télévision national qui se concentre sur les « histoires du jour à ne pas manquer ». HLNTV, peut-on lire, « dissèque et démystifie l’actualité dont les gens parlent ». AHAHAH!

Néanmoins, existe-t-il un âge moyen du sevrage?

Rappelons ce qu’est une moyenne : il s’agit d’une quantité obtenue en additionnant toutes les quantités données et en divisant ce total par le nombre de quantités.

Ainsi, pour obtenir  un « âge moyen de sevrage dans le monde », il faudrait obtenir l’âge du sevrage de tous les enfants de chaque pays du monde et diviser ce nombre par le nombre total d’enfants de tous les pays. [AJOUT: on nous fait remarquer sur Twitter que des moyennes s’obtiennent (aussi) à partir d’échantillons de population. Vrai. Cela ne change rien à l’argumentaire : dans bien des pays du monde, ces échantillons seraient impossibles à obtenir ou peu fiables. Et si d’aventure ils l’étaient… eh bien lire le reste du texte.]

Outre le fait qu’il est loin d’être acquis de pouvoir obtenir des données aussi précises, arrêtons-nous un moment sur ce chiffre « moyen » de 4,2 ans.

Pour arriver à une *moyenne* de 4 ans, il faut des enfants sevrés avant 4 ans – et il faut aussi tout un tas d’enfants sevrés APRÈS 4 ans!

Bien sûr, il existe des enfants allaités jusqu’à 5 ans et plus… Mais il en aurait assez dans le monde pour contre-balancer tous les enfants qui sont sevrés avant 3 mois? Entre 9 et 12 mois? Ou même à deux ans? Il y a tant de pays sur la planète où l’allaitement dépasse 4 ans?

Allez, pensez à un pays.

N’importe lequel. Là où l’allaitement normal des enfants dépasserait 4 ans. L’Inde? Âge du sevrage : 2-3 ans. La Guinée-Bissau? Durée d’allaitement moyenne : 22,6 mois. Les Philippines, tiens! 14 à 17 mois. La Chine? 8,7 mois en zone urbaine. Nigeria : 28 mois. Cameroun : 18 mois. Oh, il y a bien le Bengladesh où on allaite longtemps : 31 mois.

Là, c’est clair, le sceptico-mètre vient d’exploser.

Mais alors, d’où vient ce fameux chiffre de 4,2 ans?

Selon ce qu’on a pu vérifier, ce chiffre s’est trouvé dans le livre de la réputée médecin Ruth Lawrence « A Guide for the Medical Professional« . Pendant des années, la version de ce guide mentionnait le chiffre de 4,2 ans comme âge moyen du sevrage dans le monde.

Ah, tu vois, je te l’avais dit!

… Cependant, elle non plus n’apporte aucune référence pour appuyer cet énoncé.

Ce chiffre de 4,2 ans se retrouve aussi dans un texte de l’anthropologue Kathy Dettwyler. Anecdote. Lorsque l’on écrivait Bien vivre l’allaitement, on se régalait des écrits de Dettwyler. Elle nous a ouvert tout un champ de réflexion. C’est donc un bonheur de se replonger dans un de ses textes.

Elle écrit (traduction libre) :

Nous entendons souvent que l’âge moyen du sevrage serait de 4,2 ans mais ce chiffre n’est ni juste, ni pertinent. Une analyse de 64 études faites avant les années 1940 montre un âge médian du sevrage d’environ 2,8 ans. Dans certaines sociétés, la durée de l’allaitement était beaucoup plus courte et dans d’autres, plus longue. Statistiquement, l’âge moyen du sevrage est une donnée qui ne veut rien dire considérant le grand nombre d’enfants qui ne sont pas allaités du tout ou que quelques jours.

Oh Kathy! M.e.r.c.i.

Il peut être fascinant de s’intéresser aux autres cultures d’allaitement et de connaître les durées d’allaitement à travers le monde. On en apprend sur d’autres façons de faire, on compare des données, les met en contexte. On s’ouvre ainsi sur des différentes expériences sociales, politiques, historiques.

Ne nous leurrons pas, il n’est pas question de ça ici. Nous voici devant une image de propagande. On utilise de fausses données et on leur donne un sceau d’approbation en leur accolant le nom d’organismes nébuleux ou très connus, le tout sur fond de photo cute.

