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    Bien vivre l'allaitement est un livre écrit par Madeleine Allard et Annie Desrochers. Il est publié chez Hurtubise. Pour joindre les auteures
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Allaitement en France: l’entrevue avec Mère joie, suite et fin

Troisième et dernière partie de l’entrevue réalisée avec la blogueuse Mère Joie. Aujourd’hui : plongeon dans la culture d’allaitement française.

La première partie de cette entrevue est ici et la deuxième se trouve .

Selon vous, qu’est-ce qui distingue le plus la culture de l’allaitement en France? 

Nous avons un des taux les plus faibles d’allaitement en Europe. Et franchement, je n’ai pas de réponse ferme comme explication pour le moment.

Pour moi il y aurait peut-être à aller chercher du côté des classes sociales, d’une frange du féminisme, du travail des femmes et encore une fois de la conception de l’enfant.

Effectivement, dès le moyen-âge les classes aisées avaient recours aux nourrices et on concevait l’enfant comme un réceptacle à lait. Aujourd’hui, ces mêmes classes sociales sont les plus enclines à allaiter en étant éduquées, en ayant les capacités d’accès à l’information et en possédant une gestion de leur temps optimal dans certains cas. Un nouveau mouvement féministe a vu le jour : les femmes très diplômées ne veulent rien lâcher mais tout concilier, à l’inverse de leurs mères qui ont parfois « sacrifié leur maternité » pour être employables comme les hommes.

La pression pour allaiter est donc très variable selon le milieu social (et aussi la géographie), même si en France il y a de toutes les façons un gros paradoxe entre le matraquage des recommandations de l’OMS et ce qui est mis en place (droits, lois, formations des soignants etc,) pour soutenir les femmes dans leur allaitement. Et encore une fois, on ne parle toujours que du volet « santé » aux futures mères alors que celui-ci ne paraît pas être ce qui les aide à maintenir leur allaitement en dépit des difficultés.

Si les femmes issues des milieux les plus modestes allaitent également davantage peut-être parce que financièrement elles ne peuvent se permettre l’achat de préparations pour nourrissons et ne travaillent pas, de nos jours les femmes des classes moyennes allaitent le moins. Je pense que les croyances persistantes autour de l’allaitement comme le manque de lait, le spectre de la reprise du travail, leurs conditions de travail effectives parfois très mauvaises, le fait de devoir tout gérer seules (pas de femme de ménage, de nounou à domicile comme chez les femmes des classes privilégiées) peuvent être des freins supplémentaires à l’allaitement.

Il ne faut pas oublier non plus que l’industrie alimentaire des bébés représente des enjeux financiers certains et un vaste business (à ce titre, Badinter s’est vue accusée de critiquer l’allaitement en ayant des actions chez le Publicis qui a pour client le grand groupe Nestlé, marque de lait en poudre), même si « les tours de lait » (une affaire scandaleuse au cœur de l’histoire de l’allaitement en France) et les publicités pour les préparations 1er âge sont désormais interdites.

Chez vous, quelles sont les meilleures ressources pour une femme qui cherche de l’information ou qui vit des difficultés d’allaitement? Le milieu de la santé? Sa famille? Les groupes de soutien à l’allaitement? 

La problématique ne va pas tant être pour la maman de trouver des ressources que d’être confrontée à un véritable « travail de sape » involontaire ou non en parallèle. Or, on sait que le rôle de l’entourage proche est très important dans le soutien des mères qui allaitent. Il risque de peser largement dans la réussite ou l’échec de l’allaitement.

Sans transmission d’une culture d’allaitement par sa propre mère, sans connaissances justes sur l’allaitement, sans accompagnement de professionnels formés, s’il y a en permanence des idées pré-construites sur l’allaitement (aussi dans la presse) voire une hostilité à l’allaitement, la mère sera plus encline à abandonner ou mal vivre son allaitement.

Pour le moment, en France, il me semble que les meilleures options pour être aidée sont :

  • Le cercle familial (sœur, cousine…) et amical si les femmes ont allaité et sont correctement informées. J’ai plus de réserves avec les générations précédentes – mère, belle-mère – parce qu’il se joue des choses parfois, à savoir une volonté pour la jeune mère de s’affranchir de tout conseil pour trouver sa propre voie et une ambivalence chez la plus âgée de montrer son expérience et de se mettre en concurrence, oubliant son intention première ;
  • Les informations sur Internet (à trier) même si malheureusement, d’après moi, elles sont moyennement accessibles à tout le monde…, par exemple le site Co-naître ou les dossiers de l’incontournable Leche League (personnellement, je trouve en revanche que le site se contente trop des aspects biologiques / physiologiques de l’allaitement, ce qui est tout de même réducteur. Les femmes pour être soutenues correctement ont besoin aussi de lire ce qu’elles ressentent et qu’on leur dise que c’est normal, non que tout est une question de motivation ou de volonté).
  • Le réseau Leche League avec des conseillères partout en France. Un très bon point parce que c’est gratuit et on a à faire directement à de l’humain. Je pense que le discours est alors plus ouvert que sur le site ;
  • Les conseillères en lactation, spécialistes de l’allaitement mais non remboursées et une profession pas encore assez développée partout ;
  •  Les sages-femmes en libéral

Bref, il y a du boulot pour vraiment créer un environnement global propice à l’allaitement en France…

Merci du fond du cœur Mère Joie pour ces riches réflexions. Il serait intéressant que ces échanges se poursuivent d’une façon ou d’une autre !