Au-delà de la méthode (maladroite dans le meilleur des cas, malhonnête dans le pire), il est intéressant de se demander quel message envoie ce procédé à celles qui le reçoivent.

Certainement un message d’incompétence pour celles qui n’ont pas allaité ou qui ne l’ont pas fait très longtemps. Un message d’anormalité pour celles qui n’allaiteront pas *au moins* jusqu’à 4,2 ans. Nous voici également devant une image des États-Unis qui seraient à ce point hors du monde (pourtant, il existe toute une culture et une foisonnante littérature de « l’allaitement prolongé » aux États-Unis).

En somme, nous voici placées devant une image sans nuance, désincarnée, qui ne tient compte d’aucune spécificité culturelle, sociale ou politique. Meaningless, comme l’écrivait Kathy.

Par contre, cette photo peut certainement apaiser les femmes qui allaitent pendant des années. Il est compréhensible qu’elles choisissent de la relayer dans leurs réseaux. Sur Facebook, quelques mères la commentaient d’ailleurs de façon touchante avec cette idée : « enfin, je suis reconnue comme une personne normale ». En effet. Les mères qui allaitent très longtemps, qu’elles soient aux États-Unis ou ailleurs soit dit en passant déplorent toutes sortes de préjugés et de discrimination envers elles et leur enfant. Ces comportements sont inacceptables et ces mères doivent se sentir accueillies dans leur communauté.

Nous soutenons cependant avec toutes nos forces qu’elles méritent de l’être avec autre chose que des statistiques bidons qui circulent sur les réseaux sociaux. En fait, toutes les femmes méritent mieux.

Mary Ann Cahill, la pionnière (1927 – 2014)

Les fondatrices de LLL. Mary Ann Cahill est la 3e à partir de la gauche.

Les fondatrices de LLL. Mary Ann Cahill est la 3e à partir de la gauche.

Son nom n’a pas fait la manchette et en cherchant sur internet, on trouvera peu d’informations sur Mary Ann Cahill, décédée il y a quelques jours. Pourtant, il s’agit bel et bien d’un pionnière qui mérite sa place dans l’histoire.

En 1956 en Illinois, avec six autres femmes, Mme Cahill aidait à la fondation de La ligue La Leche. Ces femmes avaient allaité leurs enfants et remarquaient qu’il était difficile d’obtenir de l’information claire et juste sur le sujet. C’est ainsi qu’elles organisèrent un premier pique-nique en collaboration avec leur église afin de réunir des femmes ayant envie de partager leurs connaissances et expériences.

Les rencontres se sont rapidement multipliées dans leurs résidence, puis dans les églises, les centres communautaires et les hôpitaux. Centrée sur l’allaitement, la philosophie du groupe s’est ensuite transposée au maternage.

À la fondation de La ligue La Leche, le taux d’allaitement aux États-Unis n’était que de 20%.

La première section de La Leche à l’extérieur des États-Unis a vu le jour à Jonquière en 1960, grâce à Martha Larouche et Barbara Pitre. Aujourd’hui, La ligue est présente dans 68 pays.

Mary Ann Cahill a eu 11 enfants, 20 petits-enfants et comptait à sa mort 15 arrière-petits-enfants. Sa foi catholique ainsi que La Leche ont été les causes de sa vie. Mme Cahill est morte paisiblement à l’âge de 87 ans le 26 octobre dernier.

Les fondatrices de LLL en 2006, lors du 50e anniversaire de l'organisme.

Les fondatrices de LLL en 2006, lors du 50e anniversaire de l’organisme.

Salles d’allaitement et pères

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À quoi servent réellement les salles d’allaitement? Faciliter le soin des enfants? Offrir un espace à l’abris des regards pour les femmes qui allaitent? Dans ce contexte, quelle place pour les pères? Après tout, eux aussi prennent soin des bébés…

Un beau sujet à réflexion en ce mois d’août.

Une lectrice nous écrit pour partager l’histoire qui est arrivée à une connaissance. Avec son accord, nous la reproduisons ici.