Allaitement en France: l’entrevue avec Mère Joie II

Voici la deuxième de trois parties de l’entrevue réalisée avec la blogueuse Mère Joie. De Badinter à Rufo en passant par Naouri; tour d’horizon des débats intellectuels qui entourent l’allaitement (les hyperliens dans le texte sont de nous).

Pour lire la première partie, c’est ici.

 

Certains intellectuels français posent un regard assez critique sur l’allaitement. Au Québec, c’est un sujet qui les intéresse assez peu. Pourquoi croyez-vous qu’ils se préoccupent d’allaitement?

C’est une question très difficile car tout comme l’allaitement est quelque chose de complexe, les différentes prises de position sont elles aussi très complexes à analyser.

En effet, tel que vous le signalez, le thème de l’allaitement est investi par différentes disciplines universitaires (mais finalement de façon très peu argumenté - Boris Cyrulnik, neuropsychiatre éthologue parle pour sa part de l’importance sensorielle de l’expérience lactée dans L’ensorcellement du monde mais on n’en sait pas plus – et surtout toujours par les mêmes personnes) ; ce qui n’est pas nouveau. Par exemple déjà Rousseau, l’illustre philosophe du siècle des Lumières louait l’allaitement par rapport à ses bienfaits et à l’attachement mère-enfant.

Malheureusement en France il n’y a pas trop d’approche systémique, de vision globale scientifique de l’allaitement..

Pour revenir brièvement sur Elisabeth Badinter la philosophe/historienne, si celle-ci a rédigé un long chapitre sur l’allaitement dans son livre Le conflit, ses motivations s’inscrivaient purement dans une réflexion féministe un peu différente des autres opinions intellectuelles contemporaines.
J’aimerais plutôt aborder la sorte de scission en France sur l’allaitement entre les professionnels de la petite enfance qui s’occupent de la santé stricto sensu (les pédiatres) et qui sont comme Edwige Antier pour l’allaitement prolongé en se basant sur les recommandations de l’OMS et les pédopsychiatres, psychanalystes ou du moins ceux qui sont fortement médiatisés (à l’inverse de Michel Soulé par exemple).

Pour les seconds, ce qui surprend d’emblée, ce sont les directives virulentes sur la durée et la façon de mener l’allaitement en dépit du bon sens, calquant les principes du biberon sur ceux de l’allaitement et de recherches réelles (pour Marcel Rufo, « Plus de trois mois, c’est trop ! » et après sept mois, il s’agit d’un abus sexuel, pour Aldo Naouri, il est hors de question que la mère nourrisse son enfant à la demande, pour Françoise Dolto, il fallait couper la langue du téton pour pouvoir parler).

Je fais plusieurs hypothèses interactives et relatives, entre autres, à notre façon de percevoir en occident la psychologie humaine comme l’obligation d’adaptation d’un individu à la société dans laquelle il vit sous peine d’être considéré comme déviant et à notre incapacité à avoir des connaissances pluridisciplinaires et à utiliser celles-ci de façon transversale (les domaines scientifiques sont trop cloisonnés) :

  1. L’idée toute faite d’un schéma parental, avec notamment le rôle du père comme séparateur de la mère et l’enfant (et qui en nourrissant le bébé remplirait sa fonction), cette mère dont on nie de façon excessive les spécificités biologiques ;
  2. Le retour le plus précoce possible de la femme à sa vie active (d’où les trois fameux mois pour Rufo qui correspondent à peu près à la fin du congé maternité) ;
  3. L’hyper sexualisation du sein. Selon Rufo un sein nourricier ne peut pas être en même temps un sein sexué car le sein ne se partage pas. Or, pour la bonne santé du couple, il serait impératif de reprendre une activité sexuelle rapidement ! Une belle preuve de la place de la sexualité dans la psychanalyse. On a peur de l’inceste, de la castration, de l’animalité, de l’enfant sauvage nourri par une louve. N’y a-t-il pas en outre un inconscient archaïque concernant la femme qui ne doit pas avoir de relations sexuelles en allaitant ?
  4. Un autoritarisme vis-à-vis de l’enfant (surtout chez Naouri). L’enfant doit devenir très rapidement autonome, sans prendre en compte les étapes de son développement ou les nouvelles théories de l’apprentissage. Il s’agit d’inscrire immédiatement l’enfant dans ce monde occidental, dans cette culture de séparation précoce de la mère et l’enfant. C’est à l’enfant de s’adapter et répondre aux besoins de ses parents. Et l’enfant doit être frustré pour pouvoir être capable ensuite de s’intégrer facilement. Ça sent Durkheim…

 Croyez-vous que ces prises de position ont une influence sur la façon dont les Françaises perçoivent l’allaitement?

J’aurais tendance à penser que celles des pédopsychiatres rassurent bon nombre de parents car nous vivons une époque avec une crise de l’autorité et les propos tenus par les pédopsychiatres, qui ont de surcroît autorité dans leur domaine, appuient là où le bât blesse, à savoir « Comment faire pour ne pas le laisser manger par ses enfants dès le départ ? ». Et comme l’écrirait Rufo : Dans le cas d’une mère qui allaiterait son enfant après le travail, il s’agirait d’une prise de pouvoir de l’enfant sur la mère ! Rufo et Naouri, les grands manitous des médias jouent sur la corde sensible du pouvoir parental.

De plus, les règles strictes, les méthodes toutes faites revendiquant « un bon modelage de l’enfant » vont elles aussi participer à cette idée qu’il y a une éducation unique, une recette sûre.

Pis les mentalités sont encore très ancrées, On le voit pour l’utilisation de la fessée où pourtant les aspects néfastes sont de plus en plus dénoncés mais dont la pratique reste extrêmement répandue et défendue par les parents, peut-être aussi parce que les pédagogues sont toujours dans un discours alarmiste et excessif (risques de perversions sexuelles, grave traumatisme etc,) plutôt que réaliste (la fessée, un abus d’autorité menant à des incohérences pédagogiques).

Badinter a quant à elle essuyé une véritable levée de boucliers avec son livre Le conflit dans lequel elle consacre une grande partie à l’allaitement mais son discours n’est pas vraiment d’ordre éducatif ou en relation directe avec ce qu’il convient de faire pour le bien de l’enfant. On est beaucoup plus frileux pour remettre en cause l’éducation que l’on a reçue ou l’éducation que l’on donne. Badinter s’adressait davantage à la femme qu’à la mère (toujours une sorte de dichotomie mère/femme en France) et à des femmes d’une certaine classe sociale, celle où les mères allaitent justement le plus et le plus longtemps de nos jours…

Quant à l’argument santé des pédiatres, il me semble qu’il culpabilise les femmes plus qu’il ne leur donne envie réellement d’allaiter…

Demain : Ce qui distingue la culture d’allaitement en France

Allaitement en France: l’entrevue avec Mère Joie I

Nous avons rencontré la blogueuse française Mère Joie grâce à Twitter, où elle annonçait la publication d’un billet sur l’allaitement. Ses écrits correspondaient tout à fait au ton de Bien vivre l’allaitement. Nous avons eu l’impression de trouver notre âme sœur outre atlantique !

S’en sont suivis divers échanges qui ont menés à une critique de notre livre (publiée sur le blogue français de la Poule Pondeuse) puis à une entrevue qu’elle a bien voulu faire avec nous.

Nous avons aussi eu envie de pousser plus en avant ces échanges. Le Québec et la France partagent des liens profonds depuis longtemps. En même temps, nos deux pays ont chacun leurs particularités propres. D’avoir la chance de réfléchir ensemble à un sujet comme l’allaitement nous semble être un réel privilège.

Nous vous proposons donc une entrevue avec Mère Joie que nous publierons sur trois jours. À travers ses propos, nous vous invitons à explorer une réalité française de l’allaitement, avec ses richesses et sa complexité.

Qui êtes-vous, chère Mère Joie, comment votre aventure a-t-elle commencé sur la blogosphère?

Bonjour, bonjour ! J’aimerais vous dire d’emblée pour coller à mon blog que je suis maman de trois enfants (une fille de 13 ans, 2 garçons de presque 4 ans et 6 mois) mais si j’écris sur ma vie de mère, celle-ci n’est qu’un support pour moi à l’écriture. Je n’écris pas pour parler de moi, je parle de moi pour écrire. 

Donc nous dirons que je suis une formatrice pour jeunes et adultes dans le social en arrêt depuis la grossesse de mon fils aîné et récemment au chômage. Quand je travaillais, je me chargeais d’aider les autres à communiquer, maintenant je suis l’auteure d’un journal (en très grande partie) humoristique. Je suis passée de l’autre côté…

J’ai ouvert mon blog en congé parental d’éducation pour avoir une activité enrichissante chaque jour hors du cercle familial et intellectuelle, pour conserver des relations sociales (je vis en pleine campagne), garder un rythme, une certaine discipline en écrivant quotidiennement et améliorer mon style pour passer peut-être ensuite à quelque chose de plus dense et plus construit. Je suis une vraie fourmi, besogneuse (pas pour le ménage, me souffle mon Légionnaire qui vient de terminer le nettoyage de la salle de bains à l’heure où je lui lis mon brouillon…).

 

Sur votre blogue, vous avez écrit une série de billets sur l’allaitement, d’où vous est venue l’idée? Pourquoi ces réflexions?

Avec ce troisième allaitement j’apprends beaucoup et je comprends mieux toute la portée de l’allaitement. Je me suis mise alors à réfléchir dessus différemment, de façon plus conceptuelle et avec moins d’affect.