Une dame est mère de jumeaux allaités, mais aussi d’un bambin, encore aux couches. Lors d’une sortie dans un centre d’achat, elle décide d’utiliser la salle d’allaitement avec son conjoint pour allaiter les jumeaux et changer son plus vieux.

Une autre femme arrive et constatant la présence du père, elle avise le gardien de sécurité. Les hommes n’ont pas le droit d’être dans cette salle, c’est d’ailleurs inscrit sur la porte. Le père doit quitter les lieux.

La mère de jumeaux est découragée. On comprend qu’avec un bambin et un allaitement de jumeaux, ça devient vraiment une histoire de couple. Le père a un rôle essentiel à jouer dans la réalisation de ces tâches du quotidien. Sans l’apport de celui-ci, est-ce que cette mère est prête à sortir de chez elle avec toute sa petite marmaille?

De son côté, on peut imaginer que la dame qui fait appel au gardien de sécurité utilise la salle d’allaitement parce qu’elle éprouve un malaise réel à allaiter devant les autres, plus particulièrement devant les hommes. Sans une salle d’allaitement, peut-être que cette femme ne sortirait pas. Ou en tout cas, pas avec son bébé allaité. La salle d’allaitement devient un lieu important pour elle.

Évidemment, on dira que tout ce beau monde aurait pu se parler. Le dialogue est le meilleur moyen pour s’ouvrir aux réalités de l’autre et trouver un terrain d’entente. Mais bon, ce n’est pas simple non plus.

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Poussons la réflexion encore plus loin.

Les salles d’allaitement accueillent aussi les femmes qui n’allaitent pas. Est-ce à dire qu’un père seul n’aurait pas le droit de donner le biberon dans cette salle, pas plus que d’utiliser la table à langer pour changer son bébé? Selon les politiques de ces salles d’allaitement, nourrir et changer un bébé seraient donc des tâches qui reviendraient exclusivement aux femmes? Ne sommes-nous pas devant une vision discriminatoire de la parentalité?

Dans un monde où les pères prennent soin de leurs bébés, y aurait-il moyen de faire cohabiter les uns et les autres?

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Cododo: quand l’État entre dans les chambres à coucher

Suite à la publication la semaine dernière d’une autre étude qui souligne les risques pour un parent de dormir avec son bébé, Planète F diffuse cette semaine une analyse en trois temps sur le cododo et le sommeil partagé. Des chroniques où l’histoire, la philosophie, la science et les politiques publiques s’entremêlent afin de mieux comprendre la façon dont est perçue chez nous cette pratique millénaire.

Vous trouverez ici un extrait de la 2e partie et là, la première partie de cette chronique.

« Je crois que c’est une règle sensée de ne pas faire dormir le bébé

dans le lit de ses parents, aucune raison ne le justifie. »

— Dr Spock, 1945

 

« L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation. »

— Pierre-Elliott Trudeau, 1967

Les nouveau-nés d’à peu près tous les mammifères terrestres dorment près de leur mère. Ils le font parce qu’ils y trouvent les trois éléments dont ils ont besoin pour survivre à leurs premiers jours : chaleur, protection, lait maternel.

Chez l’être humain, jusqu’à l’avènement de la société industrielle, de l’Afrique à l’Arctique et de l’Asie aux Amériques, les femmes ont partagé leur couchette avec leurs bébés. En ce moment même, la majorité des bébés dans le monde dorment avec leur mère, parfois aussi avec leur père ou avec des frères et sœurs.

Évidemment, ce qui a toujours été n’est pas nécessairement meilleur alors inutile de tomber dans l’appel à la tradition. L’objectif n’est pas non plus de démoniser le sommeil séparé au profit de cododo qui serait meilleur parce que « naturel ».

Il s’agit de prendre conscience que nos arrangements de sommeil, tout comme la façon dont on prend soin des bébés, ne relèvent pas du hasard. Ils varient selon les époques, les cultures et les …

… La suite, sur Planète F!

 

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Le cododo, c’est mal!