Je crois que je suis partie de trois interrogations principales « Pourquoi l’allaitement ne se passe-t-il jamais comme dans les livres ? », « Y a-t-il vraiment une dérive naturaliste ? » et « L’allaitement est-il un ou a-t-il de multiples facettes ? ».

Mais j’avais tout de même en tête de montrer que si on ne voyait pas seulement un mode d’alimentation dans l’allaitement, on vivrait un allaitement plus serein (je partais avec quelques préjugés).

Mon but était de soutenir les femmes qui allaitent sans opposer allaitement et préparations pour nourrissons et sans jeter l’opprobre sur les femmes qui n’ont pas allaité. D’une part, je respecte ce choix quand il n’est pas malheureusement trop souvent plutôt un désir d’allaitement en échec et de deux car si le sujet est si sensible, c’est qu’il peut y avoir du passif derrière. Avec l’allaitement, on marche sur des œufs. Et c’est dramatique de pointer du doigt des mères au lieu de les valoriser dans ce qu’elles vivent. Ca l’est encore plus quand elles n’ont pas réussi à faire autrement à ce moment-là, en souffrent et ne sont pas entendues dans leur douleur.

J’ai demandé dans un premier temps, sur les réseaux sociaux des témoignages de mères allaitantes ou non pour avoir leur ressenti sur leur vécu sein / biberon, lait maternel / préparations pour nourrissons. J’avais tout de suite mesuré intuitivement que même si j’avais plus de recul qu’avant, le thème était passionnel, sujet à contre-transferts et qu’il me faudrait développer mon empathie pour travailler sur l’allaitement ni comme on traite un sujet de sciences exactes ni en me laissant aller à un plaidoyer. J’avais besoin de me sentir proches des femmes.

Et ça m’a permis d’aller beaucoup plus loin dans mes hypothèses, voire de les réfuter et de creuser de nouvelles pistes.

Maintenant, j’ai entre autres quelques modifications à faire à la suite de nouvelles informations, notamment sur les chaleurs de certains animaux pendant l’allaitement et j’aimerais davantage pousser mes investigations sur l’allaitement long.

Pour lire les écrits de Mère Joie sur l’allaitement : Dossier sur l’allaitement – Introduction

Demain : le regard critique de certains intellectuels français sur l’allaitement

Des chiffres, des femmes et des bébés

Le dernier numéro de « Zoom Santé » publié sur le site Web de l’Institut de la statistique du Québec est consacré à l’allaitement. La publication intitulée « L’allaitement maternel : une pratique moins répandue au Québec qu’ailleurs au Canada » contient de nouvelles statistiques sur les taux d’allaitement, ainsi que des raisons invoquées par les mères pour cesser d’allaiter.

Certaines se sont réjouit du fait que les Québécoises allaitent moins que les autres Canadiennes en affirmant que cela démontre leur lucidité et leur capacité à choisir par et pour elles-mêmes. Ne pas allaiter fait preuve de caractère face aux bien pensants de ce monde, sous-entend-on.

Est-ce vraiment ce que disent ces chiffres? Regardons d’un peu plus près.

Allaitement à la naissance

En 2009 et 2010, 82,7 % des Québécoises ont mis leur bébé au sein à la naissance. Il est vrai que c’est un peu moins qu’au Canada. Le taux d’allaitement à la naissance au pays étant de 87,3 %. En Colombie-Britannique, par exemple, 93,1 % des femmes allaitent à la naissance. En fait, seule la région de l’Atlantique affiche des résultats en deçà du taux québécois (74,8 %).

Si ces chiffres dressent un portrait de l’état actuel, ils occultent le chemin parcouru par les mères du Québec : en 1996 et 1997, 60 % des Québécoises initiaient l’allaitement alors qu’elles étaient déjà 89% à le faire en Colombie-Britannique (Santé Canada 1999). C’est dire qu’en 13 ans, le taux d’allaitement au Québec a augmenté de 23 % (contre 4 % en Colombie-Britannique). Loin de patauger dans une «culture du biberon» qui avantagerait le choix du non-allaitement, le Québec est un endroit où les mères souhaitent massivement allaiter.

C’est un virage majeur et la preuve que la société n’envisage plus la nutrition des nouveau-nés de la même façon.

Le non-allaitement

13% des Canadiennes n’allaiteront pas du tout. Parmi celles-ci, 6,5 % ne tenteront pas l’allaitement parce qu’elles préfèrent le biberon. Cela ne nous concerne guère, et la santé publique ne devrait pas non plus en faire de cas. Dans une société de droit, le non-allaitement est un choix.

En revanche, il est préoccupant de constater que pour un autre 6,5 % de femmes, le non-allaitement n’est pas un choix, mais une réalité imposée soit : par la façon dont s’est déroulé l’accouchement, pour des raisons de santé (mère ou bébé), parce qu’il s’agit de naissances multiples ou parce que le conjoint s’y oppose. Difficile d’exercer un libre-arbitre dans ces conditions…

Les misères du premier mois

C’est en regardant de plus près les raisons invoquées par les femmes pour justifier l’arrêt de l’allaitement dans les premières semaines de vie de leur bébé que nous sommes le plus étonnées. Chez les Québécoises ayant initié l’allaitement, 26 % arrêtent avant la fin du premier mois. De ce pourcentage, 34 % le font parce qu’elles ont de la difficulté à allaiter ou sont incommodées par l’allaitement et 33 % parce qu’elles pensent manquer de lait.

Ainsi, 67 % des mères cessent d’allaiter pendant le premier mois parce qu’elles rencontrent un problème qu’elles n’arrivent pas à surmonter.

Pire encore peut-être, seulement 6,7 % des Québécoises mentionnent avoir arrêté d’allaiter au moment prévu. Est-ce à dire que 93,3 % des femmes interrogées vivent un sevrage non-prévu? Ce n’est pas la conclusion à laquelle arrive l’Institut, mais la question reste intéressante. Dans les années 1990, une enquête avait montré qu’une majorité de Québécoises n’atteignaient pas leurs propres objectifs d’allaitement!

Nous sommes bien loin d’une lucidité qui permettrait d’exercer son libre-arbitre! Pour qu’un choix soit exercé librement, il doit être fait sans contrainte. La douleur, l’isolement, le sentiment d’être dépassée, la perception d’un manque de lait ne permettent pas de faire un libre choix. Au contraire, ils le conditionnent. Chez bien des femmes, un sevrage non désiré laissera un goût amer.

Et maintenant quoi?

À la suite de la publication, l’Institut de la statistique fait des recommandations. Elle indique notamment que les avantages de l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois pourraient être mieux diffusés ou expliqués. Elle souligne également l’importance du soutien professionnel auprès des mères dans les premières semaines suivant la naissance.

Si ces mesures semblent à prime abord appropriées, elles réservent l’allaitement au domaine de la santé publique. Or, l’allaitement dépasse largement ce cadre. Il est d’abord un choix fait et ensuite vécu par une femme. Il se vit dans une réalité quotidienne unique. C’est aussi un geste qui s’inscrit dans une histoire et une culture. C’est cela qu’il faut d’abord comprendre pour mieux soutenir les mères. À notre avis, celles-ci ont surtout besoin d’être écoutées, respectées, épaulées pour ce qu’elles sont et non dans le but de faire grimper des statistiques ou de répondre à diverses recommandations.

Si une conclusion devrait être tirée de la publication de l’Institut, c’est que, collectivement, nous échouons à permettre aux femmes d’exercer un droit humain fondamental : celui de nourrir leur petit comme elles le désirent. C’est uniquement lorsqu’une majorité de femmes affirmeront avoir atteint leurs propres objectifs d’allaitement que nous pourrons conclure que les différentes statistiques quand à l’allaitement sont une particularité culturelle, un autre trait distinctif du Québec!

Bien vivre l’allaitement bien reçu en France

Fort de la reconnaissance qu’il reçoit au Québec, Bien vivre l’allaitement commence à être reconnu en France grâce au travail de quelques blogueuses bien informées!

Vous pourrez lire ici la critique du livre faite par La Mère joie sur le blogue de la Poule Pondeuse. Extraits:

Bien vivre l’allaitement de Madeleine Allard et Annie Desrochers aux éditions Hurtubise est le livre que j’aurais aimé écrire sur l’allaitement. D’un ton totalement bienveillant, il ne s’adresse pas qu’aux femmes qui sont en train d’allaiter ou souhaitent allaiter : il est à remettre entre les mains d’un plus large public. Comme le précisent effectivement les auteures « Allaiter est bien plus que nourrir un bébé, c’est un geste social partagé avec d’autres. ».

Ultra documenté, construit impeccablement, il relève avec brio le défi de :

- Fournir sans jamais être ronflant des outils, des données techniques exhaustives telles que des positions pour allaiter et remédier à des situations précises, tirer le lait manuellement, reconnaître la succion efficace. Tous les maux ou les inquiétudes qui peuvent jalonner un parcours d’allaitement y sont aussi décrits ainsi que leurs solutions.

- Indiquer quelques règles biologiques / physiologiques (dont on oublierait presque l’évidence) aide-mémoire « Sein plein = fabrication du lait ralentie ; sein vide = fabrication du lait accélérée »« Toute la lactation repose sur une prise efficace du sein », allant jusqu’à utiliser des comparaisons judicieuses pour imager leur discours.

- Aborder toutes les particularités de l’allaitement de la relactation à l’allaitement en tandem.

- Inviter à la réflexion sur l’allaitement en posant des questions pertinentes. Il y a notamment un passage très intéressant sur l’allaitement des femmes ayant un problème avec la drogue, sur le deuil de l’allaitement ou sur la portée symbolique sacrée du lait.

 

Suite à ce texte, c’est avec grand plaisir que nous avons accordé une entrevue à La Mère Joie. Extraits:

Après avoir terminé Bien vivre l’allaitement de Madeleine Allard et Annie Desrochers, il était hors de question pour moi de dresser un simple état des lieux du livre de par mes questions ; j’allais en faire une critique chez La poule pondeuse. Le but n’était pas non plus de faire une publicité grossière à cet ouvrage fabuleux en étant fade et en brossant les auteures dans le sens du poil mais de révéler leur pertinence. Et surtout de poser les questions que j’avais envie de poser ! Des questions qui éclairent encore davantage la démarche de Madeleine et Annie ! Des questions qui permettent d’aller plus loin dans la compréhension du livre. Des questions qui toutefois appellent encore d’autres questions et un vif besoin de prolonger l’échange. Car Madeleine et Annie sont passionnées et passionnantes !