Suite à la publication la semaine dernière d’une autre étude qui souligne les risques pour un parent de dormir avec son bébé, le magasine indépendant Planète F diffusera cette semaine une analyse en trois temps d’Annie Desrochers sur le co-dodo et le sommeil partagé. Des chroniques où l’histoire, la philosophie, la science et les politiques publiques s’entremêlent afin d’un peu mieux comprendre la façon dont est perçue chez nous cette pratique millénaire. Nous avons convenues que le premier de ces textes serait aussi publié sur Bien vivre l’allaitement.

La science du co-dodo, Schopenhauer et l’art de la controverse

Arthur Schopenhauer, bien qu’il ait probablement partagé le lit de sa mère à sa naissance, ne s’est jamais intéressé au cododo. Ce sont pourtant les écrits du philosophe allemand qui nous viennent en tête lorsque l’on cherche à saisir les condamnations du sommeil partagé.

Dans L’Art d’avoir toujours raison, publié en 1864, Schopenhauer propose des façons de gagner un débat, peu importe si ce que l’on soutien est vrai. Cet art d’avoir toujours raison s’appuie sur la nuance entre les faits d’une proposition et l’apparence de vérité que la proposition peut prendre. “Peu importe si ce que je dis est faux puisque je suis arrivé à faire croire que c’était vrai”, pourrait lancer un grand maître de ce raisonnement.

C’est cette logique, nous allons le voir, qui semble s’appliquer dans le cas de nos perceptions sur le co-dodo.

Les études

La semaine dernière, Pediatrics nous apprenait que le partage du lit serait la principale cause de mort subite des nourrissons. Les conclusions de ces chercheurs américains ne sont pas bien différentes de celles publiées il y a un peu plus d’un an dans le British Medical Journal (BMJ) ou du fameux avis émis en 1999 par le U.S. Consumer Product Safety Commission.

Toutes en viennent à une seule conclusion: les autorités en santé publiques doivent déconseiller le co-dodo afin que les parent évitent de dormir avec leur bébé.

Des données qui laissent à désirer

Le problème avec ses études, qui connaissent invariablement un succès médiatique, est qu’elles comportent, recherche après recherche, d’importants biais méthodologiques.

Nous n’énumérerons pas ici leurs failles, d’autres l’ont fait de façon méticuleuse. Mentionnons simplement ce texte de la doctorante en psychologie Alice Trépanier, celui de la journaliste scientifique Tara Haelle (en anglais) ou encore celui-ci de la blogueuse scientifique Maman éprouvette.

Pour résumer, le principal reproche fait à ces études est de tout mettre dans le même panier. Trop souvent les données recueillies ne permettent pas de faire la différence entre une pratique sécuritaire du sommeil partagé et une situation de cododo à risque.

PlanèteF

1-0 pour Schopenhauer

La blogosphère n’est pas la seule à s’émouvoir des biais méthodologiques de ces études. Des organismes officiels le font aussi. Le NICE (National Institute for Health and Clinical Excellence) est l’organisme responsable d’établir les standards cliniques du système de santé britannique. Tout juste la semaine dernière, il publiait un document consultatif sur le partage du lit. Ce document doit servir à établir de nouvelles recommandations sur le cododo.

Afin d’établir ces nouvelles lignes directrices sur le sommeil partagé, le NICE a passé en revue 16 nouvelles études sur le sujet. Il s’agissait de onze études individuelles et de une méta-analyse faite à partir de 5 études de cas.

Eh bien dans chacun des cas – donc pour chacune de ces 16 études – le comité consultatif du NICE indique qu’il s’agit d’études de “très mauvaise qualité”. Ils prennent même la peine reconnaître noir sur blanc que “les données probantes dans ce domaine sont de moins bonne qualité que ce qui est normalement utilisé pour établir des recommandation officielles”.

Mais, et c’est ici qu’intervient l’entourloupette schopenhaueresque, le NICE ajoute que puisque la mort subite du nourrisson est un problème à ce point sérieux, cela justifie l’utilisation d’études de qualité moindre.

On croit rêver!

La santé publique émet des recommandations officielles sur la façon dont doivent dormir les nourrissons en se basant sur des données dont elle sait qu’elles sont médiocres.

Au fond, la vérité objective sur les risques du partage du lit ne compte plus, seule prime l’apparence de vérité aux yeux du public.

Schopenhauer jubilerait, en terme d’art de la controverse, il ne se fait pas mieux.

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