Elles se sont prêtées au jeu avec honnêteté pour un résultat très riche grâce à elles. Bien loin de vouloir se défendre, elles ont eu l’audace de se remettre en cause, ont souligné des différences majeures entre nos deux pays (on entraperçoit à quel point l’appréhension et le devenir de l’allaitement sont liés à l’histoire, la culture et le politique). Je les remercie infiniment pour leur franchise et leur gentillesse. A mon tour bientôt de me soumettre à l’interrogatoire pour leur blog ! (va falloir que je révise mon Petit Badinter Illustré, je le sens…)

Vous pouvez lire cette entrevue au complet en passant par son QG.

Ces échanges sont très stimulants pour nous puisqu’ils permettent d’enrichir les discussions sur l’allaitement et de voir à quel point des visions se rejoignent, malgré la distance.

Donnez au suivant!

Entraide Naturolait est un organisme communautaire de Québec de soutien aux mères qui souhaitent allaiter ou qui allaitent. Ils existent depuis presque 30 ans, né d’un besoin de pouvoir s’entraider entre mères.

La semaine dernière, nous avons vu qu’ils avaient besoin de bénévoles pour leur ligne d’écoute. Pour en savoir plus, nous avons contacté la coordonnatrice Juliette Le Roy, qui a bien voulu répondre à nos questions.

 

Quels genre de services Entraide Naturolait offre?

Nous offrons du soutien téléphonique, des consultations d’allaitement, des rencontres prénatales sur l’allaitement et des rencontres de groupes postnatales appelées les Matinées Lactées. Nos services sont gratuits, sauf les rencontres prénatales.

Vous cherchez des bénévoles pour votre ligne d’écoute, quelle genre de personnes recherchez-vous?

Nous recherchons des mères qui ont allaité au moins 3 mois et qui ont une expérience positive d’allaitement à transmettre. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont eu aucun problème, seulement qu’elles ont une attitude positive face à l’allaitement.

Quel est le rôle des bénévoles qui font de soutien téléphonique?

Rôle d’écoute, de relation d’aide, de personne ressource, mais aussi de soutien “technique” en allaitement. Au fond, c’est surtout un rôle de mère qui en soutient une autre.

Quelle formation vous offrez à ces bénévoles?

Nous leur offrons cinq heures de formation sur l’allaitement, cinq heures de relation d’aide et une à deux heures de soutien plus technique (décrocher le téléphone, prendre les appels sur la boite vocale, où trouver les ressources dans les documents donnés, etc). Aussi, nous sommes trois personnes à pouvoir être rejointe en tout temps pour répondre à leurs questions à propos d’un appel qui serait plus complexe.

Qu’est-ce que ça demande à une femme qui offre ses services, quelles genre de disponibilités doit-elle avoir?

Nous lui demandons entre trois et quatre heures par semaine depuis chez elle pour prendre les appels sur la boite vocale et rappeler les femmes. Nous demandons aussi aux bénévoles de participer à au moins quatre rencontres de bénévoles par année, incluant notre assemblée générale annuelle.

Est-ce que c’est un service qui est beaucoup sollicité chez vous?

Oui! Nous recevons plus de 3000 appels par an sur la ligne d’écoute.

Quel est l’avantage du soutien téléphonique?

D’abord la mère n’est pas obligée de se déplacer, ce qui, au Québec est appréciable. Celle qui nous téléphone obtiendra une réponse à ses questions au maximum dans les 3 heures qui suivent son appel. Les femmes apprécient le soutien de mère à mère, différent et complémentaire de celui offert par les professionnels de la santé.

Si quelqu’un est intéressée, comment peut-elle vous joindre?

En nous laissant un message sur la ligne d’écoute au 418-663-2711 ou par courriel à : info@entraidenaturolait.com

L’allaitement, c’est La Galère!

La Galère est une série télévisée créée par Renée-Claude Brazeau et diffusée sur les ondes de Radio-Canada depuis 2007. L’émission raconte les aventures de quatre amies qui décident de vivre ensemble dans la même maison avec leurs enfants.

Le premier épisode de la quatrième saison a été diffusé un peu plus tôt cette semaine. On y voit le personnage de Mimi qui vit de façon très crédible une adaptation à sa nouvelle maternité plutôt difficile. Évidemment l’allaitement est abordé.

Le personnage vit un allaitement pénible et n’obtient aucun soutien. On lui offre plutôt de passer au biberon et “de ne pas se créer de pression avec ça”. Une scène qui en a choqué plusieurs (mais qu’on a trouvé particulièrement touchante), montre aussi une femme dans un parc qui allaite la petite, qui visiblement souffre de la faim. Autre extrait qui a fait grand bruit, à la fin de l’épisode, en désespoir de cause, une amie offra en pleine nuit un biberon de lait 2%. 

Doit-on se désoler de l’image qu’une série télévisée donne de l’allaitement? N’est-ce pas plutôt un reflet assez juste de ce que vivent bien des femmes?

Une auteure de fiction doit avoir le loisir de peindre comme elle le souhaite la création qu’elle porte en elle. Heureusement, nous ne sommes pas dans un état où même les productions culturelles doivent réfléter fidèlement les préceptes de la santé publique.

Un créateur n’a pas à être “pro” ou ”anti” quoique ce soit. Il n’a qu’à être libre d’imaginer ce qu’il veut. Le jugement de l’oeuvre sera ensuite laissé à ceux et celles qui la reçoive.

À sujet, il était intéressant de suivre les discussions sur les réseaux sociaux pendant la diffusion de l’épisode. Des femmes partageaient leurs expériences d’allaitement plus ou moins douloureuses ou encore se formalisaient de ce qu’elles voyaient. Elles faisaient la part des choses, quoi. La distinction que tout un chacun doit savoir faire entre la fiction et la réalité.

Au fond, ces femmes montraient qu’elles n’étaient pas dupes d’un discours assez infantilisant qui veut que le public gobe tout sans rechigner. Ce n’est pas parce que la télé montre une femme qui donne du lait de vache à son enfant, que soudainement toutes les femmes vont se dire: “Ah, elle le fait alors faisons-le!”

Les séries télé sont là pour divertir, pour que l’on puisse partager (ou non) la vision d’un auteur. À elles seules, elles ne sont pas ce qui définit une culture. Elle ne sont qu’une infime partie d’une culture beaucoup plus globale, diverse, mouvante et en constante évolution.

L’épisode de La Galère est disponible sur Tout.TV

Céline doit couper le cordon…

Avez-vous vu cet article tiré d’un site web féminin où l’on y apprend que Céline Dion allaite “encore” ses jumeaux âgés de bientôt 11 mois?

Le ton de l’article pourra en faire sourciller plusieurs. Extraits:

Mais plus que leur former les oreilles à la musique, plus que leur apprendre à marcher, Céline Dion continue à les allaiter!

(…)

Certes, il n’existe aucune règle en terme d’allaitement, mais la moyenne veut qu’une mère donne le sein à son bébé jusqu’à 4, 6 mois. Céline Dion elle-même affirme qu’il “n’existe aucun livre qui indique la bonne marche à suivre avec les bébés. Il n’y a pas de mauvaise façon de faire tant qu’on pense que ce que l’on fait est juste”.

(…)

Il va quand même falloir songer un jour à couper le cordon, Céline !

Alors que l’OMS recommande un allaitement de deux ans, on peut grincer des dents à la lecture de cette prose plutôt paternaliste. Qui plus est, ce choix d’allaitement ne regarde au fond que Céline Dion. Il n’a rien à voir avec son métier de chanteuse et sa vie publique de star internationale.

À cet effet, notre opinion n’aurait pas été différente si le journaliste avait fait d’elle un modèle d’allaitement que toutes les femmes devraient suivre. Si Céline Dion souhaite parler d’allaitement, libre à elle de le faire, mais qu’un journaliste s’intéresse uniquement à cet aspect de sa maternité relève bien plus du potinage que du réel débat de société.

 En même temps, ce texte révèle aussi à quel point l’allaitement reste un geste culturel.

Plurielles.fr, d’où est tiré cet article, est un site français. Selon Le Monde Magazine, en France en 2005, 60% des femmes allaitaient leur bébé à naissance, mais elles étaient nombreuses à servrer assez rapidement. En effet, seulement 5% des Françaises allaiteraient encore à 4 mois.

En ce sens, puisque l’allaitement d’un bébé de 11 mois reste vraiment un geste d’exception en France, n’est-il pas normal qu’il étonne ce journaliste artistique?

Au Québec, plus de 80% des femmes commencent l’allaitement et 19% d’entre elles ont allaité exclusivement pendant 6 mois (ce qui reste malgré tout inférieur à la moyenne canadienne).

Est-ce qu’un article comme celui-là aurait pu être écrit par un journaliste de La Semaine ou du Lundi? Est-ce que l’allaitement est mieux ancré dans la culture québécoise? Pourquoi? Qu’est-ce qui explique la différence entre la France et Québec? 

En France, il y a probablement tout un système de soutien qui est plus ou moins adéquat, appuyé par une volonté politique plus ou moins présente. On sait qu’au Québec, la hausse du taux d’allaitement à partir des années 2000 est venue après la concertation des volontés politiques et de la santé publique.

Au-delà de tout ça, il y a aussi une histoire et une culture qui viennent teinter la vision qu’une société entretient de l’allaitement. Et cela prend beaucoup plus que des recommandations pour la faire évoluer…

Pollution, allaitement et Inuites

Stupeur ce matin sur Twitter lorsque que nous avons vu ce message, repris par un magazine féminin en ligne.

Notre réaction s’explique d’abord parce que l’information est fausse, et ensuite parce qu’il semble à tout le moins incongru d’imaginer un pays ou une institution interdire à une femme d’allaiter son bébé.

Regardons les choses d’un peu plus près.

Les BPC

Les biphényles polychlorés (BPC, aussi appelés en France les polychlorophényles ou PCB), sont des polluants organiques persistants. Ces derniers restent dans l’environnement et s’accumulent dans les graisses et les tissus des organismes vivants. Ils risquent d’entraîner des effets nuisibles entre autres sur le système hormonal et reproductif.

Le danger lié à ce type de polluant est bien connu. Au Canada, l’importation, la fabrication et la vente des BPC sont illégales depuis 1977. Le rejet de BPC dans l’environnement est devenu illégal en 1985 et leur stockage est réglementé depuis 1988.

Cependant, la législation canadienne a permis aux propriétaires de matériel contenant des BPC de continuer à utiliser ce matériel jusqu’à la fin de sa durée utile.

Quoiqu’il en soit, il est intéressant de noter que depuis les années 1970, les niveaux de BCP enregistrés dans l’organisme humain ont chuté.

Polluants et lait maternel

Le lait maternel est souvent utilisé pour mesurer l’exposition humaine aux produits chimiques. Il ne coûte pas cher à analyser et il est plus facile d’obtenir des échantillons de lait que de faire des ponctions de sang ou de graisse. Autrement dit, il faut voir le lait humain comme un thermomètre d’une contamination présente chez tout un chacun.

Le lait maternel de toutes les femmes contient des substances chimiques parce que celles-ci s’accumulent facilement dans les graisses du corps et que le lait est en partie composé de gras. Si le lait d’une femme est affecté par les polluants, le lait de tout autre mammifère l’est aussi, comme celui de la vache par exemple.

Les Inuites

Bien que personne ne soit épargné par les BPC, il semble que les plus hauts taux aient été trouvés chez les Inuites. Cela s’expliquerait par leur plus grande consommation de graisses provenant de viande sauvage, comme le morse, le phoque et différents poissons.

En dépit de ces données, plusieurs organismes dont Santé Canada et le Centre pour l’alimentation et l’environnement des peuples autochtones de l’Université McGill indiquent que “les nombreux avantages reconnus de l’allaitement maternel l’emportent largement sur les faibles risques potentiels qui ne sont pas encore clairement établis”.

L’allaitement présente de nombreux avantages pour les mères et leurs enfants et il semble qu’il soit particulièrement indiqué pour les familles autochtones. En effet, pour toutes sortes de raisons liées à l’histoire et aux conditions socio-économiques des Inuits et des Premières Nations, la santé de ces derniers est moins bonne que celle du reste de la population. Le lait maternel est un aliment complet, sain et gratuit dont les petits Inuits ont pleinement le droit de profiter.

De plus, il est extrêmement difficile de mesurer scientifiquement avec précision le seul impact qu’aurait des résidus de BPC dans le lait maternel sur la santé de ceux qui en boive. Après tout, les bébés y sont déjà exposés dans le ventre de leur mère et le seront par la suite via leur alimentation. Comment détacher et mesurer avec certitude le seul effet du lait humain sur leur santé?

Pour toutes ces raisons, malgré un faible risque non clairement établi, les avantages que l’allaitement apporte aux familles inuites sont plus grands que ses inconvénients.

Au fond, le réel problème n’est pas tant que des BPC se retrouvent dans le lait maternel, mais bien qu’ils se retrouvent dans l’environnement. Tout le monde, gouvernements et industriels compris, devraient se préoccuper de la contamination de l’environnement.

Cependant, la solution ne réside pas dans l’interdiction d’allaiter, mais bien dans des moyens plus logiques d’éviter une trop grande contamination. C’est d’ailleurs ce qu’a indiqué sur Twitter Madeleine Redfern, une Inuite qui est aussi mairesse d’Iqaluit, la capitale du Nunavut.

Interdire l’allaitement?

Sur une note plus éthique, serait-il envisageable qu’une instance gouvernementale puisse interdire aux femmes d’allaiter leurs enfants? Comment cette interdiction pourrait-elle s’appliquer concrètement? Séparer les femmes de leur bébé à la naissance? Leur donner, qu’elles le veuillent ou non, des médicaments qui suppriment la lactation? Enlever de leur famille les bébés qui seraient allaités malgré tout?

Autres interrogations que cela soulève: alors que l’accès à la nourriture est difficile dans bien des communautés inuites, de quoi ces bébés s’alimenteraient-ils? Qui payerait pour ces substituts au lait maternel? Quels impacts auraient ces nourritures sur la santé des petits inuits?

Voilà qui révèle l’absurdité d’une telle mesure. Tout comme il serait inconcevable qu’un État oblige les femmes à allaiter leur bébé, il ne peut y avoir de gouvernement démocratique qui leur interdise de le faire.

Inuite allaitant son bébé, circa 1908

Sources:

Environnement Canada

Natural Ressources Defense Council

Centre pour l’alimentation et l’environnement des peuples autochtones (en anglais)

Image

Statistiques Canada

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